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On a tous entendu parler de burnout, d'abus de pouvoir,
de harcèlement sexuel. Depuis peu, les spécialistes
ont mis un nom sur un autre phénomène plus sournois
: le harcèlement psychologique au travail. Dans la majorité
des cas, un patron cible une subalterne, mais il existe aussi
des cas de harcèlements entre collègues. Aucune
statistique fiable n'existe sur l'ampleur de ce problème,
mais comme nous le montrent Julie Miville-Dechêne et Robert
Verge, ces conséquences sont dévastatrices.
| Effets
sur la santé |
Le harcèlement peut provoquer dans un premier
temps des symptômes de stress : nervosité,
irritabilité, anxiété, troubles
du sommeil, brûlures d'estomac, hypertension
artérielle, douleurs musculaires, etc. Au
bout de quelques mois, ces symptômes peuvent
se transformer en troubles psychiques manifestes.
Certains réagissent avec une hyper-combativité
qui les fait souvent qualifier de paranoïaques.
D'autres sont envahis par un sentiment d'épuisement
et de fatigue chronique, une baisse de l'estime
de soi, pouvant évoluer vers la dépression.
Les états dépressifs peuvent
entraîner :
· des troubles de l'attention et de la mémoire
· un sentiment de découragement, de
pessimisme, de culpabilité, d'isolement
· une perte de confiance en soi, du sens du
métier.
Leurs conséquences possibles
sont une atteinte de la personnalité, la dégradation
de la santé, l'invalidité, la perte
de l'emploi, le suicide.
source
: INRS
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- Trois témoignages -
Colette Bouchard est, de l'avis de tous, une secrétaire
modèle. Pendant 10 ans, elle a travaillé pour le
même organisme, sous les ordres de différents présidents.
Tout
allait bien jusqu'à l'entrée en scène d'une
nouvelle patronne qui dès qu'elles étaient seules,
la critiquait. Mme Bouchard rentrait chez elle chaque soir un
peu plus ébranlée, isolée aussi car ses collègues
croyaient à un simple conflit de personnalité.
Le sort s'est acharné sur Colette Bouchard car le successeur
de sa patronne l'agresse à son tour... Mme Bouchard ne
voyant plus d'issue, elle a remis sa démission.
Colette Bouchard a eu la présence d'esprit de tout noter
jour après jour. Épaulée par son avocat,
elle a porté plainte pour congédiement injuste devant
la Commissaire du travail. Des collègues et même
une de ses ex-patronnes ont témoigné en sa faveur.
Après la présentation de cette preuve, l'employeur
a choisi de régler le litige à l'amiable. Son avocat
croit que les lois existantes suffisent pour défendre les
véritables victimes. À son avis, faciliter davantage
les recours risquerait d'amener un déluge de fausses plaintes.
Le ministre du travail doit justement décider bientôt
s'il faut des changements législatifs ou tout au moins
une campagne de sensibilisation.
Lise Chagnon travaillait depuis 30 ans au Métro
Bélair quand ses patrons ont embauché un nouveau
directeur-général, Marcel Chalifoux, personnage
au long casier judiciaire. Le
syndicat craignait que Chalifoux ait pour mandat de se débarrasser
des employés les plus anciens, donc les mieux payés.
Lise Chagnon, responsable de la boulangerie, 'est une femme forte
qui n'a pas la langue dans sa poche. Elle dit que Marcel Chalifoux
lui a d'abord demandé d'être son porte-panier, avant
de se retourner contre elle. On fouille dans ses papiers, on remet
en cause sa compétence. Elle a vécu cinq mois d'enfer.
Arrivée au bout de son rouleau, la syndiquée utilise
un recours réservé jusque là aux milieux
de travail physiquement dangereux. Le «droit de refus»
oblige la Commission de la santé et de la sécurité
au travail à faire enquête pendant que la plaignante
est chez elle. Du jour au lendemain, Lise Chagnon se retrouve
sans travail pour la première fois de sa vie. La CSST rejette
sa plainte, ce qui est fréquent aux dires des avocats de
la défense. La Commission ne comptabilise pas les causes
de harcèlement refusées. Lors d'un congrès
nord-américain sur la violence, la CSST a tout de même
admis que ses enquêteurs manquent d'expérience dans
ce domaine.
