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L'Église catholique américaine a vécu pendant
des siècles dans le confort de son autorité. Rien
ne réussit à faire trembler les colonnes du temple.
Et puis soudain le scandale frappe avec la virulence d'un poison
: on
découvre que l'Église catholique américaine
a dans ses rangs des prêtres pédophiles qui ont agressé
impunément des garçons pendant des années
sous le silence protecteur des autorités ecclésiastiques.
| John
Geoghan |
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John Geoghan, ancien prêtre défroqué
par Rome, a été condamné en février
à dix ans de prison pour avoir agressé
un jeune garçon en 1991.
Malgré plus de 130 plaintes, il avait été
transféré de paroisse en paroisse, alors
que de fortes sommes étaient versées
aux familles pour qu'elles renoncent à des
poursuites.
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Le procès du père Geoghan qu'on soupçonne
d'avoir agressé une centaine de garçons tout au
long de sa prêtrise et les enquêtes des médias
américains font exploser les voûtes du silence. Voilà
que les révélations fusent de toutes parts aux États-Unis
et sont dévastatrices. Des cardinaux comme Bernard Law
de Boston et Edward Egan de New York sont mis en cause. Les victimes
disent que les cardinaux savaient que des prêtres de leur
diocèse agressaient des jeunes et ont gardé le scandale
à l'intérieur des murs de l'Église. Partout
aux États-Unis, des allégations font surface; le
scandale jaillit dans les grandes villes comme dans les villages.
Le cas Mark Serrano
Aujourd'hui,
Mark Serrano a 38 ans. Lorsqu'il était enfant, à
Mendham, petite ville cossue du New Jersey, le curé du
village a d'abord gagné sa confiance par une simple relation
amicale. Au fil des mois, le père Hanley est passé
aux actes. Le père Hanley multiplie les occasions, organise
par exemple des voyages de pêche et garde Mark à
coucher en prétextant un départ très tôt
le matin. Pendant l'enfance et l'adolescence, Mark est complètement
déboussolé.
Les agressions arrêtent quand Mark a 16 ans. Le père
Hanley se désintéresse de lui, se tourne vers des
victimes plus jeunes. Mark a 20 ans quand il décide de
tout avouer à ses parents. Les parents Serrano sont terrassés
et restent encore aujourd'hui frappés par un fort sentiment
de culpabilité. Mark choisit de ne pas aller à la
police. Il va plutôt voir l'évêque du diocèse,
révèle tout et exige que des mesures soient prises.
L'évêque promet d'agir.
La loi du silence
Que
l'on soit à Mendham ou à Brooklyn, l'histoire connaît
à peu près toujours le même dénouement.
Les plaintes restent au sein de l'évêché et
les agressions ne sont jamais connues du public. Au diocèse
de Brooklyn, par exemple, lorsqu'un jeune se plaignait à
l'évêché d'avoir été agressé
par un prêtre, on ne relayait jamais les accusations à
la police; on menait plutôt une enquête interne.
À Mendham, Mark Serrano croyait avoir obtenu que le père
Hanley ne soit plus jamais en contact avec des garçons.
Tout à coup, stupéfaction, qu'est-ce que les Serrano
voient dans le journal local? Une photographie du père
Hanley qui est entouré d'enfants assis autour de l'autel.
Le père Hanley a encore accès aux enfants. Mark
est furieux : rien n'a changé. Cette fois, il décide
de poursuivre l'évêché.
| Plaintes
et accusations |
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Des accusations de pédophilie ont été
enregistrées dans au moins 17 diocèses,
dont ceux de Boston (Massachusetts), Chicago (Illinois),
New York (New York), Philadelphie (Pennsylvanie) et
San Francisco (Califormie), provoquant une vague de
critiques parmi les quelque 65 millions de catholiques
américains.
À
Boston, plus de 400 plaintes ont été
enregistrées contre des prêtres dans
l'archidiocèse de Mgr Bernard Law, et de nombreux
laïcs ont demandé sa démission.
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Mais ne s'attaque pas à l'Église qui veut. Mark
Serrano bat en retraite et accepte une entente à l'amiable.
