L'héritage des porcs
  23 février 2003

Chaque année, les fermes porcines laissent dans la nature neuf millions et demi de mètres cubes de lisier: l'équivalent de quatre stades olympiques remplis.


Problème de lisier?

La seule évocation du mot porcherie soulève aujourd'hui un vent de contestation. L'automne dernier, l'agronome Roch Joncas a participé aux audiences du Bureau des audiences publiques sur l'environnement (BAPE).

«On sait qu'il y a des problématiques de qualité de l'eau qui sont importantes, mais pour les citoyens, je crois présentement que c'est l'odeur qui est vraiment l'élément déclencheur.» Roch Joncas, ingénieur agronome, Institut de recherche et de développement en agroenvironnement

Depuis quelques années, le mécontentement des communautés a motivé des entreprises à mettre au point des solutions technologiques pour traiter complètement les lisiers.

Présentement au Québec, on retrouve quelques technologies en phase terminale. Dans celles qui sont le plus près de la mise en marché, on retrouve Biosor et Biofertile.

Biosor

Biosor est le bébé du Centre de recherche industrielle du Québec (CRIQ). L'installation permet de traiter sur place les 7 500 mètres cubes de lisier que produisent ses 1 600 porcs.

La séparation liquide-solide, qui est la première étape, se fait à l'aide d'un produit chimique qui se dégrade à la lumière.

«C'est photo-oxydable. Les molécules se désagrègent et il n'y a plus d'activité après trois ou quatre jours. Ce type de produit est largement utilisé dans le domaine de l'assainissement de l'eau.» Gérardo Buelna, ingénieur Centre de recherche industrielle du Québec

«Ce produit nous permet d'obtenir une fraction solide connue sous forme de boue et qui contient environ 90% du phosphore présent dans le lisier. Une fraction liquide est aussi obtenue. Elle représente 70% du volume de lisier et ce liquide fera par la suite l'objet d'un traitement plus poussé par le biofiltre.» Gérardo Buelna

Le biofiltre, c'est un immense réservoir rempli de tourbe et de copeaux, un substrat qui agit comme une éponge naturelle. L'intérieur regorge de micro-organismes qui se nourrissent des polluants pour ne libérer que du gaz carbonique et de l'eau.

Le liquide poursuit sa route jusqu'au bassin de traitement final qui élimine le restant des pathogènes. L'eau qui en sort peut ensuite être envoyée dans un champ d'épuration d'où elle ira rejoindre les cours d'eau.

Depuis quelques années, le mécontentement des communautés a motivé des entreprises à mettre au point des solutions technologiques pour traiter complètement les lisiers.


Biofertile

Le village de Saint-Anselme est aussi une zone de surplus. Ce n'est donc pas par hasard si Envirogain, le compétiteur de Biosor, y a installé sa solution technologique dans une ferme-école porcine.

Le Centre d'excellence en production porcine (CEPP) y exploite une porcherie de 110 truies où Envirogain a intégré son procédé, Biofertile.

Le système en quatre étapes est beaucoup plus compact que chez Biosor. Tout tient dans une petite usine contiguë à la ferme.

«Un système de raclage en continu amène le lisier à l'étape de la séparation liquide-solide. Le lisier est évacué dans une préfosse. Il est pompé, mesuré et amené sur un tamis. Les matières fibreuses tombent dans le bassin et sont évacuées.» Camil Dutil, pdg Envirogain

La partie solide dégage peu d'odeur. Elle est donc envoyée dans un container situé à l'extérieur du bâtiment pour compostage.

Le liquide entre dans un bioréacteur analogue à ceux qu'on trouve dans les usines d'épuration des municipalités. L'effluent y est fortement oxygéné. C'est ce qu'on appelle un traitement en aérobie.

Durant cette phase, les bactéries se gavent des minéraux présents, tels l'azote, le potassium et le phosphore.

Ainsi, 70% de la charge azotée est libérée dans l'air. Le bioréacteur recrache un liquide encore épais, mais beaucoup moins odorant puisqu'il a été déchargé d'une bonne partie de son ammoniac, la substance qui donne au lisier cette odeur si forte.

Le liquide ainsi épuré s'en va dans l'autre phase de procédé par bactéries fixées. C'est ce qu'on appelle la biotour, qui traite à la fois les gaz et termine l'épuration biologique.

La biotour est une cascade artificielle sur des disques perforés. L'eau du bioréacteur y ruisselle. Un film de bactéries se forme sur les parois des disques, un peu comme les dépôts qu'on voit sur les toiles de piscines.

Provenant du bas, on pousse les gaz émanant du lisier, riches en carbone volatile, l'autre source des mauvaises odeurs. À la rencontre des deux éléments, une biochimie heureuse se produit : les bactéries vont littéralement bouffer les molécules de carbone organique présentes dans l'air. Ça ressemble au principe Biosor, mais en milieu artificiel et concentré.

Après traitement électrique pour éliminer les pathogènes qui auront survécu à l'épuration, l'eau peut être retournée au milieu naturel.

Prudence!

Il faut rester prudent puisque pour les deux technologies, il reste les boues. En principe, il y a là parfaite matière première pour des engrais biologiques, mais à condition de trouver preneur.

En absence d'un marché secondaire pour leurs boues, les producteurs doivent payer pour les envoyer chez Composts du Québec. Et plus il y a d'eau, plus c'est cher...

 



HYPERLIENS

Le lisier de porc

Envirogain

Purdel, Purporc et Biosor : tout un trio!




Quelques chiffres...

Chaque année, les fermes porcines laissent dans la nature neuf millions et demi de mètres cubes de lisier: l'équivalent de quatre stades olympiques remplis.

Hélas, cet effluent agricole est mal réparti à travers la province. à elles seules, les trois régiosn La Chaudière-Appalaches, la Montérégie et le Centre du Québec - regroupent 75% des porcs de la province.

Une bonne partie de ce lisier est utilisé comme engrais, pour fertiliser les terres avoisinantes. Mais l'épandage propage les odeurs. On peut minimiser le problème en ayant recours à des techniques plus propres, comme l'injection dans le sol par exemple. Mais au delà d'un certain volume, les terres ne peuvent plus absorber le lisier.

Il en résulte des municipalité «en surplus de lisier», c'est-à-dire que les superficies à fertiliser y sont insuffisantes. Que faire avec ce lisier excédentaire? Surtout, quoi faire pour réduire les odeurs et diminuer la quantité de phosphore qui pollue tant les cours d'eau?

Depuis quelques années, le mécontentement des communautés a motivé des entreprises à mettre au point des solutions technologiques pour traiter complètement les lisiers.

 

Visionnez notre reportage «L'héritage des porcs».