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- La taille des portions -
Buffets et bars à salade où l’on mange à volonté, cafés, chocolats et pop-corn en formats géants : en plus d’être omniprésente, la nourriture nous est offerte en grandes quantités.
À midi, les chaînes de restauration rapide, toujours proches des milieux de travail, offrent des spéciaux ou des combos pour allécher les clients, pressés par le temps et préoccupés par leur porte-monnaie. Les portions qu’on y offre sont de plus en plus grosses.
L’épicerie s’est intéressée à ce que nous mangeons pour dîner. Nous avons acheté des repas du midi dans dix chaînes de restauration rapide afin de mesurer la taille des portions. Au menu : poulet rôti, brochettes, spaghetti, hamburger, frites, etc.
De très gros formats
Louise Thibault, professeure à l’École de diététique et de nutrition humaine de l’Université McGill: « Quand on finit ça, on se trouve à avoir mangé l’équivalent de peut-être deux repas et demi, trois repas si on pense aux portions. »
Les boissons de petit format ont pratiquement disparu. Un récipient moyen contient aujourd’hui plus de 540 ml, soit plus de deux verres. Les grands formats, quant à eux, sont simplement gigantesques. De plus, les boissons sont servies dans des contenants opaques et on les boit avec une paille, ce qui brouille nos repères, nous faisant perdre le contrôle de notre consommation.
Les frites, pour leur part, débordent carrément des plats. La portion de frites est passée de 70 g, en 1955, à plus de 200 g aujourd’hui.
Louise Thibault: « Ça ne coûte pas beaucoup plus cher aux chaînes d’alimentation de faire de gros formats. Ce ne sont pas de gros formats de brocolis ou de fruits, ce sont de gros formats de ce qui ne coûte pas cher, comme des frites. […] On met plus de frites parce que ça prend de la place et on a l’impression que l’assiette est remplie. »
D’ailleurs, les repas ne sont plus servis dans des assiettes, mais plutôt dans des plateaux, qui peuvent contenir beaucoup plus de nourriture.
La taille d’une portion
À quoi correspond exactement une portion? Pour la viande, c’est 85 g, soit l’équivalent de la paume de la main, d’un jeu de cartes ou d’une rondelle de hockey; pour les légumes et les fruits, c’est ½ tasse ou une balle de tennis. En ce qui a trait au fromage, une portion représente quatre dés à jouer, et pour le lait ou le jus, c’est 250 ml, soit une tasse. Finalement, pour la salade, vous pouvez en consommer à volonté, à condition de ne pas exagérer sur la vinaigrette.
Les repas qu’on nous sert dans les restaurants représentent au moins le double, sinon le triple des portions normales. Ceux que nous avons analysés contenaient, en moyenne, 1100 calories, soit plus de la moitié des calories dont nous avons besoin au cours d’une journée.
Un combo de deux hot-dogs, frites et boisson gazeuse représente 1500 calories. À eux seuls, les frites et les gros formats de boissons gazeuses ajoutent plusieurs centaines de calories. Quant au plat de spaghetti analysé, il contenait quatre tasses de pâtes cuites. Pour une portion, c’est beaucoup trop. Pourtant, les clients vident leurs assiettes!
Pourquoi mangeons-nous autant?
Laurette Dubé, professeure au Département de marketing de l’Université McGill: « Comme machine humaine, nous sommes programmés par 10 millions d'années d'évolution à manger ce qui est concentré en calories, ce qui est gras et sucré. Mais, quand il y en a plein, à tous les moments de la journée, la machine n’est pas nécessairement adaptée. »
Le problème, c’est que nous tardons à ressentir les signaux de satiété. De plus, comme nous mangeons souvent tout en faisant d’autres activités, que ce soit en marchant, dans la voiture, devant l’ordinateur ou devant la télé, nous sommes distraits et n’écoutons pas le signal pour arrêter.
Nous mangeons jusqu’à nettoyer notre assiette, sans même nous rendre compte que, parfois, il y a trop de nourriture. Il est difficile de s’arrêter et d’en laisser la moitié.
Marion Nestle, chercheure à l’Université de New York et auteure du livre Food Politics, a analysé les intérêts de l’industrie alimentaire. Elle soutient que l’omniprésence de la nourriture vise à nous faire manger beaucoup plus que nous en avons besoin. Cette surconsommation fait l’affaire de l’industrie, qui perdrait de l’argent si nous mangions moins.
Pour moins manger, peut-être faut-il simplement commencer par moins en mettre dans son assiette...