Les piégés du canal
Reporter : Jim MacQuarrie
Réalisateur: Roger Léveillé (Winnipeg)
9 mars 2003

L'automne dernier, l'équipe de Kerry Brewin a sauvé 25 000 poissons. Un nombre assez convaincant si on veut montrer qu'il y a un problème, mais trop petit pour faire une vraie différence.


Un simple procédé...

Dans le sud de l'Alberta, il y a 1 500 kilomètres de canaux servant à irriguer un demi-million d'hectares de terres agricoles. Il s'agit d'un investissement de plusieurs milliards de dollars depuis 1890.

Chaque automne, on ferme l'eau des canaux d'irrigation. Ces derniers s'assèchent et les poissons meurent. C'est comme cela depuis plus d'un siècle...

...qui amène de lourdes conséquences.

Il y a sept ans, Kerry Brewin, un biologiste de l'Alberta, a lancé une opération de secours. L'objectif de M. Brewin et son équipe était de capturer quelques milliers de poissons, question de démontrer la gravité de la situation.

Maintenant que le problème est bel et bien évident, il n'est pas pour autant réglé: des centaines de milliers de poissons meurent toujours, chaque automne, dans les canaux d'irrigation.

Des solutions possibles

Pour Environnement Alberta, c'est une conséquence fâcheuse mais tolérable de l'irrigation. On aimerait sauver les poissons mais ce n'est pas la priorité. «Il est difficile d'assurer l'approvisionnement d'eau tout en retenant les poissons. C'est un défi technique et on cherche une solution pratique.» Dennis Magowan, directeur régional, Environnement Alberta

Il y a une installation qui pourrait représenter une solution possible. Il s'agit de grilles, à l'entrée des canaux, qui retiennent la végétation et de filtres qui bloquent le passage des poissons, même les plus minuscules. Des brosses retirent les débris qui pourraient boucher le canal.

Malheureusement, la technologie ne peut pas s'appliquer partout. Au printemps, la rivière Bow, par exemple, charrie une grande quantité de branches et de détritus jusqu'au canal de dérivation Carseland. Les filtres se font donc rapidement boucher.

 

«L'an dernier, on avait installé des grilles, mais les herbages s'accumulaient si rapidement qu'il fallait nettoyer les filtres 5, 6 fois par jour.»

Dennis Magowan, directeur régional, Environnement Alberta

 

De l'aide à venir...

Trois ans après l'intervention des bénévoles, Environnement Alberta a décidé de participer aux opérations en fournissant de l'argent, de l'équipement et de la main-d'oeuvre. On utilise maintenant des perches électriques pour commotionner le poisson et le saisir plus facilement.

Cependant, ce n'est pas une nouvelle technologie de pêche que l'équipe cherche, mais une façon d'empêcher l'entrée des poissons dans les canaux. L'équipe de bénévole a donc demandé à Ottawa d'intervenir.

Selon le ministère des Pêches et Océans, ces canaux constituent un habitat pour le poisson et il est interdit de troubler un tel lieu au détriment de l'espèce.

L'ouverture et l'assèchement de ce canal serait donc une violation de la loi sur l'environnement. Pourtant, un permis fédéral autorise cette activité. Cependant, une des conditions rattachée au permis, c'est que l'Alberta mène des études d'impact. La province doit déterminer quelles espèces sont affectées et quel est l'effet sur leur nombre.

Ce qui fait peur, c'est que les gens voient les opérations de secours comme une solution possible à court terme. Mais les opérations de secours ponctuelles ne sont pas une solution tout court...

 

«Une année, on a retiré 120 000 poissons sur huit kilomètres de ce canal. En tout, ça fait 370 000 qu'on sauve.»
Kerry Brewin, biologiste responsable des opérations de secours




HYPERLIENS

L'irrigation dans l'Ouest du Canada

Irrigation Québec




Un peu d'histoire...

L'irrigation, c'est-à-dire l'apport d'eau aux plantes qui en manquent, a accompagné l'homme au cours de toute son existence.

Les pages d'histoire des Perses, des Turcs, des Chinois et des Romains soulignent des travaux importants d'irrigation et les Indiens Honokam, de l'Arizona faisaient de l'irrigation 100 ans avant Jésus-Christ.

Aujourd'hui, l'irrigation des plantes se pratique dans tous les pays du monde; plusieurs régions désertiques sont devenues des champs de blé ou d'arbres fruitiers aussi productifs que ceux des Prairies Canadiennes.

Ici, au Québec, l'irrigation doit être considérée comme complément lorsque la pluie est insuffisante ou non adéquatement étalée pendant la saison.

Source:
L'irrigation au Québec en 2002

 

Visionnez notre reportage «Les piégés du canal».