|
|
À
100 kilomètres au nord de Sept-Îles, au cur
du vaste terrain de jeux des chasseurs et des pêcheurs de
la région, se trouve la ZEC Matimek, une zone d'exploitation
contrôlée qui compte 350 lacs et 1900 kilomètres
carrés de forêts. Il s'agit de magnifiques terres
publiques, qui déchaînent les passions, parce qu'Innus
et Québécois partagent le même attachement
passionnel pour le bois, la chasse et la pêche. En fait,
les deux communautés convoitent les millions de dollars
générés par cette industrie, la troisième
en importance de la Côte-Nord.
Écoute
du reportage
Format WindowsMedia
| Que
dit l'entente de principe? |
|
En premier lieu, il ne faut pas confondre Innus et
Inuits. Les Innus sont ceux qu'on appelait avant les
Montagnais. Le projet d'entente vise à créer
deux types de territoires innus. Le premier, le Nitassinam,
qui veut dire «notre terre», représente
300 000 kilomètres carrés, le tiers
du Québec, presque toute la Côte-Nord
et le Saguenay-Lac-Saint-Jean. Le deuxième
type, le Innu Assi, veut dire «en terre propre».
Les Innu Assi, ce sont les réserves actuelles,
doublées de superficie en moyenne. La grande
différence c'est que les Innus n'y seront plus
sous la tutelle du gouvernement fédéral,
mais pleinement propriétaires et autonomes.
Un Innu Assi fonctionnera un peu comme une ville:
les Innus paieront éventuellement des impôts
à un gouvernement innu, qui pourra voter des
lois et des règlements. Mais, les inquiétudes
ne portent pas sur les Innu Assi, mais sur le territoire,
le Nitassinam. L'entente reconnaît et définit
les droits ancestraux de chasse, de pêche et
de piégeage des Innus sur le Nitassinam, mais
le Québec demeure pleinement propriétaire
de ce territoire. C'est d'ailleurs là que les
choses se compliquent et que les passions s'enflamment:
on ne sait pas encore comment les lois innues et les
lois québécoises vont cohabiter sur
ce territoire.
|
|
La
ZEC Matimek a investi des dizaines de milliers de dollars pour
ensemencer deux de ses 350 lacs et y installer 17 terrains de
camping pour motorisés. Or, des Innus ont construit sept
camps au bord de ces deux lacs. Un Innu y a construit un chalet,
directement entre le camping et le lac, bloquant ainsi la vue
et l'accès à deux des terrains de camping. La tension
est palpable. La zone d'exploitation contrôlée limite
la chasse et la pêche afin de protéger les espèces.
Par exemple, on ne peut chasser l'orignal que quelques semaines
en octobre. Les Innus, eux, ont le droit de chasser et de pêcher
sans limite sur leurs territoires ancestraux. Ailleurs, des Innus
limitent et déclarent volontairement leurs prises. Pas
dans cette région-ci. On les accuse de vider les lacs à
coups de filets.
Guy
Chevrette a accepté une mission titanesque : combler le
fossé de méconnaissances qui s'est creusé
depuis 150 ans, entre les Blancs et les Amérindiens. L'ex-ministre
des Affaires autochtones doit combattre les préjugés,
le racisme et une grande méfiance. L'autre grand défi
de Guy Chevrette est d'expliquer une entente très complexe;
des textes juridiques arides, parfois vagues, qui ouvrent nécessairement
la porte aux interprétations contradictoires, à
la désinformation. Par exemple, beaucoup croient que l'entente
de principe donne de nouveaux droits aux Innus, ou encore, que
les gouvernements cèdent le tiers du Québec. Or,
les Innus ont déjà ces droits, de chasse et de pêche,
notamment, depuis des siècles, sur un territoire encore
plus vaste.
L'origine
du conflit d'aujourd'hui se trouve dans une autre bataille. Après
la conquête des plaines d'Abraham, les Anglais avaient payé
le gros prix pour acheter la paix avec les Amérindiens.
Tout part de ce vieux document: la Proclamation royale de 1763,
première Constitution du Canada. Elle reconnaît aux
Premières Nations un droit de propriété sur
la plus grosse part du Québec et du Canada d'aujourd'hui.
Le roi britannique prend alors les grands moyens pour protéger
les territoires de chasse de ces «tribus sauvages»,
comme il l'écrit. Le problème réside dans
le fait que ces droits ont ensuite été soit éteints,
par traités, ou, dans le cas du Québec, complètement
ignorés, oubliés, jusqu'à ce que la Cour
suprême réveille les mémoires, en 1973. La
Cour suprême affirme que les droits reconnus aux Premières
Nations en 1763 existent toujours, mais elle laisse aux gouvernements
le soin d'encadrer les droits ancestraux des Innus et de définir
avec eux le territoire où ces droits peuvent se pratiquer
aujourd'hui. Les gouvernements n'avaient plus le choix de négocier.
