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Aujourd'hui,
ce qui se passe à la Cité des Étoiles était inimaginable il y a
à peine un quart de siècle. Dans les mêmes locaux où on a entraîné
en secret le premier homme à voyager dans l'espace, Yuri Gagarine,
un vétéran américain Kenneth Bowersox est aujourd'hui traité aux
petits oignons. Avec son collègue russe, Nicolai Budarin, ils vont
effectuer cet automne, une mission conjointe à bord d'un vaisseau
Soyouz vers la Station spatiale internationale. Autrefois, même
leurs noms étaient différents. Les Russes s'appelaient «cosmonautes»,
les Américains «astronautes». Mais aujourd'hui, ils
partagent tout, même la langue de travail.
Au
centre de ce partenariat se tient Chris Hadfield, un astronaute
canadien qui fait le lien entre la NASA et l'Agence spatiale russe.
C'est lui qui doit faire tomber les dernières barrières de méfiance
entre les deux équipes, après tant d'années de compétition féroce.
«Il y a une histoire, une tradition de méfiance. Mais après
des années le mur tombe. Il y a plus de coopération. Il y a 10,
15 ans, c'était impossible. C'était la guerre froide», rappelle
Chris Hadfield. Il s'en souvient puisqu'il était lui-même pilote
de chasse de l'armée canadienne à cette époque et il avait pour
mission d'intercepter les chasseurs russes et les forcer à quitter
notre espace aérien. «Comme pilote de chasse j'ai intercepté
les Russes huit fois. Maintenant, incroyable, je suis ici en Russie
et j'ai visité MIR!»
Des
temps plus difficiles pour l'Agence spatiale russe
Aujourd'hui,
l'état de la Cité des Étoiles est à l'image de l'effondrement du
pouvoir soviétique. Les planchers et les murs s'effritent. Il n'y
a plus d'argent pour rénover. Les laboratoires géants sont vides.
Les vieux ordinateurs désuets encombrent les lieux depuis qu'ils
ont été remplacés par de l'équipement un peu plus moderne, plus
performant, qui emploi aussi beaucoup moins de monde. Pourtant les
Russes continuent à former les meilleurs techniciens de l'espace.
D'après Sergei Krikalev, un des cosmonautes qui continuent à s'entraîner
avec de vieux équipements, le remplacement de ces instruments n'est
pas nécessaire. «Pourquoi faire des changements… Les vieux
calorifères fonctionnent. Pourquoi les changer s'ils font le travail»,
avance-t-il.
Kenneth Bowersox et Nicolai Budarin ont fait dernièrement des
tests de pressurisation avec les combinaisons spatiales qu'ils utiliseront
durant leur prochaine mission Soyouz. Le technicien qui a alors
fait varier la pression dans les scaphandres a fait la même chose
il y a quarante ans pour Youri Gagarine et il utilise encore la
même machine. Même si astronautes et cosmonautes s'entraînent de
plus en plus conjointement, à Houston comme à Moscou. ils reconnaissent
tous que la façon de faire des Russes est beaucoup plus rigoureuse.
Il
n'est pas facile de devenir cosmonaute aujourd'hui. «C'est
un processus très difficile. Sur 800 candidats, on n'en retient
que huit», explique Youri Lonchakov, qui a effectué sa première
mission dans l'espace en avril 2001. Et la vie est beaucoup plus
dure qu'à l'époque de Gagarine. Petits salaires, peu de reconnaissance
publique. Ce n'est que lorsqu'ils effectuent leurs premières missions
qu'ils peuvent enfin améliorer leur sort et cela surtout grâce à
des commandites privées russes.
Une
autre chose distingue les Russes dans le domaine spatial : le nombre
nettement plus réduit de femmes dans les programmes spatiaux qu'à
la NASA. Nadezhda Kuzhelnaya est la seule femme cosmonaute en Russie
et elle n'a pas encore eu l'occasion de partir en mission. En attendant,
elle s'entraîne et l'Agence spatiale russe lui fournit un modeste
appartement à la Cité des Étoiles, où elle a eu le temps d'observer
les changements des dernières années. «La coopération États-Unis/Russie
c'est très bien. Les Russes donnent des connaissances et les Américains
de l'argent.»
En
fait, sans l'argent apporté pas les États-Unis, dans le cadre de
cette nouvelle coopération
internationale, l'industrie spatiale russe n'aurait probablement
pas pu survivre. La société Energia était le fleuron de l'Agence
spatiale russe. Aujourd'hui, la société a été en partie privatisée
et continue de construire de nouvelles versions de véhicules Soyouz
mais aussi des sections de la Station orbitale internationale. Les
Américains confient beaucoup de contrats d'exécution à Energia parce
que la compétence des Russes est encore très élevée mais aussi parce
que les salaires sont bas.
