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LA CITÉ DES ÉTOILES
Émission du 27 septembre 2002

journaliste : JEAN-FRANÇOIS LÉPINE
réalisateur :
GEORGES AMAR


La banlieue de Moscou, à 35 km du centre-ville. Une route s'engage à travers une forêt. Un chemin qui, à l'époque de la guerre froide, était inconnu de la population russe et n'était emprunté que par des officiels entourés de la plus grande protection. À la fin de cette route, on découvrait un complexe surréaliste qui n'apparaissait sur aucune carte géographique. On avait donné à cet endroit le nom magique de « Cité des Étoiles ». L'Union soviétique y avait construit des laboratoires gigantesques dans le but unique de pouvoir un jour propulser des êtres humains dans l'espace.

 

Aujourd'hui, ce qui se passe à la Cité des Étoiles était inimaginable il y a à peine un quart de siècle. Dans les mêmes locaux où on a entraîné en secret le premier homme à voyager dans l'espace, Yuri Gagarine, un vétéran américain Kenneth Bowersox est aujourd'hui traité aux petits oignons. Avec son collègue russe, Nicolai Budarin, ils vont effectuer cet automne, une mission conjointe à bord d'un vaisseau Soyouz vers la Station spatiale internationale. Autrefois, même leurs noms étaient différents. Les Russes s'appelaient «cosmonautes», les Américains «astronautes». Mais aujourd'hui, ils partagent tout, même la langue de travail.

Au centre de ce partenariat se tient Chris Hadfield, un astronaute canadien qui fait le lien entre la NASA et l'Agence spatiale russe. C'est lui qui doit faire tomber les dernières barrières de méfiance entre les deux équipes, après tant d'années de compétition féroce. «Il y a une histoire, une tradition de méfiance. Mais après des années le mur tombe. Il y a plus de coopération. Il y a 10, 15 ans, c'était impossible. C'était la guerre froide», rappelle Chris Hadfield. Il s'en souvient puisqu'il était lui-même pilote de chasse de l'armée canadienne à cette époque et il avait pour mission d'intercepter les chasseurs russes et les forcer à quitter notre espace aérien. «Comme pilote de chasse j'ai intercepté les Russes huit fois. Maintenant, incroyable, je suis ici en Russie et j'ai visité MIR!»

Des temps plus difficiles pour l'Agence spatiale russe

Aujourd'hui, l'état de la Cité des Étoiles est à l'image de l'effondrement du pouvoir soviétique. Les planchers et les murs s'effritent. Il n'y a plus d'argent pour rénover. Les laboratoires géants sont vides. Les vieux ordinateurs désuets encombrent les lieux depuis qu'ils ont été remplacés par de l'équipement un peu plus moderne, plus performant, qui emploi aussi beaucoup moins de monde. Pourtant les Russes continuent à former les meilleurs techniciens de l'espace. D'après Sergei Krikalev, un des cosmonautes qui continuent à s'entraîner avec de vieux équipements, le remplacement de ces instruments n'est pas nécessaire. «Pourquoi faire des changements… Les vieux calorifères fonctionnent. Pourquoi les changer s'ils font le travail», avance-t-il.

Kenneth Bowersox et Nicolai Budarin ont fait dernièrement des tests de pressurisation avec les combinaisons spatiales qu'ils utiliseront durant leur prochaine mission Soyouz. Le technicien qui a alors fait varier la pression dans les scaphandres a fait la même chose il y a quarante ans pour Youri Gagarine et il utilise encore la même machine. Même si astronautes et cosmonautes s'entraînent de plus en plus conjointement, à Houston comme à Moscou. ils reconnaissent tous que la façon de faire des Russes est beaucoup plus rigoureuse.

Il n'est pas facile de devenir cosmonaute aujourd'hui. «C'est un processus très difficile. Sur 800 candidats, on n'en retient que huit», explique Youri Lonchakov, qui a effectué sa première mission dans l'espace en avril 2001. Et la vie est beaucoup plus dure qu'à l'époque de Gagarine. Petits salaires, peu de reconnaissance publique. Ce n'est que lorsqu'ils effectuent leurs premières missions qu'ils peuvent enfin améliorer leur sort et cela surtout grâce à des commandites privées russes.

Une autre chose distingue les Russes dans le domaine spatial : le nombre nettement plus réduit de femmes dans les programmes spatiaux qu'à la NASA. Nadezhda Kuzhelnaya est la seule femme cosmonaute en Russie et elle n'a pas encore eu l'occasion de partir en mission. En attendant, elle s'entraîne et l'Agence spatiale russe lui fournit un modeste appartement à la Cité des Étoiles, où elle a eu le temps d'observer les changements des dernières années. «La coopération États-Unis/Russie c'est très bien. Les Russes donnent des connaissances et les Américains de l'argent.»

En fait, sans l'argent apporté pas les États-Unis, dans le cadre de cette nouvelle coopération internationale, l'industrie spatiale russe n'aurait probablement pas pu survivre. La société Energia était le fleuron de l'Agence spatiale russe. Aujourd'hui, la société a été en partie privatisée et continue de construire de nouvelles versions de véhicules Soyouz mais aussi des sections de la Station orbitale internationale. Les Américains confient beaucoup de contrats d'exécution à Energia parce que la compétence des Russes est encore très élevée mais aussi parce que les salaires sont bas.

