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Les
marques maison des supermarchés
Au lieu de choisir des grandes marques nationales,
vous avez peut-être déjà placé
des produits Sélection mérite, Le Choix
du président, Sans nom, Nos compliments, etc. dans
votre panier d'épicerie. Mais savez-vous d'où
proviennent ces aliments ?
Que vous soyez fidèle à IGA, Loblaws/Provigo
ou Métro, vous n'avez pas pu passer à côté
des produits des marques maison. Ils sont omniprésents
et souvent offerts à meilleur prix que ceux des grandes
marques. Sont-ils pour autant des produits bas de gamme ?
Qui les fabrique ? Le consommateur en a-t-il pour son
argent ? Quel est le véritable intérêt
des bannières à offrir leurs propres produits ?
Voilà quelques questions que l'on peut se poser face
aux marques maison.
Jean-Claude
Dufour, doyen de la faculté des sciences de l'agriculture
et de l'alimentation à l'Université Laval, à
Québec, définit ce qu'est une marque :
« Une marque, c'est avant tout une affiche,
un moyen d'essayer de créer chez les consommateurs
et les consommatrices un lien de fidélité, un
lien d'attachement ».
On
retrouve dans les supermarchés deux gammes de produits
maison : une gamme pour les chasseurs d'aubaines et une
autre que l'on veut supérieure ou exclusive. On y retrouve
même de la bière ! Tous ces produits sont
fabriqués par d'autres compagnies, mais étiquetés
sous la marque maison.
Gilles
Caron, vice-président pour la marque maison chez Métro,
explique le processus de création d'un produit de marque
maison : « Normalement, on s'adresse à
une entreprise. On leur demande une soumission, de nous proposer
un type de produit. Dans certains cas, c'est notre propre
création, c'est notre propre recette. Après
ça, on discute avec eux et on demande à différentes
entreprises de nous soumettre des prix. Parce que dans le
fond, notre objectif, c'est de développer des produits,
mais il faut qu'on soit meilleur marché que la marque
nationale ».
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Une comparaison

Nous avons demandé à M.
Caron de nous présenter deux produits comparables,
l'un d'une marque nationale et l'autre d'une marque
maison. Voici ce qu'il nous a proposé :
« Voici le Géant vert Niblets,
la marque nationale, et juste à côté,
notre produit Sélection mérite. Regardez
la différence de prix : 1,19 $ et 0,89 $.
Ce n'est pas tout à fait la même grosseur
de maïs, mais quand vous comparez le goût
et l'épaisseur, la texture, c'est vraiment comparable ».
En guise de test, deux employés du restaurant
Cluny du Vieux-Montréal ont comparé pour
nous le goût des grains de maïs des deux
marques. Un employé a préféré
le Géant vert, et l'autre, Sélection mérite.
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Derrière la marque maison : une grande marque
Dans
ce cas-ci, ce n'est pas Géant vert qui fournit le maïs
Sélection mérite. C'est plutôt Aliments
Carrière de Bedford, au Québec, également
fabricant de la marque nationale Arctic Gardens. Aliments
Carrière produit 90 % des légumes surgelés
disponibles sur le marché. Un pourcentage que le président-directeur
général de l'entreprise, Marcel Ostiguy, compte
bien faire augmenter encore : « Au Canada,
on ne fournit pas à 100 % toutes les grandes chaînes.
C'est un objectif qu'on espère atteindre un jour. Mais
au Québec, on fournit toutes les chaînes ».
Mais quel est l'avantage pour une compagnie de fournir ses
propres compétiteurs ? « Dans bien
des cas, c'est de combler une chaîne de production,
répond M. Caron. Ils produisent plus. Ils veulent
aller chercher un volume additionnel. »
Arctic
Gardens n'est pas la seule marque nationale à fabriquer
des produits maison. Beaucoup d'autres le font. Les Biscuits
Leclerc, par exemple, fabriquent les biscuits Décadent
du Choix du président. Le café Van Houtte fabrique
le café Sélection mérite. Des produits
semblables, mais qu'on nous vend généralement
moins cher :
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Marques
nationales
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Marques
maison
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Corned Beef

