À Longueuil, sur le boulevard Roland-Therrien,
on retrouve la maison de l'Union des producteurs agricoles d'un côté,
et la revue La terre de chez nous de l'autre. C'est le journal
officiel de l'UPA, mais les gens qui y travaillent se considèrent
tout de même comme des journalistes.
La terre de chez nous fête son 75e anniversaire cette année.
Le premier numéro, celui du 6 mars 1929, parlait de broderie! Aujourd'hui,
les sujets ont quelque peu changé, mais la quarantaine de personnes
qui y travaillent continuent de se pencher sur des sujets qui touchent
particulièrement les agriculteurs. Près de 43 000 exemplaires
sortent chaque semaine de l'imprimerie.
Depuis 1929, La terre de chez nous a beaucoup changée.
Elle est née lorsque l'UPA s'appelait encore UCC, l'Union catholique
des cultivateurs. Elle a beaucoup contribué à former le
syndicalisme agricole et a assisté à la naissance de presque
tous les regroupements d'agriculteurs du Québec.
Rosaline Ledoux, alias Marie-Josée
Rosaline
Ledoux a été témoin de ces changements. Elle a précédé
Victor à la revue La terre de chez nous. Longtemps, elle
a été journaliste comme lui, mais elle est surtout connue
pour son courrier du cur, qu'elle tient depuis 1965. C'est la fameuse
Marie-Josée, que tous les agriculteurs et toutes les agricultrices,
sans exception, connaissent. En quatre décennies, Rosaline Ledoux
a eu le temps de voir évoluer les mentalités dans les campagnes.
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«Il y avait des grands problèmes chez les femmes,
dont la contraception. Dans les années 60, les femmes me
demandaient les méthodes de températures et toutes
ces choses-là. J'ai même eu l'honneur d'être
dénoncée du haut de la chaire par un bon curé
du bas de Québec parce que j'avais donné des conseils
sur la contraception, ce qui était interdit.»
- Rosaline Ledoux.
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Ce n'était pas l'époque des psychologues, et, dans les villages,
on se confiait peu. Rosaline Ledoux a souvent joué le rôle
de confidente. Pour le meilleur et pour le pire. Certains lecteurs profitaient
de cette tribune anonyme pour demander des conseils sur les soins à
apporter à certaines maladies lorsqu'ils étaient trop gênés
pour se rendre chez le médecin.
Gérard Filion, premier rédacteur en chef
Aujourd'hui âgé de 95 ans, Gérard Filion a été
le premier rédacteur en chef de la revue, jusqu'en 1947. C'est
le même Gérard Filion qui a dirigé le journal Le
Devoir dans les années 50.
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«À l'époque, on ne parlait pas beaucoup
de technique agricole. Il y avait très peu de questions économiques.
Ce n'était pas un journal complet, c'était plutôt
un organe de défense de la profession.»
- Gérard Filion.
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Quand Gérard Filion a été embauché à
la revue La terre de chez nous, en 1935, c'était encore
la crise. Les producteurs vendaient leurs produits à la moitié
du prix habituel. Ils devaient s'organiser pour survivre. La terre
de chez nous était là pour les guider dans cette voie.
«À l'époque, c'était l'organe officiel de
l'UCC, un journal de combat. Aujourd'hui, le journal est beaucoup plus
détaché, même s'il demeure la propriété
de l'UPA.»
Dans
les années 30, Gérard Filion était seul à
écrire, et il écrivait surtout des textes d'opinion. Aujourd'hui,
ils sont sept journalistes dans la salle de rédaction, plus des
correspondants en région. Et l'éditorial est écrit
directement par le président de l'UPA. C'est un des derniers relents
de l'ancien journal de combat. Ce qui aide les journalistes à garder
leur indépendance, c'est que La terre de chez nous n'est
pas financée par l'UPA: elle vit de la publicité et des
abonnements.
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«On joue un peu le rôle de la protection de l'agriculteur.
Un peu comme pour les consommateurs, il y a la revue Protégez-vous,
de l'Office de protection des consommateurs. Nous sommes un peu
le Protégez-vous des agriculteurs.»
- Victor Larivière, un des journalistes.
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La longévité de La terre de chez nous n'est pas
un hasard. Le journal est un peu à l'image de ses lecteurs: il
évolue, comme les fermes, mais il est aussi transmis de génération
en génération.
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