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Quelque
123 propriétaires de chalutiers réunis à
Campbellton, au Nouveau-Brunswick, ont décidé à
l'unanimité, lundi, de ne pas entamer leur saison de pêche
au crabe des neiges. Les pêcheurs des provinces atlantiques,
de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine protestent
contre la décision du ministère des Pêches
de réduire les quotas de pêche de 22 000 tonnes de
crabe l'an dernier à 17 000 cette année. 15 % de
ce quota devra aussi être partagé avec les autochtones
et les pêcheurs côtiers.
Écoute
du reportage et des entrevues avec Joël Gionet et Ron Cormier
Format WindowsMedia
Un
calme fragile régnait, lundi, dans la Péninsule
acadienne, après les émeutes du week-end à
Shippagan. Des protestaires ont incendié dans le port de
cette ville quatre bateaux de pêche destinés aux
autochtones. Ils ont aussi mis le feu à une usine de transformation
des produits de la mer, privant de travail les employés
de ces usines. Les dommages sont évalués à
plusieurs millions de dollars. Selon la police fédérale,
250 individus auraient participé au saccage. L'accès
aux quais de Shippagan demeure interdit.
En
fin de journée, lundi, le ministre des Pêches du
Canada, Robert Thibault, s'est cependant dit prêt à
négocier une augmentation des quotas en échange
de la participation des pêcheurs à un programme de
conservation du crabe. 4000 tonnes de crabe pourraient encore
être allouées sans risquer d'épuiser la ressource,
a ajouté le ministre, qui n'a pas précisé
s'il entendait se rendre dans les Maritimes dans les prochains
jours. Ces propos redonneront peut-être un peu d'espoir
aux 3000 travailleurs des usines de transformation pour qui le
boycott rime avec chômage.
Le
crabe des neiges suscite la convoitise. Depuis le début
de la pêche commerciale au crabe dans les années
1960, le marché s'est développé pour devenir
un des plus lucratifs après celui du homard. En 2002, la
valeur des prises au débarquement pour tout l'Atlantique
s'élevait autour de 400 millions de dollars. Dans le sud
du golfe St-Laurent, environ 130 pêcheurs de crabes se partagent
traditionnellement la ressource. On les appelle les pêcheurs
traditionnels. Depuis quelques années, leur monopole est
de plus en plus contesté.
En
1992, le gouvernement fédéral impose le premier
moratoire sur la pêche à la morue, soulevant ainsi
la colère des pêcheurs de poissons de fond. L'effondrement
de la pêche à la morue viendra mettre une pression
nouvelle sur les pêcheurs de crabes. Les morutiers, qui
ont perdu leur gagne-pain, réclament pour compenser leurs
pertes un accès à la pêche au crabe des neiges.
La convoitise vient également des pêcheurs de homard
et de hareng qui veulent augmenter, eux aussi, leurs revenus.
Jusqu'au début des années 2000, le partage des quotas
de crabes se faisait selon les revenus des pêcheurs dits
traditionnels. On donnait l'excédent des quotas aux autres
pêcheurs lorsque les pêcheurs traditionnels récoltaient
plus de 500 000 dollars en revenus anticipés. Or, cette
année et pour les trois prochaines années, c'est
le ministre des Pêches qui tranche.

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