- La marijuana et les jeunes: liaison dangereuse -
Que savons-nous vraiment des effets du cannabis sur ceux qui en prennent? Bien des gens ont tendance à en banaliser la consommation, la qualifiant de drogue douce. D’autres la diabolisent, en faisant un tremplin systématique vers les drogues dures. Une chose est sûre, la marijuana fait partie de la vie de centaines de milliers d’adolescents. Faut-il s’en alarmer? Une équipe d’Enjeux a fait enquête.
Quand on fume tous les jours
Philippe
De nombreux adolescents fument du cannabis, mais la majorité d’entre eux le font occasionnellement. Il reste que 15 % de ces jeunes développent des comportements à risque.
Philippe est un de ceux-là. Il a commencé à fumer du cannabis à 13 ans. L’intense plaisir qu’il a éprouvé a vite créé un besoin. Il s’est mis à fumer plusieurs fois par jour. Son univers s’est effrité. À l’école, il s’est fait suspendre à répétition et il a coulé tous ses cours. À la maison, ses relations avec ses parents se sont détériorées. Il avoue avoir eu envie de mourir pendant cette période. Quand nous l’avons rencontré, le jeune homme, encore fragile, essayait de s’en sortir.
Pascal a fumé son premier joint à 15 ans. Trois ans plus tard, il en fumait tous les jours. Sa vie ne tournait qu’autour de la marijuana. Un jour, il s’est retrouvé aux urgences d’un hôpital psychiatrique, en plein délire, en proie à une psychose.
Pascal
Il vivait, à son insu, un effet du cannabis que les chercheurs viennent de découvrir. Le Dr Ridha Joober, psychiatre à l’hôpital Douglas, parle d’un certain consensus scientifique sur le sujet: « […] la consommation de la marijuana augmente le risque de voir l’éclosion d’une psychose, d’un ratio de deux à trois fois. »
Peut-on être accro au cannabis?
La question est au cœur des débats. Des études démontrent qu’on peut manifester une dépendance physique et psychologique au cannabis, explique le pharmacologue Mohammed Ben Amar, de l’Université de Montréal. L’expert souligne que plus la consommation commence tôt, plus cela représente un danger. Le cerveau des adolescents n’est pas complètement formé, et donc, plus vulnérable à des substances comme le cannabis, ajoute-t-il. Cela dit, les effets de la marijuana sont beaucoup plus forts qu’avant. Sa teneur en THC (constituant chimique de la plante, responsable des effets psychotropes) a considérablement augmenté depuis quelques années.
Si peu de prévention
Il se fait très peu de prévention dans ce domaine chez les jeunes. Les efforts des gouvernements portent surtout sur la répression.
PRISME est un des rares programmes de prévention commençant dès le primaire. Son approche effraie parfois les parents. Au lieu de dire aux enfants de ne pas consommer, on les aide à réfléchir, pour qu’ils développent leur jugement critique.
Savez-vous que les deux tiers des jeunes vont expérimenter la marijuana d’ici la fin du secondaire? La plupart d’entre eux le feront entre 12 et 14 ans. Et ils n’auront aucune difficulté à s’en procurer. Un enfant de 6e année raconte, dans ce reportage, qu’il est plus facile de s’acheter de la marijuana que des cigarettes. Sont-ils préparés à faire des choix?
Drogues, santé et société Revue internationale dédiée à la publication de résultats de recherche, d'articles de fond ainsi qu'au transfert de connaissances sur l'usage et l'abus des drogues