Des migrateurs gênants
Reporter réalisateur :
Charles Marcoux
20 juillet 2003

«Elles font des dégats, elles détruisent les pelouses... Il faut les contrôler autant qu'on peut!» Elvira Engel, citoyenne.


Ces oiseaux affamés...

À chaque printemps, des millions de bernaches survolent les grandes villes d'Amérique du Nord. À Toronto comme à Regina, Chicago ou Seattle, l'engouement de ces oiseaux affamés pour les grands parcs nationaux augmente sans cesse.

Le parc Wascana n'y échappe pas. Cet îlot de verdure devient, au printemps, l'un des plus grands sanctuaires urbains pour les oies sauvages au Canada. Si certains accueillent les oiseaux avec joie, d'autres citoyens se sentent dépassés par le phénomène.

En mai, au moment de l'éclosion des oeufs, l'occupation se transforme en invasion. «On ne peut pas arrêter les migrations d'oiseaux... et le parc est un habitat idéal. Il y a de l'eau, on est loin des prédateurs et l'herbe est toujours fraîche. Les oies adorent l'herbe fraîcheBob Edwart, centre de Wascana

Une oie peut avoir jusqu'à une demi douzaine de petits. Tôt ou tard, les oisons suivent leurs parents dans la destruction des pelouses... et laissent derrière eux leurs déjections.


Opération... capture!

À chaque été, très tôt le matin, le parc Wascana prend des allures militaires. Les troupes de travailleurs se déploient sous les ordres du commandant en chef Ray Longmuir. Les jardins du palais législatif sont clôturés: la chasse peut commencer...

Deux aéroglisseurs, assistés par deux bateaux hors-bord et une dizaine de rabatteurs, encerclent les oies. Alertés par le bruit, les oiseaux se regroupent: ils sont rapidement refoulées vers le rivage.

Les bernaches n'ont d'autres choix que de suivre le mouvement. À ce moment de l'année, les oisons ne savent pas encore voler et les adultes sont cloués au sol par la mue.

Les oies sont regroupées dans un enclos. On en attrape ainsi environ 1000 par année. Des rodéos de ce genre se tiennent à chaque été dans un grand nombre de villes sur tout le continent.«C'est pareil partout en Amérique du Nord. À Toronto, on compte jusqu'à 50 mille oies dans les parcs». Ray Longmuir

Un déménagement... annuel!

Aidé par des citoyens bénévoles, l'équipe de rabatteurs attrape les oies une à une. On les enferment dans des caisses de bois, en évitant les coups de bec.

Les caisses sont chargées sur une remorque et, à peine trois heures après le début de l'opération de capture, les oies partent pour un long voyage de 500 kilomètres de route vers une région sauvage du nord de la Saskatchewan.

En déménageant les oiseaux de la ville à un lac sauvage, on mise sur l'instinct naturel des jeunes oies: une bernache a tendance à revenir à l'endroit où elle a appris à voler.

En automne, une nouvelle invasion est à prévoir. Les bernaches migrent vers le sud et refont escale à Regina. Le parc Wascana subit alors les assauts de deux à trois fois plus d'oiseaux qu'au printemps.

«Le déménagement sert à réduire le nombre d'oies du parc en juillet et août. C'est la période où les risques de conflits avec les citadins sont les plus élevés». Bob Ewart.

Le grand déménagement annuel des bernaches ne réduit pas le nombre d'oiseaux: il maintient la population d'oies du parc à un nombre acceptable, sans avoir à en tuer une seule. Le parc Wascana peut ainsi garder à la fois sa verdure et son charme naturel.

 

Une solution différente...

À Seattle, on a choisit d'éliminer les oies sauvages. Depuis 1998, plus de 10 000 oies ont été capturées, asphyxiées au bioxyde de carbone et incinérées.

 


HYPERLIENS

Les oiseaux migrateurs
Environnement Canada

Ministère de l'Agriculture, des pêcheries et de l'alimentation

Conservation des oiseaux migrateurs
Service canadien de la faune



Un peu d'histoire...

À la fin du 19e siècle, le ruisseau Wascana est creusé pour créer un lac artificiel: le plan d'eau n'est alors qu'un marais vaseux, mais il attire déjà un petit nombre d'oiseaux migrateurs.

Les choses changent en 1905, lorsque la Saskatchewan devient une province. Le nouveau palais législatif, inspiré du palais de Versailles, est grandiose... C'est alors qu'on entreprend l'aménagement du parc Wascana.

Au moment de l'inauguration, les citoyens débordent de fierté pour le nouveau parc: l'un des plus grands au pays. Ils ne se doutent pas que le lac est sur le point de devenir un gigantesque terrain d'atterrissage.

Au dessus de leurs têtes, un demi millions de bernaches du Canada suivent l'un des plus importants couloir migratoire du continent. Un couloir de plus de 4000 kilomètres qui va des états du sud-ouest américain jusqu'à l'Arctique canadien.

Au fil des ans, le nombre d'oies qui fréquentent le parc grimpe de 1000 à 5000, puis à plus de
10 000 par années.

À la fin des années 60, la survie du parc est en jeu: il faut stopper l'envahisseur.

 

Visionnez notre reportage «Des migrateurs gênants».