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Reportage au Point
Le jeudi 16 janvier
Les négociations territoriales avec Québec et Ottawa
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À 100 kilomètres au nord de Sept-Îles, au cœur du vaste terrain de jeux des chasseurs et des pêcheurs de la région, se trouve la ZEC Matimek, une zone d'exploitation contrôlée qui compte 350 lacs et 1900 kilomètres carrés de forêts. Il s'agit de magnifiques terres publiques, qui déchaînent les passions, parce qu'Innus et Québécois partagent le même attachement passionnel pour le bois, la chasse et la pêche. En fait, les deux communautés convoitent les millions de dollars générés par cette industrie, la troisième en importance de la Côte-Nord.

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Que dit l'entente de principe?

En premier lieu, il ne faut pas confondre Innus et Inuits. Les Innus sont ceux qu'on appelait avant les Montagnais. Le projet d'entente vise à créer deux types de territoires innus. Le premier, le Nitassinam, qui veut dire «notre terre», représente 300 000 kilomètres carrés, le tiers du Québec, presque toute la Côte-Nord et le Saguenay-Lac-Saint-Jean. Le deuxième type, le Innu Assi, veut dire «en terre propre». Les Innu Assi, ce sont les réserves actuelles, doublées de superficie en moyenne. La grande différence c'est que les Innus n'y seront plus sous la tutelle du gouvernement fédéral, mais pleinement propriétaires et autonomes. Un Innu Assi fonctionnera un peu comme une ville: les Innus paieront éventuellement des impôts à un gouvernement innu, qui pourra voter des lois et des règlements. Mais, les inquiétudes ne portent pas sur les Innu Assi, mais sur le territoire, le Nitassinam. L'entente reconnaît et définit les droits ancestraux de chasse, de pêche et de piégeage des Innus sur le Nitassinam, mais le Québec demeure pleinement propriétaire de ce territoire. C'est d'ailleurs là que les choses se compliquent et que les passions s'enflamment: on ne sait pas encore comment les lois innues et les lois québécoises vont cohabiter sur ce territoire.

 

La ZEC Matimek a investi des dizaines de milliers de dollars pour ensemencer deux de ses 350 lacs et y installer 17 terrains de camping pour motorisés. Or, des Innus ont construit sept camps au bord de ces deux lacs. Un Innu y a construit un chalet, directement entre le camping et le lac, bloquant ainsi la vue et l'accès à deux des terrains de camping. La tension est palpable. La zone d'exploitation contrôlée limite la chasse et la pêche afin de protéger les espèces. Par exemple, on ne peut chasser l'orignal que quelques semaines en octobre. Les Innus, eux, ont le droit de chasser et de pêcher sans limite sur leurs territoires ancestraux. Ailleurs, des Innus limitent et déclarent volontairement leurs prises. Pas dans cette région-ci. On les accuse de vider les lacs à coups de filets.


Guy Chevrette a accepté une mission titanesque : combler le fossé de méconnaissances qui s'est creusé depuis 150 ans, entre les Blancs et les Amérindiens. L'ex-ministre des Affaires autochtones doit combattre les préjugés, le racisme et une grande méfiance. L'autre grand défi de Guy Chevrette est d'expliquer une entente très complexe; des textes juridiques arides, parfois vagues, qui ouvrent nécessairement la porte aux interprétations contradictoires, à la désinformation. Par exemple, beaucoup croient que l'entente de principe donne de nouveaux droits aux Innus, ou encore, que les gouvernements cèdent le tiers du Québec. Or, les Innus ont déjà ces droits, de chasse et de pêche, notamment, depuis des siècles, sur un territoire encore plus vaste.

L'origine du conflit d'aujourd'hui se trouve dans une autre bataille. Après la conquête des plaines d'Abraham, les Anglais avaient payé le gros prix pour acheter la paix avec les Amérindiens. Tout part de ce vieux document: la Proclamation royale de 1763, première Constitution du Canada. Elle reconnaît aux Premières Nations un droit de propriété sur la plus grosse part du Québec et du Canada d'aujourd'hui. Le roi britannique prend alors les grands moyens pour protéger les territoires de chasse de ces «tribus sauvages», comme il l'écrit. Le problème réside dans le fait que ces droits ont ensuite été soit éteints, par traités, ou, dans le cas du Québec, complètement ignorés, oubliés, jusqu'à ce que la Cour suprême réveille les mémoires, en 1973. La Cour suprême affirme que les droits reconnus aux Premières Nations en 1763 existent toujours, mais elle laisse aux gouvernements le soin d'encadrer les droits ancestraux des Innus et de définir avec eux le territoire où ces droits peuvent se pratiquer aujourd'hui. Les gouvernements n'avaient plus le choix de négocier. C'était le début d'un long processus de négociations, qui dure depuis 30 ans.

