Le prix du lait (2) [reportage économique
du 11 décembre 2003]
Voici une transcription d'une partie des
propos du Dr. Michel Britten, chef de la section
industrie laitière du Centre de recherche et de développement
sur les aliments, invité à l'émission
Place publique pour répondre aux questions des téléspectateurs
et internautes sur ce reportage.
QUESTION DE MME SAVARD, DE LORRAINE : « J'ai un
enfant allergique au soya. J'aimerais savoir si les vaches
laitières sont nourries avec de la moulée contenant
du soya et si c'est le cas, est-ce que le lait peut ainsi
contenir de traces de protéines de soya et ainsi provoquer
une réaction allergique? »
MICHEL BRITTEN : « Ça peut entrer
dans la nourriture que l'on donne aux vaches. Par contre,
le système digestif de la vache va dégrader
ces protéines-là, donc l'allergène qui
est la protéine de soya ne sera pas retrouvé
dans le lait. La vache va ainsi prendre le temps de couper
la protéine de soya et rebâtir les protéines
de lait que l'on retrouve normalement. La protéine
originale de soya ne se retrouve pas dans le lait. Par contre,
certaines protéines que l'on retrouve dans le lait
pourraient aussi déclencher des réactions allergènes,
mais ce n'est pas la protéine de soya. »
MADELEINE ROY : « Donc, Mme Savard, si votre
enfant est allergique au soya, il peut boire du lait de vache
sans problème. »
QUESTION DE M. VÉZINA, DE MONTRÉAL :
« Je suis un très gros consommateur de lait.
Je peux consommer jusqu'à deux litres de lait par jour.
J'ai 25 ans et j'ai reçu un avertissement de mes
amis qui me disaient qu'une trop grosse consommation de lait
pouvait donner le cancer de la prostate. »
MICHEL BRITTEN : « Il y a beaucoup de messages
qui peuvent être parfois alarmistes qui surviennent
concernant la consommation excessive des produits laitiers.
Mais c'est certain que les produits laitiers doivent toujours
être consommés en fonction de notre style de
vie ou encore en fonction de notre profil de santé.
Certaines personnes qui vont présenter des problèmes,
que ce soit de l'hypercholestérolémie, par exemple,
sont invités à réduire leur consommation
de gras. Elles vont donc se tourner vers des produits à
plus faible teneur en matières grasses. En ce qui concerne
la relation avec le cancer de la prostate et la consommation
de lait, il y a des études qui ont tenté d'établir
un lien entre les fortes teneurs en calcium et le cancer de
la prostate, mais ces études sont encore marginales.
On n'a pas encore de certitude scientifique à savoir
que le lait pourrait être un problème à
ce niveau-là. Pour une personne qui présente
une bonne santé et que n'a pas d'antécédents
familiaux, il n'y a aucun problème à consommer
le lait même en bonne quantité. Le lait est un
aliment complet. Je crois que c'est important de le maintenir
dans un régime équilibré. »
QUESTION DE M. GUILLEMETTE, DE SAINT-CHARLES-DE-BELLECHASSE
: « Est-ce que le lait enrichi de calcium est vraiment
bon pour la santé? »
MICHEL BRITTEN : « Tout est en fonction de nos
attentes au niveau de notre profil de santé. À
certaines périodes de notre vie, notre besoin en calcium
peut être plus important. Alors un breuvage laitier
enrichi en calcium sera tout à fait désigné.
On pense par exemple à la période de l'adolescence,
où les besoins en calcium sont nettement plus importants.
Donc d'aller chercher des surplus en calcium, c'est fort adéquat.
On pense aussi aux femmes enceintes ou aux femmes qui pourraient
être prédisposées à l'ostéoporose,
ça fait un breuvage qui est encore mieux adapté. »
QUESTION DE MME CYR DE JONQUIÈRE : « Je
vous écris car j'ai une question qui provoque certains
débats dans ma famille. Est-il vrai que le lait écrémé
à 0 % contient des éléments nutritifs
en moins? »
MICHEL BRITTEN : « Le lait écrémé
est un lait duquel on retiré toute la matière
grasse par un procédé d'écrémage.
C'est certain que tous les composés nutritifs que l'on
retrouve dans le gras sont exclus du lait. On pense en particulier
aux vitamines A et D qui sont contenues dans la matière
grasse du lait. Pour ces deux composés-là, l'industrie
laitière va pallier le problème en ajoutant
un supplément de vitamine A et D. C'est pour cette
raison que lorsque vous consommez un lait écrémé
ou partiellement écrémé, vous pouvez
regarder sur la liste des ingrédients que ces vitamines
ont été ajoutées au lait pour justement
compenser la perte. »
MADELEINE ROY : « Est-ce que c'est ajouté
dans tous les laits? Ou faut-il vérifier la sorte de
lait qu'on prend? »
MICHEL BRITTEN : « Ce n'est pas utilisé
dans tous les laits. Les laits qui sont entiers, donc les 3,25 %,
n'en n'ont pas besoin. »
MADELEINE ROY : « Mais dans tous laits écrémés? »
MICHEL BRITTEN : « Oui! Dans tous les laits écrémés
et partiellement écrémés, on va retrouver
ces vitamines-là. Il y a d'autres composés que
l'on retrouve dans la matière grasse qui, eux, ne se
retrouvent évidemment pas dans les laits écrémés,
mais on pense à des composés qui sont un peu
plus mineurs. »
MADELEINE ROY : « Donc vous direz à vos
enfants que vous avez raison de continuer à leur faire
boire du lait écrémé. Une toute
petite dernière question. Il y a des gens qui nous
ont écrit pour demander si c'est vrai que le lait ne
goûte pas la même chose s'il est dans un carton,
dans une bouteille de plastique ou dans le sac de plastique? »
MICHEL BRITTEN : « Question de goût! Question
même de sensibilité. On n'a pas tous les mêmes
papilles gustatives. Mais en fait, ce qu'il faut penser au
niveau du goût du lait, c'est que le lait est un milieu
biologique qui nécessairement se dégrade. L'oxydation,
ça prend de l'oxygène pour que ça se
produise. Un autre élément important est la
lumière. La saveur du lait va se dégrader par
la lumière. Donc, dans les sacs de plastique, on peut
avoir dégradation de saveur. »
Vous pouvez revoir
l'émission Place publique
en compagnie de l'animatrice Madeleine Roy
et de Michel Britten, chef de la section industrie
laitière du Centre de recherche et de
développement sur les aliments.