Il n'y aura pas de procès. L'Église lui verse 350
000 dollars et Mark signe un accord de confidentialité
qui l'empêche à jamais de dire quoi que ce soit sur
ce qui s'est produit.
Et, pendant ce temps, que font les autorités religieuses
avec les prêtres agresseurs? On les relève temporairement
de leurs fonctions et on leur fait subir une thérapie.
Ensuite, les prêtres sont assignés à une autre
paroisse et les autorités se gardent bien d'informer la
paroisse d'accueil du passé sexuel du nouveau prêtre.
L'Église dit qu'on croyait à l'époque que
le prêtre était guéri après la thérapie.
Le scandale au grand jour
Révélations après révélations,
le scandale provoque des réactions très vives au
sein de l'Église catholique américaine. Des prêtres
osent même critiquer publiquement leurs évêques.
Dans de tels scandales, quand le silence est brisé, habituellement,
cela se fait avec fracas et surtout ça provoque un fort
effet boule de neige : les victimes sont inspirées par
le courage de la victime précédente qui a osé
révéler en public ce qu'elle a vécu et brisent
à leur tour le silence.
C'est exactement ce qu'a fait Mark Serrano. Son histoire s'est
retrouvée en première page du New York Times.
Le 18 mars 2002, Mark a volontairement brisé l'entente
de confidentialité signée avec l'Église.
À Mendham, le geste de Mark a un effet catalyseur. De nouvelles
victimes du père Hanley font soudain surface. En avril,
Mark organise une rencontre avec 12 victimes, 12 hommes qui sont
aujourd'hui dans la fin trentaine, début quarantaine. Tous,
enfants, tombent dans le filet du père Hanley; tous vivent
leur drame en silence. La rage au coeur, ces enfants devenus hommes
racontent pour la première fois en public ce qu'ils ont
vécu derrière les murs du presbytère.
| Cardinaux
américains à Rome |
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« L'abus des jeunes est le symptôme
d'une grave crise qui frappe non seulement l'Église
mais toute la société. L'Église
américaine a mal géré la crise
des prêtres pédophiles car, d'une part,
un manque de connaissance de la nature du problème,
et de l'autre, les conseils d'experts, ont conduit
les évêques à prendre des décisions
qui, vu les événements successifs, se
sont révélées erronées.
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Cependant, l'Église ne doit pas se laisser
emporter par cette tragédie et rappeler tout
le bien qu'elle a fait: une oeuvre d'art peut être
tachée mais sa beauté demeure. C'est
là une vérité que toute critique,
intellectuellement honnête, doit reconnaître ».
(Extrait du discours
du Pape Jean-Paul II,
lors de sa rencontre avec les treize cardinaux américains
le 23 avril dernier)
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Du côté du clergé
Le père Hanley est aujourd'hui à la retraite et
n'a jamais été poursuivi devant les tribunaux. Aux
États-Unis, dans la plupart des États, la loi interdit
les poursuites qui sont engagées plus de cinq ans après
que la victime ait atteint l'âge de la majorité.
L'évêque Rodimer, malgré tout ce qu'il sait,
est encore aujourd'hui incapable de dire que le père Hanley
mériterait la prison. Le
nouveau curé de Mendham, Kenneth Lash, a, depuis le début,
pris fait et cause pour les victimes, contre l'Église.
À Rome, le pape Jean-Paul II a réagi rapidement
si on tient compte de l'immobilisme habituel du vatican. Trois
mois après l'éclatement du scandale, Jean-Paul II
a convoqué les cardinaux de l'Église catholique
américaine et dénoncé la pédophilie
et les prêtres pédophiles. Mais plusieurs reprochent
au Pape de ne pas avoir démis de leurs fonctions quelques
membres du clergé américain, en particulier le cardinal
de Boston, Bernard Law.
Depuis leur retour de Rome, les évêques cherchent
à mettre en place des mesures contre la pédophilie.
