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Le
marchandisage
Rien n'est laissé au hasard dans un
supermarché. Tout est planifié pour inciter
le consommateur à dépenser le plus possible.
L'ensemble des techniques utilisées pour y parvenir
s'appelle le marchandisage. L'épicerie vous révèle
quelques-unes de ces techniques.

En 1962, alors que le mot « supermarché »
est encore nouveau dans la bouche des consommateurs, les techniques
de vente et de conditionnement de la clientèle ont
déjà fait leur apparition : c'est le marchandisage.
« Pour
que le client passe à l'action, il faut capter son
attention, éveiller son intérêt, exciter
ses désirs et le convaincre de son besoin »
disait à l'époque l'animatrice Nicole Germain
à l'émission Féminin pluriel,
diffusée à Radio-Canada.
Michel
Gaulin, consultant-spécialiste, auteur et professeur
en marchandisage, nous définit le marchandisage :
« L'objectif de base du marchandisage, si je
vous donne une définition très formelle, c'est
d'augmenter la rentabilité du magasin. Fondamentalement,
c'est ce qu'on vise à faire. On y arrive en faisant
acheter les consommateurs un petit peu plus ».
Que
vous en soyez conscient ou non, dès votre entrée
dans une épicerie, un supermarché ou une fruiterie,
tout est mis en uvre pour toucher vos sens. L'épicerie
a accompagné Daniel Tanguay, consultant en marchandisage,
dans une petite épicerie de quartier : « La
première technique, dévoile-t-il, consiste
à mettre les choses à partir de la ceinture
jusqu'à la hauteur des yeux. Si on met tous
les produits très bas, c'est moins visuel, c'est évident.
Par ailleurs, dans une petite surface, contrairement à
un grand magasin, on va emballer les produits. Quand le client
voit un poivron emballé, il a l'impression qu'il est
de meilleure qualité ».
En
1962, les articles à gros bénéfices,
comme la crème glacée, étaient placés
le plus près possible de l'entrée du magasin
et à la hauteur de l'il. Le circuit a-t-il changé
depuis ce temps? « Oui, répond M. Gaulin. La
crème glacée à l'entrée, ça
ne se fait plus du tout! Aujourd'hui, on va placer les fruits
et légumes à l'entrée, à cause
des consommateurs. Ils sont de plus en plus conscients de
leur santé et achètent de plus en plus de fruits
et légumes. On les rend donc beaucoup plus accessibles. »
À
l'Union des consommateurs, on trouve cette pratique... peu
pratique. La directrice générale de l'organisme,
Nathalie Saint-Pierre, explique : « Vous
mettez vos fruits et légumes, qui sont plus fragiles,
dans votre panier en premier, avant de mettre vos boîtes
de conserve ou vos boîtes de savon. C'est sûr
que ce n'est pas nécessairement l'approche la plus
intéressante, mais on le fait parce que ça attire
l'il du consommateur et qu'il y a de belles couleurs.
Alors que dans la vraie vie, ce n'est pas ce qu'on aurait
besoin de mettre dans notre panier en premier ».
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La disposition des aliments
dans le supermarché

