Pomme cirée, pomme de discorde
Journaliste : Ginette Marceau
Réalisatrice : Marie-Eve Thibault
10 novembre 2002

«Tout le monde est en maudit contre moi parce que j'ai sorti un problème. Mais écoutez... On parle de santé en ce moment, et les consommateurs veulent avoir des réponses...» Jean-Luc Legault, producteur de pommes


Problème... dans le verger!


Jean-Luc Legault, producteur de pommes

Le 15 août dernier, le producteur de pommes Jean-Luc Legault jette un pavé dans la mare en se demandant si la cire qui enrobe les pommes n'est pas toxique.

Les réactions ne se font pas attendre. Les médias s'emparent rapidement de l'histoire...

À la Fédération des producteurs de pommes comme à l'Association des emballeurs de pommes du Québec, c'est la consternation. Pourtant, ce débat sur la cire n'est pas nouveau...

Il y a trois ans, la Fédération avait demandé aux fournisseurs de cire de faire évaluer leur produit par Santé Canada.

«On a fait une demande il y a trois ans suite à un questionnement de distributeur nous disant qu'il serait préférable de faire évaluer la cire sur les produits.Santé Canada n'a jamais donné son accord. Depuis ce temps, l'organisme n'est jamais intervenue dans son autorité qu'elle a de retirer le produit.» François Rochon, Président de la Fédération des producteurs de pommes du Québec

Ce qui n'arrange pas les choses, c'est que cette controverse survient en pleine saison des récoltes. L'année est difficile, les rendements sont en dessous de la moyenne. Et comme si ce n'était pas assez, cette histoire est lancée par un pomiculteur.

Ce qui choque l'industrie pomicole, c'est qu'elle se retrouve seule sur la place publique à faire les frais d'une crise... alors qu'elle n'est pas la seule à utiliser une cire d'enrobage. On en retrouve notamment sur les poivrons et les concombres des champs.


La morpholine en cause...

Ce qui est montré du doigt, c'est la morpholine, qui entre dans la composition de certaines cires.

La morpholine est utilisée dans la fabrication d'autres produits. Elle peut, par exemple, se retrouver dans les cosmétiques.

En 1999, suite à une demande de son agent d'assurance, M. Legault a essayé d'obtenir la fiche signalétique de la cire qu'il voulait utiliser. Une information sur un produit uitlisé en alimentation que, selon lui, le gouvernement devrait posséder.

Comme les réponses ne venaient pas, M. Legault a écrit, au cours des mois suivants, beaucoup de lettres aux organismes impliqués dans le dossier.

«Ils m'ont dit que le produit n'était pas dangereux, mais ils n'ont jamais été en mesure de me dire si le produit a été certifié, homologué. Aucun gouvernement, aucune association ne veut me donner quoique ce soit.» Jean-Luc Legault

Encore rien de réglé...

Depuis juillet, Santé Canada réévalue toutes les cires d'enrobage utilisées au pays, qu'elles contiennent ou non de la morpholine. Une réévaluation qu'elle dit de routine. Cette étude repose surtout sur des analyses scientifiques parues sur le sujet.

«Présentement, les données nous démontrent que les taux qu'on retrouve sur les pommes sont bien en dessous des taux pouvant causer des torts à la santé.» Marie-Josée Bolduc, Santé Canada

En attendant ces résultats, les pomiculteurs n'ont d'autres choix que de cirer leurs pommes s'ils veulent survivre dans un marché très compétitif...

 

Les pommes importées occupent le tiers du marché québécois.

Celles qui sont cirées constituent un attrait important pour les consommateurs.


HYPERLIENS

La cire sur les pommes : Toxique ?

Le site web de Santé Canada

Organisation mondiale de la santé

Union des producteurs agricoles
(Fédération des producteurs de pommes du Québec)




 


Dangereuse, la morpholine?...

Tous s'accordent pour dire que la morpholine ne présente aucun risque toxique pour l'homme.

C'est lorsqu'elle entre en contact avec le nitrate ou le nitrite qu'elle se transforme en un dérivé: le nitrosomorpholine.

Selon l'Organisation Mondiale de la Santé, le nitrosomorpholine est cancérigène chez les animaux.

On retrouve du nitrate dans certaines nappes phréatiques.

 

Visionnez notre reportage «Pomme cirée, pomme de discorde».