Les sols en hiver : Le dégel... gèle

Reporter: André Bernard
Réalisateur : Marie-Ève Thibault

9 mars 2003

La neige dans un champ, c'est aussi beau qu'utile. Même si on ne la récolte pas, la neige est essentielle à l'agriculture.


Le «temps» change...

La neige se fait de plus en plus rare. Les champs du sud de la province étaient à peine couverts à la fin du mois de janvier. Une averse de pluie a également fait disparaître une partie de la neige qui était tombée. Pour les climatologues, il n'y a aucun doute: les hivers ne sont plus ce qu'ils étaient. Et les agriculteurs le constatent...

Même si l'hiver est une saison morte en agriculture, c'est pourtant lors de cette période que s'annonce aujourd'hui les grands bouleversements qui affecteront les agriculteurs dans cinquante ans.

Les climatologues ont également constaté, depuis 1998, un raccourcissement impressionnant de la saison d'enneigement. En temps normal, la neige réfléchit jusqu'à 95% des rayons du soleil. Alors, si la neige disparaît, toute la chaleur est absorbée par le sol.

Contrairement à ce qu'on pourrait penser, cela cause des ennuis. En effet, comme le sol est beaucoup plus chaud, la neige qui y tombe a tendance à fondre.

« Lorsqu'on réchauffe le sol comme ça en allongeant la période sans neige, le sol n'a plus d'énergie, la neige a de plus en plus de difficulté à rester au sol et on a un effet de rétroaction qui ne finit plus… » Alain Bourque, climatologue

Une solution à court terme

Jacques Viens et Jocelyne Giroux sont des producteurs de céréales biologiques. Ils ont dans leur champ des luzernières, une culture de rotation et une plante qui a autant besoin de neige en hiver que de soleil en été. En effet, si les luzernières gèlent et qu'il n'y a pas d'accumulation de neige, la luzerne brûle.

Il s'agit donc d'une grosse perte pour les producteurs agricoles qui sont obligés, la plupart du temps, de resemer des luzernières au printemps.

Jacques Viens a donc décidé de sacrifier une coupe de luzerne pour ne pas perdre la totalité de ses luzernières. « La plupart du temps, on fait seulement deux coupes au lieu de trois. On laisse pousser la troisième pour qu'elle serve d'abri. »Jacques Viens, producteur agricole

En dix ans, M. Viens n'a jamais perdu de luzerne. Il faut dire que lui et sa femme ont aussi planté des haies brise-vent. Celles-ci protègent le sol contre l'érosion par le vent et retiennent la neige… quand elle tombe.

Pour le Canada, 2002 a été la dixième année consécutive de températures supérieures à la normale. Environnement Canada indique que la région des Grands Lacs et du fleuve St-Laurent a connu, en 2002, l'hiver le plus doux de son histoire et le printemps le plus froid depuis 19 ans.


Des solutions en cours...

Comment les plantes vivaces et les arbres vont-ils s'adapter à ces changements d'hiver? Une partie de la réponse pourrait venir d'un laboratoire des sols d'Agriculture Canada. Le Centre de recherche et de développement sur les sols et les grandes cultures teste la survie des plantes agricoles aux hivers de… 2050.

Les climatologues prévoient que la température moyenne de l'hiver va augmenter à peu près de trois degrés par rapport aux conditions actuelles. Il va donc y avoir plus de dégel pendant l'hiver et plus de pluie.

Le paradoxe, c'est que le réchauffement de ces hivers veut dire des températures plus froides pour les plantes. Par exemple, sous dix centimètres de neige, il fait zéro degré au sol. Sans neige, la plante est exposée à la température de l'air. Elle risque donc d'être endommagée et de ne pas survivre.

Ce sont des conditions comme celles-ci que l'on tente de reproduire dans les congélateurs et dans les serres du laboratoire des sols d'Agriculture Canada. Les chercheurs testent et croisent pour aboutir à une plante qui pourra braver le froid.

D'ailleurs, une autre répercussion des changements climatiques, ce sera les températures extrêmes. De grands froids, comme ceux de cet hiver, suivis de redoux qui couvrent les plantes de glace… le pire des isolants. « Si on a une couche de glace, on empêche les échanges d'air et la plante qui est sous la glace peut souffrir d'asphyxie. »Gilles Bélanger, chercheur en agronomie au Centre de recherhce et développement sur les sols et les grandes cultures

D'autres conséquences à longs termes

Les climatologues prévoient que les automnes aussi vont changer et se prolonger. À tel point que les plantes vivaces et les arbres pourraient voir disparaître leur période d'endurcissement, ce qui les rendrait encore plus sensibles au froid. Cependant, les étés seraient légèrement plus chauds et plus longs. Ça, c'est une bonne nouvelle pour l'agriculture.

On peut également supposer que les changements climatiques vont avoir un impact sur les phénomènes qui affectent les insectes. C'est d'ailleurs le travail de Michèle Roy, entomologiste. Elle identifie les insectes qui ravagent les cultures. Elle sait que le moindre réchauffement changerait la répartition des populations de ravageurs.

«Une augmentation de deux degrés pourrait faire que, selon les espèces d'insectes, on pourrait retrouver de une à cinq générations de plus pendant la saison de croissance. » Michèle Roy, entomologiste

Pour le producteur, ça va impliquer des périodes de dépistages plus longues, des techniques de dépistages différentes ainsi que de nouvelles méthodes de luttes différentes.

Les changements climatiques vont de toute évidence initier des transformations dans le monde agricole. Les producteurs peuvent en tirer profit, cela va dépendre de leur capacité d'adaptation.

 




HYPERLIENS

Le site des changements climatiques du gouvernement du Canada

Le piégeage de la neige peu augmenter le rendement des cultures
Agriculture et Agroalimentaire Canada

Centre de recherche et de développement sur les sols et les grandes cultures

Réseau canadien de recherche sur les changements climatiques et l'adaptation

 

 

 

 




Les agriculteurs face aux changements climatiques...

Selon Gilles Bélanger, chercheur en agronomie et écophysiologie à Agriculture Canada, il faut s’attendre, au cours des 50 prochaines années, à des hausses de 2 à 6 degrés Celsius en hiver et de 1 à 4 degrés en été. Et ce sont les régions situées à la limite septentrionale de la production agricole qui vivront les plus importantes transformations. D’ici 50 ans, les régions du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie pourraient s’adonner à la culture du maïs et prévoir des rendements équivalents à ceux de la Montérégie. Il faudra favoriser l’introduction de semences hybrides qui s’adapteront à des saisons de culture plus longues.

Par contre, les agriculteurs auront à jongler avec une baisse importante de leurs réserves d’eau, que M. Bélanger estime entre 19% dans l’Outaouais et 43% dans les terres noires du sud-ouest de Montréal. Ce manque d’eau serait causé par une baisse des précipitations mais surtout, par une hausse de l’évaporation, en raison de la chaleur accrue. Le drainage des terres accélérera l’évacuation des eaux de pluie et accroîtra la vulnérabilité lors des périodes de sécheresse. «L’irrigation deviendra donc nécessaire pour planter ou semer, pour assurer une croissance continue, pour garantir la qualité du produit horticole et pour obtenir de bons rendements», soutient l’agronome Pierre Sauriol.

Source:
Vivre les changements climatiques

 

Visionnez notre reportage «Le dégel...gèle».