En premier ou pas, les fruits et légumes, le
pain, les viandes et les produits laitiers sont presque
certains de faire un petit tour dans votre panier. Ces
denrées de base, qui sont souvent les seuls achats
planifiés, sont placées en pourtour du
supermarché.
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Le
pourcentage d'achats non planifiés est énorme.
« On utilise encore la norme d'à peu
près 80 % de non planifié et 20 %
de planifié, donc 80 % d'impulsivité, affirme
M. Gaulin. Pour le commerçant, ce n'est pas
vraiment intéressant de vendre les achats planifiés.
Ce sont les autres, les 80 %, qu'il est intéressant
de vendre. En plus, les marges bénéficiaires
sont plus intéressantes pour le détaillant avec
le 80 % de non planifié. Il faut donc faire circuler
le consommateur, lui montrer ces produits d'achats impulsifs.
Alors si vous placez un achat planifié dans le fond
du magasin, on va lui présenter tout au long du trajet
des achats impulsifs, on va essayer de tenter le consommateur
pour lui faire acheter ce type-là de produits. »
Mme Saint-Pierre
donne un truc aux consommateurs pour diminuer les achats impulsifs :
« C'est sûr que ça fait partie
de la technique d'être amené devant des produits.
Pour contrer ça, je pense que les consommateurs ont
intérêt à faire une bonne liste, la bonne
vieille liste, et d'essayer de s'en tenir à la liste ».
La liste permet aussi de faire son épicerie plus rapidement,
peut-être trop rapidement au goût des marchands.
M. Gaulin confirme : « C'est à
ce moment que toutes les techniques possibles vont être
utilisées pour ralentir le client. Parce qu'il y a
plein de produits qu'un client qui se promène trop
vite à l'intérieur d'un magasin ne voit pas.
C'est sûr qu'il n'achètera pas ces produits-là.
Je vous livre des secrets, là! ».
Les
techniques de marchandisage visent à nous ralentir,
et quelquefois aussi à nous faire chercher un peu,
nous apprend M. Tanguay : « Le commerçant
a comme responsabilité de changer ses produits de place
fréquemment. Parce qu'à partir d'un certain
moment, le client sait que les rabioles, par exemple, sont
toujours au même endroit. S'il vient dans le magasin
et qu'il ne regarde plus à côté parce
qu'il est habitué de trouver directement les rabioles,
les ventes vont diminuer. Il faut tout de même faire
attention pour ne pas trop mélanger les clients ».
Mme Saint-Pierre trouve cette pratique déconcertante
pour les consommateurs : « Les consommateurs
sont horripilés, je pense, par ces pratiques. Quand
vous développez l'habitude d'aller à votre épicerie
et que vous y trouvez presque les yeux fermés les produits
que vous cherchez, et que là, vous vous mettez à
les chercher partout dans l'épicerie... Encore là,
c'est fait dans une tentative de vous faire acheter un autre
produit que votre produit régulier ».
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Capter nos sens

Ambiance de marché public,
odeur de pain fraîchement sorti du four, éclairage
étudié pour faire éclater les couleurs...
Autant de façons d'augmenter
le bien-être du client autant que sa disponibilité
à acheter.
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Certaines
techniques sont pour le moins... colorées. M. Tanguay nous
fournit un exemple : « Ce n'est pas toujours
le prix qui est moins cher, c'est la perception qu'on a du
prix. On arrive à changer cette perception en mettant,
par exemple, des étiquettes rouges. Le rouge, c'est
reconnu, donne l'impression que c'est moins cher ».
Selon M. Gaulin, toutes ces techniques ne sont pas de
la manipulation : « Aujourd'hui, on n'impose
pas des choses au consommateur, on part de sa réflexion
à lui et on développe des approches de marchandisage
pour répondre à ces attentes-là. On vise
à offrir aux consommateurs un environnement confortable
dans lequel ils se sentent à l'aise, dans lequel ils
ne se sentent pas contraints de faire des choses, dans lequel
ils ne sentent pas qu'on les manipule. Parce que ce n'est
pas de la manipulation qu'on fait, il faut bien préciser
ce point-là ».
De son côté, Mme Saint-Pierre nous rappelle
que les propriétaires de magasin cherchent toujours,
au bout du compte, à nous faire dépenser :
« Le commerçant n'est pas là pour
vous dérouler le tapis rouge et vous offrir tout gratuitement.
On est en affaires pour faire des affaires, et c'est bien
normal. On va tenir compte de mes besoins si ça répond
aux préoccupations du commerçant, point final ».
« L'ambiance
dans laquelle [le consommateur] évolue joue un rôle
prépondérant. La lumière et un choix
de couleurs bien agencées provoquent son désir,
tandis que la musique le maintient dans un délicieux
état de rêverie. » Cet extrait
de l'émission de 1962 nous prouve que plusieurs
techniques de marchandisage sont toujours bien valables aujourd'hui!
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