Nous vous présentons, cette semaine, Quand le cadre ne cadre plus, un documentaire des Productions Virage sur la détresse des gestionnaires. Eux non plus n’échappent pas à l’épidémie d’épuisements professionnels de la dernière décennie.
Au Canada, 500 000 personnes s’absenteraient de leur travail chaque semaine pour des problèmes de santé mentale reliés à l’emploi, selon les données du Conseil du patronat du Québec (CPQ) pour 1998. À la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST), les indemnités versées pour des problèmes psychologiques en milieu de travail ont quadruplé au cours des 15 dernières années.
Stress, démotivation, anxiété, angoisse, détresse, panique, isolement, comportements compulsifs, défaillance du jugement, dépression, surmenage professionnel, agressivité, harcèlement, idées suicidaires, suicide. Les cadres des entreprises et des organisations n’en peuvent plus.
Se tuer au travail
Les cadres sont de plus en plus épuisés. On leur en demande toujours plus. Il n’est pas rare de les voir travailler cinquante ou soixante heures par semaine, au détriment de la famille et des amis. Ils sont pris en étau entre la pratique sur le terrain et la haute administration.
Michel Vézina
Comme l’explique, dans ce documentaire, Michel Vézina, conseiller scientifique en santé au travail, les cadres ont peut-être la liberté de se défoncer au travail, mais ils n’ont pas d’emprise sur les objectifs à atteindre, souvent fixés au siège social de l’entreprise. Pour la psychologue Murielle Forest, une des meilleures recettes pour créer un cadre en détresse est la suivante: augmenter constamment ses responsabilités, tout en diminuant ses pouvoirs.
Les cadres les plus sujets à l’épuisement professionnel sont les perfectionnistes, explique Murielle Forest. À une époque où la vitesse est reine, le travail bien fait compte moins que la capacité de produire vite. Ainsi, les perfectionnistes vivent des frustrations, des insatisfactions et un sentiment d’impuissance.
Pierre Fortin, un ex-cadre de Bell Canada, a souffert de détresse psychologique. Il raconte, dans ce documentaire, sa descente aux enfers, sa lente guérison et un difficile retour au travail.
Francine Guénette
Francine Guénette travaillait comme chef d’unité en milieu hospitalier. Elle est en arrêt de travail depuis quelques années. En 2003, elle a tenté de retourner travailler, sans succès. Elle suit toujours un traitement pour détresse psychologique.
On nous parle aussi de Léon Lafleur, ce dirigeant d’un CHSLD qui s’est suicidé en novembre 2003. Quelques années plus tôt, il avait été soigné pour détresse psychologique.
Comme un baigneur qui perd pied
Les signaux d’alarme viennent d’abord du corps. L’insomnie en est un. Le travail envahit même les nuits. Peuvent s’ajouter à cela des pertes de mémoire et une réduction des capacités cognitives. Le cadre malade n’éprouve plus de plaisir au travail. Tout devient lourd. Par ricochet, ses subalternes peuvent aussi souffrir de problèmes de santé mentale. Le cadre est souvent laissé à lui-même. Il n’attire pas la sympathie des gens, qui se disent qu’il a du pouvoir, qu’il a de l’argent et qu’il a choisi sa destinée.
Pierre Fortin
Lorsque le cadre craque, c’est la chute libre. Pierre Fortin croyait qu’il lui suffirait de s’arrêter quelque temps, de se reposer, pour ensuite recommencer le travail. Il s’est rendu compte que la guérison était longue, très longue.
Francine Guénette croyait aussi qu’après un mois d’arrêt, elle pourrait reprendre le boulot. Elle s’est sentie épuisée pendant des mois. Elle a vécu une grande solitude, et elle ne voyait pas le bout du tunnel.
Notre société, axée sur la performance, conçoit la dépression comme un déshonneur, une honte, une faiblesse. Avec une telle perception, le retour au travail est d’autant plus difficile. Ainsi, pour ceux qui tentent de revenir au travail, la partie n’est pas encore gagnée. Comme l’explique Michel Vézina, si rien n’a changé dans l’organisation du travail, si on continue d’y pousser au maximum la machine humaine, un retour réussi est très peu probable.
Note: ce reportage n’est pas disponible sur Internet pour des raisons de droits.
Recherche et scénario: Linda Amyot et Martine Forand
Réalisation: Martine Forand
Production: Productions Virage