L'objectif probable est la tolérance zéro. Ils cherchent
aussi à exercer un contrôle beaucoup plus strict
sur le recrutement des nouveaux prêtres. Plusieurs estiment
par ailleurs que c'est le célibat et la prêtrise
réservée aux hommes qui sont à la racine
du problème. Faudrait-il alors permettre aux prêtres
de se marier, permettre également aux femmes de devenir
prêtres? Les catholiques, à ce sujet, sont divisés.
| Les
évêques américains renforcent la
lutte contre les pédophiles |
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(04/06/02)
La Conférence des évêques catholiques
des États-Unis propose la destitution des prêtres
récidivistes, coupables d'agression sexuelle
contre un enfant.
Selon la nouvelle politique élaborée
par les évêques, seuls les prêtres
qui n'ont commis qu'une agression et qui suivent une
thérapie pourront conserver leur poste, à
certaines conditions. La proposition prévoit
également que les autorités civiles
soient automatiquement informées des agressions
sexuelles commises par un membre du clergé.
Avant son adoption, cette politique doit être
débattue et soumise au vote lors d'une rencontre
spéciale des évêques américains
à Dallas au milieu du mois de juin.
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Les victimes s'organisent
| SNAP
- Survivors Network of those Abused by Priests |
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Section canadienne
Contact : David Gagnon
Téléphone : (613) 241-3572
Adresse : 2-480 Rideau Street, Ottawa, Ontario K1N
5Z4
Courriel : drgagnon@magma.ca
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Alors que l'Église prépare des changements, les
victimes également s'organisent. David
Gagnon dirige à Ottawa la section canadienne de l'organisme
américain SNAP. SNAP est un regroupement qui défend
les droits des victimes et qui les aide à sortir de l'isolement.
David Gagnon est franco-américain. Il a lui-même
été agressé par un prêtre à
l'adolescence quand il vivait dans un village du Maine. Il est
convaincu que des agressions ont toujours lieu en ce moment au
Canada comme aux États-Unis.
On s'organise également à Mendham. Les victimes,
par exemple, cherchent des moyens pour faire comparaître
le père Hanley devant les tribunaux même si le temps
prescrit pour le poursuivre est expiré. Pendant ce temps,
le père Hanley, lui, vit dans une maison de retraite d'une
ville voisine, touche une rente de l'Église et n'a jamais
été inquiété par la justice. Quant
à Mark Serrano, il s'est repris en main et dit que son
moral n'a jamais été aussi bon. Mark estime qu'il
a survécu de belle façon : il est père de
trois enfants, bientôt quatre.
Écoute
du reportage ( 1ère
partie / 2e
partie )
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| Démission
de l'évêque de Lexington |
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(11/06/02) Le pape Jean Paul II a accepté
mardi la démission de l'évêque
américain de Lexington (Kentucky), Mgr Kendrick
Williams, accusé de pédophilie. Lexington
est le troisième diocèse américain,
après Palm Beach et Milwaukee, à perdre
son évêque titulaire dans le cadre du
scandale des prêtres pédophiles qui secoue
l'église catholique américaine.
Mgr Williams avait été mis en congé
il y a plusieurs mois déjà, un ancien
enfant de choeur ayant porté plainte pour une
agression sexuelle datant de plus de 20 ans. L'évêque
a toujours nié ces accusations, mais il a décidé
d'abandonner sa charge, en invoquant l'article 401
alinéa 2 du droit canon permettant à
un prélat de renoncer à ses fonctions
avant la limite d'âge, fixée à
75 ans, « pour des raisons de santé
ou de convenance personnelle », a précisé
le Vatican.
Jean Paul II n'est pas obligé d'accepter les
démissions, mais l'ampleur prise par le scandale
aux États-Unis, où l'opinion publique
réclame des têtes et où la presse
accuse le Vatican d'inaction, ne lui permet plus de
tergiverser. Avant Mgr Williams, il avait ainsi accepté
le 8 mars le démission de Mgr Anthony O'Connell,
évêque de West Palm Beach (Floride),
puis le 24 mai celle de l'archevêque de Milwaukee
(Wisconsin), Mgr Rembert G. Weakland, tous deux accusés
d'agressions sexuelles.
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