Récupération de bois brûlés
Reporter : Denis Guénette
Réalisation : Micheline Vien
20 avril 2003

Les industriels ont tout intérêt à récupérer le bois incendié sur leurs territoires de coupe puisque ce qui n'est pas récolté sera perdu pour eux et ne sera pas remplacé.


Ravagés par le feu...

À l'été 2002, les feux de forêt qui ont ravagé le nord du Québec ont détruit 232 mille hectares de forêt, soit cinq fois la superficie de l'Île de Montréal.

Il n'y a pas si longtemps, ce bois incendié n'intéressait personne. Pourtant, les flammes épargnent bien de la matière ligneuse...

C'est la mise en place du nouveau régime forestier, à la fin des années 80, qui est venue tout changer. Désormais, les industriels ont tout intérêt à récupérer le bois incendié sur leurs territoires de coupe puisque ce qui n'est pas récolté sera perdu pour eux et ne sera pas remplacé.

Calcul des dommages...

Comment s'y prend-t-on pour connaître l'étendue des dommages causés par un feu de forêt?

«Il faut survoler ces feux de manière systématique et classer les dommages en catégories qui nous permettent d'apprécier ce qui présente de l'intérêt pour la récupération.» Michel Chabot, direction de la conservation des forêts, ministère des Ressources Naturelles du Québec

Cette évaluation aérienne doit être suivie d'une évaluation sur le terrain. Il faut s'assurer que le bois incendié a une valeur commerciale et qu'il demeure accessible.

«Si on est obligé de construire des routes pour aller chercher un petit territoire, la question de rentabilité entre en ligne de compte. La peine l'emporte alors sur le profit.» Michel Chabot

«Avec l'avènement du feu, il a fallu bâtir dans le même secteur 58 kilomètres de chemin en l'espace de 20 semaines, et ce, dans la pire période de l'année.»
Pierre Cormier


Le cas Bowater

Pour une entreprise forestière, un incendie de forêt est toujours un drame. D'immenses réserves de bois risquent d'être perdues.

Bowater exploite un vaste territoire de coupe, au nord du Lac-Saint-Jean. Elle produit du bois d'oeuvre et du papier. «La superficie du feu sur notre territoire représente près de cinq années de récolte normale pour une entreprise comme nous.» Pierre Cormier, responsable des opérations forestières, Compagnie forestière Bowater.

Pour elle, la décision de récupérer 500 000 mètres cubes de bois incendiés n'a pas été facile à prendre. Les feux ont ravagé un territoire très éloigné que Bowater ne prévoyait exploiter qu'en 2010.

«Avec l'avènement du feu, il a fallu bâtir dans le même secteur 58 kilomètres de chemin en l'espace de 20 semaines, et ce, dans la pire période de l'année.» Pierre Cormier

«Une fois rendu dans le grand feu, on a dû faire au-delà de 200 kilomètres de chemin d'opérations pour venir chercher la matière ligneuse.» Pierre Cormier

Bowater a également dû installer, à des centaines de kilomètres au nord de Mistassini, un des plus gros camps forestiers jamais vu depuis plusieurs années au Québec.

De plus, pour récupérer autant de bois en si peu de temps, il a fallu faire appel à une quantité impressionnante de machineries forestières.

Vers l'usine de sciage

Le bois récolté est destiné aux usines de sciage. En principe, les règles de coupe sont les mêmes qu'en temps normal. Mais le ministère des Ressources naturelles fait preuve d'une certaine tolérance, pour éviter que les arbres expédiés aux usines ne contiennent trop de carbone.

Depuis décembre dernier, l'usine de la Bowater à Dolbeau-Mistassini ne transforme que du bois incendié.

Les arbres récupérés sont moins longs et d'un diamètre plus petit. Cela signifie plus de perte, car on ne peut produire autant de madriers de 16 pieds qu'on le fait habituellement.

Autre problème: le carbone, qu'il faut à tout prix éliminer pour fabriquer un bois d'oeuvre de qualité, mais aussi parce que les copeaux produits ici vont alimenter l'usine de papier journal de Bowater.

«Enfin, la texture du bois pose problème. «C'est un bois plus sec et plus dur à travailler. Le feu a asséché l'écorce qui a collée à la pièce de bois.» Réjean Gagnon, spécialiste en écologie forestière, Université du Québec à Chicoutimi




HYPERLIENS

Les feux de juillet 2002

 




 

On dit souvent qu'un feu de forêt favorise la regénération.

La chaleur fait éclater les cônes des épinettes et les graines qu'ils contiennent retombent au sol et finissent par repousser.

Mais seuls les arbres matures portent des cônes.

Le problème, selon Réjean Gagnon, spécialiste en écologie forestière à l'Université du Québec à Chicoutimi, c'est que plusieurs feux de forêt successifs ont fini par détruire des arbres immatures qui ne portaient pas encore des cônes.

«Au cours des 30 dernières années, on a eu beaucoup de feux. Certains endroits ont donc brûlé deux fois en peu de temps. C'est donc difficile pour l'épinette noire de se regénérer.» Réjean Gagnon,spécialiste en écologie forestière à l'Université du Québec à Chicoutimi

Dans ces circonstances, il faudra donc planter de jeunes repousses. Un coût additionnel pour les compagnies forestières.

 

Visionnez notre reportage «Récupération de bois brûlé».