Tourisme spatial

Mark Shuttleworth

Pour «arrondir ses fins de mois», l'Agence spatiale russe s'est lancée de façon aggressive dans le tourisme de l'espace. Il y a d'abord eu l'Américain Denis Tito, qui est resté huit jours à bord de la Station spatiale internationale. Bien que la NASA ait longuement contesté contre ce voyage, l'agence américaine a fini par consentir sous de multiples conditions. Le voyage extra-terrestre a coûté au millionnaire de 60 ans la somme de 20 millions de dollars.

Plus tard, ce fut au tour de Mark Shuttleworth, un jeune multi-millionnaire sud-africain d'en faire de même. Il a payé plus de 20 millions de dollars pour se rendre jusque dans la Station spatiale internationale et y effectuer des expériences scientifiques pour un programme de recherche élaboré avec des scientifiques sud-africains.

D'autres millionnaires ont manifesté le désir d'aller passer une semaine à bord de la station. Une forme de financement qui divise encore la communauté scientifique.

Il y a à peine un quart de siècle, le centre de contrôle de mission à Moscou était lui-aussi un des endroits les plus secrets au monde. La NASA occupe maintenant une partie des locaux. Ensemble, Américains et Russes contrôlent quotidiennement l'évolution de la station qui est la réalistation la plus exemplaire de leur nouvelle cooperation.

Les scientifiques Américains, Russes, Canadiens et Européens rêvent de pousser cette coopération encore plus loin. On parle maintenant d'expéditions communes vers Mars où d'autres planètes. Des projets qui nécessiteront encore plus d'argent. Mais les gouvernements de tous ces pays hésitent à intensifier l'exploration spatiale. Les rétom-bées immédiates sont encore minces, et la conquête de l'espace fascine moins les populations qu'au temps de Gagarine ou Armstrong.

«Avons-nous besoin de faire l'exploration spatial ?», demande le cosmonaute Krikalev. «C'est la question. C'est comme à l'époque où on se posait la question : ''devons-nous aller de l'autre côté de la rivière ?'' Ce n'était pas économique de le faire.»

«C'est vrai que c'est lourd mais le résultat est intéressant», précise Chris Hadfield. «Nous sommes entrain de quitter la Terre d'une manière permanente et pas comme un seul pays mais comme une planète.»

En raison des droits d'auteur, ce reportage ne sera pas disponible sur Internet.

images : PIERRE MAINVILLE
son : ALEXEÏ VLADIMIR
montage : HÉLÈNE LAMOTHE

Une histoire spatiale glorieuse

3 novembre 1957
Les ingénieurs soviétiques commencé leur exploration spatiale en envoyant d'abord le lancement de Spoutnik-2 avec la chienne Laika à son bord.

12 avril 1961
Premier vol humain, avec Yuri Gagarine, un pilote d'essai, qui a réalisé la première orbite autour de la terre. Durée totale de son vol : une heure cinquante minutes. Lors de son retour sur terre, Gagarine est devenu instantanément un héros, une légende nationale.

16 juin 1963
Valentina Tereshkova devient la première femme à s'envoler dans l'espace.

18 mars 1965
Alexis Leonov est le premier homme à flotter dans l'espace pendant douze minutes. «J'étais dans l'espace depuis une heure. Je voyait la Mer noire, la Grèce, l'Italie… Le soleil brillait», raconte-t-il avec émotion. Après douze minutes et neuf secondes dans l'espace, les ingénieurs sur Terre ont commencé à s'inquiéter : Leonov était tellement émerveillé qu'il ne voulait plus rentrer dans son vaisseau spacial!

Sous les ordres de Sergei Pavlovich Korolev, les progrès des Russes en viennent à dépasser de loin ceux des Américains. Mais, par la suite, les choses vont se gâter et les tiraillements internes à l'intérieur du parti communiste soviétique vont se répercuter au sein de l'Agence spatiale. Les Russes devront alors abandonner leur projet de mission humaine sur la Lune. Ils foncent alors vers la fabrication de la première station orbitale.

19 avril 1971
Mise en orbite de Saliout, la première station d'une série de sept

20 février 1986
Lancement des prémices de la station MIR, qui aura plus de succès que les autres stations spatiales russes. Elle devait avoit une vie utile de 5 ans mais elle aura été détruire après son quinzième anniversaire en mars 2001. Elle aura accueilli son bord 105 cosmonautes et visiteurs étrangers, et effectué plus de 88 000 révolutions autour de la Terre.

POUR EN SAVOIR PLUS

Agence spatiale russe

Agence spatiale canadienne

Agence spatiale américaine - NASA

Station spatiale internationale

The Yuri Gagarin cosmonauts training center

Site sur l'histoire de la station spatiale MIR (par la NASA)

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L'émission Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada le vendredi à 21 h et présentée en rediffusion sur les ondes de RDI le samedi à 23 h, le dimanche à 13 h et à 20 h ainsi que le lundi à 1 h.

 

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