La tylosine : approuvée dans la controverse
Reporter : Roger Léveillé (adaptation)
Réalisateur : Glen Kirby (Country Canada)
11 mai 2003

La tylosine est maintenant disponible aux éleveurs. Il n'est pas démontré que cette application est dangereuse pour la santé, mais il n'est pas prouvé qu'elle est sans risque.


Place aux hormones...

L'industrie de l'alimentation a bien changé. Il y a 50 ans, on ne pouvait pas injecter automatiquement des antibiotiques et des hormones de croissance dans le bétail. Aujourd'hui, de telles hormones peuvent ajouter 40 kilos à un bovin. C'est donc une bonne affaire pour les éleveurs et pour l'industrie pharmaceutique. Mais est- ce bon pour le consommateur?

Une évaluation scientifique

Avant d'être approuvés, les produits pharmaceutiques sont évalués par des scientifiques fédéraux. Ça n'a pas été simple quand le fabricant de la tylosine a voulu faire approuver cet antibiotique pour une nouvelle utilisation.


Shiv Chopra, microbiologiste

La drogue est déjà disponible sans prescription au Canada. Certains éleveurs s'en servent pour enrayer les maladies. Le fabricant de la tylosine voulait la combiner avec des hormones de croissance, elles aussi disponibles sur le marché.

C'est cette injection combinée qui a inquiété Shiv Chopra, microbiologiste fédéral. «La compagnie n'avait pas fourni de données. Elle voulait simplement qu'on homologue son produit car il avait déjà été approuvé à d'autres fins.» Shiv Chopra, microbiologiste fédéral

L'industrie pharmaceutique vétérinaire a des ventes d'un demi-milliard de dollars par an.

On met une quinzaine d'années et on dépense, en moyenne, un quart de millions en recherches afin de préparer un produit pour le marché.

Après autant d'efforts, les compagnies souhaitent une approbation gouvernementale rapide.


Mésentente au Fédéral...

Les compagnies souhaiteraient que les décisions gouvernementales se fassent plus rapidement. «La seule plainte que nous recevons de l'industrie face à leurs soumissions, c'est le manque de rapidité.» Diane Kirkpatrick, directrice généale de la Direction des produits vétérinaires

Selon le docteur Chopra, ces plaintes ne justifient pas une autorisation irréfléchie. «Si on me demande d'homologuer un médicament parce qu'il est autorisé aux États-Unis sans qu'il soit nécessaire d'examiner les données, je refuse car c'est moi la dernière ligne de défense.» Shiv Chopra

Si le docteur Chopra a réussi à faire interdire au Canada deux produits potentiellement dangereux (voir capsule info), il a cependant perdu la bataille de la tylosine.

La compagnie Elanco voulait faire approuver un comprimé injectable combinant une hormone de croissance et la tylosine. Le gouvernement a confié le dossier à ses scientifiques les plus seniors, mais a finalement rejeté leur recommandation.

Le docteur Chopra s'inquiète une fois de plus de la résistance anti-microbienne. Son collègue, le docteur Gérard Lambert, a découvert des études européennes indiquant que cette combinaison peut induire le cancer. Les scientifiques veulent obtenir plus de données du fabriquant, mais leur patron refuse.

«On a pris leur opinion en considération mais le fait est que le produit ne comporte aucun danger s'il est utilisé selon les directives de la compagnie.» Diane Kirkpatrick

Le dossier a été refilé à deux jeunes scientifiques qui ont recommandé que l'utilisation de la tylosine soit approuvée. Le docteur Lambert s'est vu remplacé comme gestionnaire intérimaire du service par un de ceux qui ont approuvé l'utilisation de la tylosine.

Au consommateur de tester...

L'injection hormonale de la tylosine a été approuvée au Canada, bien que l'Organisation mondiale de la Santé ait demandé à tous les pays d'interdire l'utilisation de la tylosine pour promouvoir la croissance.

Le produit est maintenant disponible aux éleveurs. Il n'est certes pas démontré que cette application soit dangereuse pour la santé, par contre il n'est pas prouvé qu'elle soit sans risque.

Devant l'absence d'études pertinentes, c'est le consommateur canadien qui servira de cobaye.

 



HYPERLIENS

La viande teintée par les antibiotiques

Compagnie Elanco

Organisation mondiale de la Santé



 

Ce n'est pas la première fois que Shiva Chopra entre en conflit avec ses supérieurs.

En 1990, on a demandé au Canada d'approuver une hormone appelée «RBST» et utilisée aux États-Unis.

Le chef du Service de protection de la santé humaine avait laissé entendre à la compagnie que son produit était conforme aux normes canadiennes.

Mais le Dr Chopra estimait ne pas avoir en mains les données suffisantes pour autoriser l'hormone.

Il a donc refusé son accord. Puis, pour avoir rendu la chose publique, il a dû faire face à des mesures disciplinaires, passer devant un comité du Sénat, un comité de travail et une Cour fédérale.

En bout de ligne, l'autorisation fédérale n'a jamais été accordée.

Deux ans plus tard, lui et ses collègues ont examiné une autre drogue, le Baytril, un antibiotique pour la volaille et le bétail.

Les scientifiques ont aussi suggéré qu'il ne serait pas prudent de l'autoriser.

 

Visionnez notre reportage «Approuvé dans la controverse».