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Tourisme
spatial
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Mark
Shuttleworth
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Pour
«arrondir ses fins de mois», l'Agence spatiale
russe s'est lancée de façon aggressive dans le tourisme de
l'espace. Il y a d'abord eu l'Américain Denis Tito, qui est
resté huit jours à bord de la Station spatiale internationale.
Bien que la NASA ait longuement contesté contre ce voyage,
l'agence américaine a fini par consentir sous de multiples
conditions. Le voyage extra-terrestre a coûté au millionnaire
de 60 ans la somme de 20 millions de dollars.
Plus
tard, ce fut au tour de Mark Shuttleworth, un jeune multi-millionnaire
sud-africain d'en faire de même. Il a payé plus de 20 millions
de dollars pour se rendre jusque dans la Station spatiale
internationale et y effectuer des expériences scientifiques
pour un programme de recherche élaboré avec des scientifiques
sud-africains.
D'autres
millionnaires ont manifesté le désir d'aller passer une semaine
à bord de la station. Une forme de financement qui divise
encore la communauté scientifique.
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Il
y a à peine un quart de siècle, le centre de contrôle de mission
à Moscou était lui-aussi un des endroits les plus secrets au monde.
La NASA occupe maintenant une partie des locaux. Ensemble, Américains
et Russes contrôlent quotidiennement l'évolution de la station qui
est la réalistation la plus exemplaire de leur nouvelle cooperation.
Les
scientifiques Américains, Russes, Canadiens et Européens rêvent
de pousser cette coopération encore plus loin. On parle maintenant
d'expéditions communes vers Mars où d'autres planètes. Des projets
qui nécessiteront encore plus d'argent. Mais les gouvernements de
tous ces pays hésitent à intensifier l'exploration spatiale. Les
rétom-bées immédiates sont encore minces, et la conquête de l'espace
fascine moins les populations qu'au temps de Gagarine ou Armstrong.
«Avons-nous
besoin de faire l'exploration spatial ?», demande le cosmonaute
Krikalev. «C'est la question. C'est comme à l'époque où on
se posait la question : ''devons-nous aller de l'autre côté de la
rivière ?'' Ce n'était pas économique de le faire.»
«C'est
vrai que c'est lourd mais le résultat est intéressant», précise
Chris Hadfield. «Nous sommes entrain de quitter la Terre d'une
manière permanente et pas comme un seul pays mais comme une planète.»

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En
raison des droits d'auteur, ce reportage ne sera pas disponible
sur Internet.
images
: PIERRE MAINVILLE
son : ALEXEÏ VLADIMIR
montage : HÉLÈNE
LAMOTHE
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Une
histoire spatiale glorieuse
3
novembre 1957
Les ingénieurs soviétiques commencé leur exploration spatiale en
envoyant d'abord le lancement de Spoutnik-2 avec la chienne Laika
à son bord.
12
avril 1961
Premier vol humain, avec Yuri Gagarine, un pilote d'essai, qui a
réalisé la première orbite autour de la terre. Durée totale de son
vol : une heure cinquante minutes. Lors de son retour sur terre,
Gagarine est devenu instantanément un héros, une légende nationale.
16
juin 1963
Valentina Tereshkova devient la première femme à s'envoler dans
l'espace.
18
mars 1965
Alexis Leonov est le premier homme à flotter dans l'espace pendant
douze minutes. «J'étais dans l'espace depuis une heure. Je
voyait la Mer noire, la Grèce, l'Italie… Le soleil brillait»,
raconte-t-il avec émotion. Après douze minutes et neuf secondes
dans l'espace, les ingénieurs sur Terre ont commencé à s'inquiéter
: Leonov était tellement émerveillé qu'il ne voulait plus rentrer
dans son vaisseau spacial!
Sous
les ordres de Sergei Pavlovich Korolev, les progrès des Russes en
viennent à dépasser de loin ceux des Américains. Mais, par la suite,
les choses vont se gâter et les tiraillements internes à l'intérieur
du parti communiste soviétique vont se répercuter au sein de l'Agence
spatiale. Les Russes devront alors abandonner leur projet de mission
humaine sur la Lune. Ils foncent alors vers la fabrication de la
première station orbitale.
19
avril 1971
Mise en orbite de Saliout, la première station d'une série de
sept
20
février 1986
Lancement des prémices de la station MIR, qui aura plus de succès
que les autres stations spatiales russes. Elle devait avoit une
vie utile de 5 ans mais elle aura été détruire après son quinzième
anniversaire en mars 2001. Elle aura accueilli son bord 105 cosmonautes
et visiteurs étrangers, et effectué plus de 88 000 révolutions autour
de la Terre.
L'émission
Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada
le vendredi à 21 h et présentée en rediffusion
sur les ondes de RDI le samedi à 23 h, le dimanche
à 13 h et à 20 h ainsi que le lundi à
1 h.
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