Les
diverses formes du
harcèlement moral |
- refus de toute communication
- absence de consignes ou consignes contradictoires
privation de travail ou surcroît de travail
-
tâches dépourvues
de sens ou missions au-dessus des compétences
-
mise au placard, conditions de
travail dégradantes
-
critiques incessantes, sarcasmes
répétés
-
brimades, humiliations
-
propos calomnieux, insultes, menaces
source
: INRS
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Lise Chagnon est donc déboutée par la CSST. Le
Marché Bélair la congédie, mais son syndicat
porte sa cause en appel. Pour enfin obtenir justice, Lise Chagnon
a dû endurer 21 jours d'audiences à la Commission
des lésions professionnelles de Joliette. Elle-même
a témoigné pendant quatre jours mais elle a aussi
dû écouter ses anciens patrons tenter de miner sa
crédibilité.
L'effort en valait la peine, Lise Chagnon a gagné sur
tous les fronts. Un jugement sans précédent reconnaît
qu'elle a été harcelée psychologiquement
et qu'elle pouvait exercer un droit de refus car sa santé
mentale était menacée. Deux ans après l'avoir
mise à la porte, le Marché Bélair a dû
la réembaucher. Son employeur Bernard Bélair a refusé
de nous accorder une entrevue à la caméra. Malgré
le jugement, il continue de nier toute responsabilité.
La victoire de Lise Gagnon est plutôt l'exception que la
règle.
Marcel, qui était machiniste depuis 20 ans dans
la même compagnie, a fait une dépression. Quinze
mois plus tard, Marcel se suicidait. C'était un homme fragile.
Sa propre mère s'est enlevée la vie, mais sa veuve
croit que le harcèlement a contribué à le
démolir. Il ne parlait que de cela à son psychiatre
juste avant de mettre fin à ses jours.
Marcel ne s'était pas plaint à son syndicat.
- Tentative de définition -
| « Le harcèlement moral est
fait de petites choses qui prises séparément
ne sont pas graves mais qui deviennent destructrices par leur
répétition. Ça peut-être également
des atteintes à la dignité, se moquer systématiquement
d'une personne, l'injurier, tout un tas de choses particulièrement
humiliantes, et puis c'est aussi l'isolement, la mise a l'écart.
» |
La psychiatre Marie-France Hirigoyen, auteur de Le harcèlement
moral : La violence perverse au quotidien, a lancé
en France en 1998 un vaste débat de société
qui a débouché sur une loi pénalisant le
harcèlement psychologique.
| La
juridiction française |
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« Aucune personne ne doit subir
des agissements répétés qui dégradent
ses conditions de travail, portent atteinte à
ses droits et à sa dignité, altèrent
sa santé physique ou mentale ou compromettent
son avenir professionnel » art L.122-49 alinea
1 du code du travail.
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Mais attention, tous ceux qui se disent harcelés ne le
sont pas forcément. « Dans le harcèlement
moral, il y a une notion de malveillance, c'est à dire
que d'une façon directe ou indirecte, le but c'est de se
débarrasser de quelqu'un qui gène ou de le casser
psychologiquement pour qu'il ne prenne pas trop de place. C'est
différent du stress ou de la pression au travail ou on
a envie que les gens soient performants et progressent. »
Curieusement,
il n'y a pas de portrait type du harcelé. Ce ne sont pas
des gens particulièrement faibles. Ils sont souvent des
employés de longue date, très attachés à
leur travail - ça se produit à tous les échelons
de la hiérarchie. «Tout le monde peut être
victime quel que soit le profil psychologique, néanmoins,
on vise plus particulièrement les personnes qui sont atypiques,
pas tout à fait conformes, ou qui sont je dirais, trop
honnêtes, trop scrupuleuses. »
« La difficulté, c'est que ce sont des agressions
subtiles, qui laissent peu de traces, donc en général,
quand on est visé, on est déstabilisé, on
ne sait pas comment se défendre. »
Écoute
du reportage - reprise (1ère
partie / 2e
partie)
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