C'était le début d'un long processus de négociations,
qui dure depuis 30 ans.
Les
craintes sont particulièrement vives à Sept-Îles,
où les tensions raciales refont surface périodiquement.
Pourtant, les Innus de Uashat-Malioténam ne sont pas encore
à la table de négociations, mais l'inquiétude
qu'elle suscite a rallumé une certaine braise raciste.
En septembre, une dispute amoureuse entre un jeune Innu et sa
copine blanche a failli déraper. Des Blancs ont voulu venger
l'adolescente. La bataille n'a finalement pas eu lieu, mais l'incident
a creusé encore un peu plus le fossé racial et le
malaise profond des jeunes Innus. Les tensions raciales à
Sept-Îles remontent aux années 1950. La ville n'était
alors qu'une bourgade de pêcheurs. Puis, les mines ont fait
exploser le développement. La population a vite grimpé
de 5000 habitants à plus de 30 000. Il n'y avait plus de
place pour les Innus. On a voulu les déménager de
force. Dans les années 1970, la mort mystérieuse
d'un pêcheur innu sur la rivière Moisie a ravivé
les tensions raciales.
Selon
l'entente de principe, les Innus auront éventuellement
leur propre régime fiscal, quand ils auront réussi
à se sortir de la pauvreté. Actuellement, même
s'ils devaient payer des impôts, ils n'en paieraient pas.
Ils sont trop pauvres pour avoir un revenu imposable, comme 40
% des Québécois. Le temps venu, les Innus paieront
des impôts à un gouvernement innu autonome. Les gouvernements
espèrent que la négociation ramènera la paix
dans les forêts québécoises. Une entente négociée,
même imparfaite, est bien moins dangereuse que la jalousie
et l'anarchie. Au bout du compte, les Innus ne pourront plus chasser,
piéger et pêcher n'importe où n'importe quand.
On veut donner aux deux communautés les moyens de jouir
encore longtemps du territoire tant aimé.
| Les
Innus |
Au
Québec, les Innus, autrefois appelés Montagnais,
vivent principalement dans neuf communautés.
Sept d'entre elles sont réparties sur 900 km
de rive du fleuve Saint-Laurent, à partir de
Tadoussac jusqu'à la frontière du Labrador.
Les deux autres communautés vivent, respectivement,
au bord du lac Saint-Jean et au cur de la région
nordique du Québec, près de la frontière
du Labrador.
Le territoire traditionnel de la nation innue est
le domaine de la forêt boréale, celle-ci
couvrant la totalité des grandes régions
administratives du Saguenay-Lac-Saint-Jean, de la
Côte-Nord et de la partie nord de la région
de la Capitale-Nationale (Québec). Peuple de
chasseurs et de cueilleurs, les Innus sont des nomades,
contraints de se sédentariser. Malgré
ce fait, la langue et la culture innues sont encore
très vivantes dans la majorité des communautés.
La population
La
nation innue comptait, en l'an 2000, quelque 14 492
personnes, ce qui en fait la deuxième nation
autochtone en importance au Québec. Une de
ses caractéristiques particulières est
la jeunesse de sa population, car 67,7 % de celle-ci
a moins de 35 ans par rapport à 44,8 % pour
l'ensemble du Québec. Elle est cependant moins
scolarisée; seulement 32 % des personnes de
15 ans et plus possèdent un certificat d'études
secondaires en comparaison de 64 % pour l'ensemble
du Québec. Quant à sa représentation
sur le marché du travail, 34 % des Innus de
plus de 15 ans occupent un emploi en comparaison de
54 % pour l'ensemble de la population du Québec.
Les communautés innues sont très différentes
les unes des autres, tant par leur situation géographique
et leur taille que du point de vue socioéconomique
ou de la présence de la culture et de la langue
innues. La langue innue est la langue maternelle en
usage dans la quasi-totalité des communautés.
Dans toutes les communautés, la langue seconde
est le français, à l'exception de Pakuashipi
où l'anglais est aussi utilisé. Les
Innus ont mis en place plusieurs organisations dans
différents domaines d'activité dans
le but de favoriser, notamment, l'épanouissement
et la diffusion de leur culture et leur essor économique
: l'Institut culturel et éducatif montagnais
(ICEM) et la Corporation de développement économique
montagnaise (CDEM), notamment.
Les communautés
Mashteuiatsh
Essipit
Betsiamites
Uashat-Maliotenam
Mingan (Ekuanitshit)
Natashquan (Nutashkuan)
La Romaine (Unamen Shipu)
Pakuashipi (Pakua Shipu)
Schefferville (Matimekosh-Lac-John)
source
: Secrétariat
aux affaires autochtones
|
|

.
|
|