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Reportage au Point
Lundi 16 septembre
Le pot-corn : une culture payante
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Les policiers saisissent chaque année des quantités importantes de marijuana dans les champs du Québec. Il faut dire que les plantations de mais offrent un abri plus qu'intéressant pour les trafiquants. En 2000, la Sûreté du Québec a saisi près de 400 000 plants. L'an dernier, la récolte a été encore meilleure, 421 155 plants, et c'est sans compter les saisies effectuées par la Gendarmerie royale du Canada.

Dans la chasse aux trafiquants, la SQ fait encore principalement appel aux méthodes policières traditionnelles; enquête et dénonciation restent ses principales armes. La sûreté possède trois hélicoptères, mais ne les utilisent qu'occasionnellement pour patrouiller. Pour le survol du territoire, les policiers demandent l'aide d'un petit avion privé, qui prend des photos du haut des airs. La SQ refuse de révéler la fréquence de ces missions. Mais le ministre responsable se félicite des résultats obtenus.

La SQ affirme que sa priorité est de sortir les planteurs de marijuana des champs des agriculteurs. Les saisies de marijuana augmentent, mais est-ce que ça veut dire qu'il y en a moins dans les champs ? Nous avons affrété un hélicoptère pour vérifier l'efficacité de la stratégie policière, pour vérifier si le Québec est encore le gruyère qu'on a déjà décrit. Bilan de l'opération : deux heures de vol nous ont permis de débusquer sept plantations et 850 plants. Selon les estimations policières les plus conservatrices, cela équivaut à quelque 850 000 dollars. Le constat est clair : si on vole au-dessus des champs de maïs, on trouve des plantations de marijuana.

Plutôt que d'effectuer des patrouilles aériennes systématiques, la SQ semble miser sur la collaboration des producteurs agricoles. Dans le cadre de l'Opération Cisaille, mise en place dans la région de Québec, les policiers avertissent avec des affiches les trafiquants que les champs peuvent être inspectés en tout temps. La région de Saint-Hyacinthe où les planteurs de marijuana se montrent très actifs depuis quelques années, a aussi mis sur pieds un programme Info Crime. Le député bloquiste de la région, Yvan Loubier révélait la semaine dernière que le nombre de dénonciations est passé de huit l'an passé à plus de 50 pour les neufs premier mois de l'année. Est-ce suffisant de se fier à l'augmentation du nombre de dénonciation pour conclure à une diminution de marijuana dans les champs ? Le portrait que nous avons vu du haut des airs semble indiquer que non.

Nouvelle saisie

Le 12 septembre dernier, les policiers de la Sûreté du Québec ont procédé au démantèlement d'une production de marijuana située sur le Rang 7, dans la municipalité de Chénéville. Vers 1h05, trois suspects se sont présentés sur les lieux afin de prendre possession de la récolte. Les policiers ont procédé à leur arrestation au moment où ils s'apprêtaient à quitter les lieux. Cette opération policière a permis la saisie de plus de 395 kg de cannabis.

Un des trois suspects, Alain Poirier, 41 ans, a comparu au Palais de justice de Gatineau afin de répondre à des accusations de production de marijuana. Les deux autres suspects comparaîtront au palais de justice dans les semaines à venir.

Cette saisie s'inscrit dans le cadre de l'Opération Cisaille.

source : Sûreté du Québec

Et pour ceux qui osent dénoncer, l'intimidation reste une réalité. Les exemples sont nombreux. Pour n'en citer qu'un : il y a moins de deux mois, deux petits avions ont été incendiés à Saint-Flavien, dans Lotbinière, après avoir survolé des champs. À l'exemple des automobiles incendiées, le crime portait la signature des motards et une note prévenait le pilote de ne plus survoler les champs. S'il y a une limite à l'efficacité de la dénonciation pour combattre les planeurs de cannabis, elle est physique. Il est extrêmement difficile du sol de localiser la marijuana.

Même après avoir vu nos images, le ministre québécois de la Sécurité publique, Normand Jutras, n'est pas convaincu de la nécessité d'augmenter les patrouilles aériennes. Dans la lutte au crime organisé, les policiers ont réussi des coups spectaculaires au cours des dernières années comme l'Opération Printemps 2001 qui a permis d'arrêter des dizaines de motards et ébranlé l'organisation même des Hells Angels. Mais les coups d'éclat ont été réussis en ville. Dans les milieux ruraux, les saisies de drogues sont importantes, mais les agriculteurs attendent toujours une opération de la même envergure.

La culture de la marijuana dans les champs compte pour moins de 20 % de la production totale selon les policiers. Mais pour les gens qui vivent à la campagne, c'est 100 % du problème. Et si deux heures d'hélicoptère nous ont permis de localiser pour près d'un million de dollars de marijuana, on peut imaginer l'efficacité et l'impact d'une patrouille policière systématique.


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« Ne fermez pas les yeux pour eux ! »

Extrait du communiqué publié par la Sûreté du Québec expliquant les principes de l'Opération Cisaille, lancée en 1999.

« L'expérience acquise au cours des années nous démontre que lorsqu'il y a éradication de plants à un endroit, il est très rare d'en retrouver l'année suivante. Elle démontre également que l'importance des productions augmente d'année en année lorsqu'elles ne sont pas éradiquées; les criminels associant la non-intervention des propriétaires à une acceptation des faits. Il est donc dans l'intérêt des citoyens de ne pas laisser ces « squatters » utiliser leurs propriétés à des fins illégales. Le fait de participer à ces activités illégales en les encourageant, en les opérant ou tout simplement en acceptant quelque compensation que ce soit pour en permettre l'exploitation expose le participant à des poursuites judiciaires.

Nous sollicitons la participation de la population du Québec et de toutes les organisations ayant un lien avec la conservation et la mise en valeur de la faune, soit : les refuges et les réserves fauniques du Québec, les zecs, les pourvoiries, leurs utilisateurs ainsi que les pilotes, les compagnies et les associations ayant pour champ d'activité l'aviation, l'union des producteurs agricoles et tous ses membres, les compagnies qui œuvrent dans le domaine forestier.

Toute la publicité entourant les menaces faites à des agriculteurs sert très bien les criminels, inculquant un climat de méfiance. La solution n'est pas de baisser les bras et d'abandonner le contrôle de vos terres à ces individus. Les policiers du Québec sont sensibilisés aux craintes que vous avez concernant ce problème, et agissent avec discernement dans tous les dossiers de production de marijuana. Il ne faut surtout pas hésiter à faire appel aux services policiers pour conserver le contrôle de vos propriétés. Cette drogue produite au Québec se retrouve sur le marché de la rue, vendue à nos jeunes, dans nos écoles.

Vous pouvez communiquer avec votre Service de police local (Service de police municipal ou Sûreté du Québec tél. : 310-4141 partout au Québec) ou, communiquer anonymement à la ligne Info-Crime au numéro 1-800-711-1800. »

source : Sûreté du Québec

 


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