Les craintes sont particulièrement vives à Sept-Îles, où les tensions raciales refont surface périodiquement. Pourtant, les Innus de Uashat-Malioténam ne sont pas encore à la table de négociations, mais l'inquiétude qu'elle suscite a rallumé une certaine braise raciste. En septembre, une dispute amoureuse entre un jeune Innu et sa copine blanche a failli déraper. Des Blancs ont voulu venger l'adolescente. La bataille n'a finalement pas eu lieu, mais l'incident a creusé encore un peu plus le fossé racial et le malaise profond des jeunes Innus. Les tensions raciales à Sept-Îles remontent aux années 1950. La ville n'était alors qu'une bourgade de pêcheurs. Puis, les mines ont fait exploser le développement. La population a vite grimpé de 5000 habitants à plus de 30 000. Il n'y avait plus de place pour les Innus. On a voulu les déménager de force. Dans les années 1970, la mort mystérieuse d'un pêcheur innu sur la rivière Moisie a ravivé les tensions raciales.

 

Selon l'entente de principe, les Innus auront éventuellement leur propre régime fiscal, quand ils auront réussi à se sortir de la pauvreté. Actuellement, même s'ils devaient payer des impôts, ils n'en paieraient pas. Ils sont trop pauvres pour avoir un revenu imposable, comme 40 % des Québécois. Le temps venu, les Innus paieront des impôts à un gouvernement innu autonome. Les gouvernements espèrent que la négociation ramènera la paix dans les forêts québécoises. Une entente négociée, même imparfaite, est bien moins dangereuse que la jalousie et l'anarchie. Au bout du compte, les Innus ne pourront plus chasser, piéger et pêcher n'importe où n'importe quand. On veut donner aux deux communautés les moyens de jouir encore longtemps du territoire tant aimé.


Les Innus
Au Québec, les Innus, autrefois appelés Montagnais, vivent principalement dans neuf communautés. Sept d'entre elles sont réparties sur 900 km de rive du fleuve Saint-Laurent, à partir de Tadoussac jusqu'à la frontière du Labrador. Les deux autres communautés vivent, respectivement, au bord du lac Saint-Jean et au cœur de la région nordique du Québec, près de la frontière du Labrador.

Le territoire traditionnel de la nation innue est le domaine de la forêt boréale, celle-ci couvrant la totalité des grandes régions administratives du Saguenay-Lac-Saint-Jean, de la Côte-Nord et de la partie nord de la région de la Capitale-Nationale (Québec). Peuple de chasseurs et de cueilleurs, les Innus sont des nomades, contraints de se sédentariser. Malgré ce fait, la langue et la culture innues sont encore très vivantes dans la majorité des communautés.

La population

La nation innue comptait, en l'an 2000, quelque 14 492 personnes, ce qui en fait la deuxième nation autochtone en importance au Québec. Une de ses caractéristiques particulières est la jeunesse de sa population, car 67,7 % de celle-ci a moins de 35 ans par rapport à 44,8 % pour l'ensemble du Québec. Elle est cependant moins scolarisée; seulement 32 % des personnes de 15 ans et plus possèdent un certificat d'études secondaires en comparaison de 64 % pour l'ensemble du Québec. Quant à sa représentation sur le marché du travail, 34 % des Innus de plus de 15 ans occupent un emploi en comparaison de 54 % pour l'ensemble de la population du Québec.

Les communautés innues sont très différentes les unes des autres, tant par leur situation géographique et leur taille que du point de vue socioéconomique ou de la présence de la culture et de la langue innues. La langue innue est la langue maternelle en usage dans la quasi-totalité des communautés. Dans toutes les communautés, la langue seconde est le français, à l'exception de Pakuashipi où l'anglais est aussi utilisé. Les Innus ont mis en place plusieurs organisations dans différents domaines d'activité dans le but de favoriser, notamment, l'épanouissement et la diffusion de leur culture et leur essor économique : l'Institut culturel et éducatif montagnais (ICEM) et la Corporation de développement économique montagnaise (CDEM), notamment.

Les communautés

Mashteuiatsh
Essipit
Betsiamites
Uashat-Maliotenam
Mingan (Ekuanitshit)
Natashquan (Nutashkuan)
La Romaine (Unamen Shipu)
Pakuashipi (Pakua Shipu)
Schefferville (Matimekosh-Lac-John)

source : Secrétariat aux affaires autochtones



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