Eau pouvoir !
Reporter : André Bernard
Réalisateur : Marie-Eve Thibault
7 septembre 2003

Pendant longtemps, on a considéré l'eau comme un bien privé. Aujourd'hui, dans l'esprit des gouvernements et de la population, l'eau est devenue un bien public.


Le paradoxe de l'eau

L'eau est le carburant de l'agriculture. Bon an mal an, il en tombe un mètre chaque année au Québec. Tout le surplus d'eau dans les champs est évacué d'un seul coup dans les cours d'eau. C'est en partie ce qui fait déborder les rivières. Aussi, toute l'eau qui dégorge du sol au printemps finit vite dans les drains, dans les fossés puis dans le fleuve. C'est de l'eau perdue...

Mais il y a un paradoxe. Si au printemps les producteurs tentent d'évacuer le plus rapidement possible l'eau afin de travailler leur terrain, cette ressource devient un bien précieux au milieu de l'été, lorsque la plante achève sa croissance. Il faut alors pomper l'eau des rivières.

Il y a toujours moyen de récupérer une fraction de l'eau de pluie ou de la fonte des neiges, notamment en creusant des bassins. Mais ça ne suffit pas toujours. On met donc des barrages sur les rivières afin de ralentir leur débit et augmenter les réserves d'eau.

L'autre moyen, c'est de garder l'eau dans le sol en faisant du drainage contrôlé. Au lieu d'évacuer toute l'eau du champ, on évacue seulement le surplus d'eau dans le premier mètre du sol.

Au Québec, il n'y a que les productions de fruits et de légumes qui sont irriguées: il faut beaucoup d'eau en peu de temps. L'irrigation consomme 85% de l'eau en agriculture au pays.


Attention aux eaux souterraines...

Le plus curieux, c'est que ces réserves d'eau qu'on veut maintenir dans le sol existent naturellement dans les boisés. Mais on est en train de les sacrifier pour cultiver.

«Certaines zones déboisés retenaient l'eau comme une éponge et la rendait progressivement durant l'été. Maintenant, ces terres sont cultivées. Ainsi, lorsqu'il y a beaucoup d'orages, les sols s'inondent.» Luc Brodeur, agronome

Pour chaque morceau de terre agricole gagnée, des sols humides disparaissent, les vents augmentent et apportent avec eux l'évaporation de l'eau à la surface du sol.

La recharge d'une nappe souterraine est aussi affectée par ce qui se passe à la surface du sol et parfois à des kilomètres de distance du puits.

La nappe souterraine est-elle un puits sans fin ? Comment être certain qu'elle pourra soutenir la demande de toute la population ?

Dans la plupart des régions, la question de disponibilité de l'eau ne se pose pas. Par contre, là où se concentrent les cultures irriguées, on constate que l'eau souterraine est de plus en plus sollicitée.

Même si, pour le moment on ne manque pas d'eau, on peut tout de même se questionner sur la possibilité de retenir davantage l'eau qui tombe du ciel avant de pomper l'eau souterraine.

 

 



 




Au Québec, le milieu agricole est au troisième rang des utilisateurs d'eau (16%).

Il vient après la consommation domestique (54%) et les piscicultures (23%).

Depuis le printemps 2003, creuser un nouveau puits n'est plus aussi simple.

Le nouveau règlement sur la captation des eaux souterraines du ministère de l'Environnement du Québec change les choses.

On surveillera beaucoup plus l'usage des eaux souterraines.

Le règlement devrait permettre de mieux connaître les ressources disponibles et la quantité d'eau qu'on y pompe, mais aussi de protéger les nappes d'eau souterraines de la contamination des eaux de surfaces.

 

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