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Hereford
3,59 $
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Choix extra
2,49 $
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Tartinade chocolat et noisettes

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Nutella
3,39 $
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Le Choix du président
2,99 $
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Beurre d'arachides

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Kraft
3,39 $
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Choix extra
1,79 $
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Salade de fruits

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Dole
1,29 $
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Nos compliments
1,49 $
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La
marque maison bénéficie d'un bon avantage sur
le plan monétaire, nous dit M. Dufour : « Il
faut le dire : dans une marque maison, vous venez d'enlever
une proportion quand même importante de coûts
qui se situe, selon la catégorie, entre 15 % et
40 % de coûts associés au programme marketing,
à l'emballage ou autre ». Ce bénéfice
se traduit par une marge de profit en moyenne deux fois plus
élevée sur la vente de produits maison que sur
la vente de marques nationales.
Autre avantage non négligeable en faveur des marques
maison : la publicité parfois agressive faite à
l'intérieur même des supermarchés. Publicité
qui n'est pas très bien vue par les marques nationales...
« Ils ne sont pas toujours très heureux !
s'exclame M. Caron. Mais le travail de la marque
maison, c'est de faire compétition à la marque
nationale. Il n'y a pas de doute là-dessus ! »
Si toutes les bannières adoptent la même stratégie
de compétition, comment alors se démarquer réellement
et fidéliser la clientèle ?
Robert
Chenaux, haut dirigeant chez Loblaws, répond :
« Si on veut que les consommateurs viennent
acheter chez nous, on doit offrir quelque chose que la concurrence
ne peut pas offrir. Avec l'introduction de la marque Le Choix
du président, par exemple, nous avons maintenant une
gamme de produits qui sont supérieurs ou qui ne se
retrouvent pas dans le domaine des marques nationales ».
De
son côté, M. Caron nous parle de la marque
maison haut de gamme de Métro, Les Irrésistibles : « C'est
Sélection mérite, mais avec une valeur ajoutée.
Et je peux vous dire une chose, semaine après semaine,
ça se vend... j'allais dire comme des petits pains
chauds... ça se vend comme des tartes chaudes ! »
Les marques maison ont le vent dans les
voiles
M. Caron prévoit un avenir radieux aux marques maison,
au point que les supermarchés devront faire des choix
en raison du manque d'espace : « Les marques
maison, au Québec, ça va exploser. Nous autres,
on est en retard par rapport au reste du Canada et aux États-Unis.
Les marques maison, ça explose partout. On va
être obligé de faire des choix. On va limiter
des rayons, déclasser certains produits. Quand je fais
entrer un nouveau produit Les Irrésistibles, je suis
malheureusement obligé d'enlever un certain produit
pour placer le mien ».
Quel pourcentage d'espace occupent les marques maison dans
un supermarché par rapport aux marques nationales ?
Chez Loblaw, ce pourcentage n'est pas dévoilé
ouvertement. Mais quand L'épicerie a avancé
le chiffre de 30 %, M. Chenaux a avoué que
ce n'était pas « incorrect ».
« Les
marques nationales qui ont une notoriété ne
sont pas disparues parce que les marques maison sont apparues »,
nous rappelle M. Dufour. Reste que les grandes chaînes,
en contrôlant la production et la distribution tout
en étant détaillants de leurs produits maison,
prennent de plus en plus de place sur les tablettes, au détriment
des marques nationales.
Le Québec est d'ailleurs un territoire particulièrement
alléchant à cet égard. En effet, seules
trois grandes chaînes s'y partagent presque tout le
marché de l'alimentation de détail : IGA, Loblaws/Provigo
et Métro. Les marques maison leur permettent d'aller
chercher une part de marché encore plus grande. Elles
réussissent même le tour de force de vendre moins
cher en s'assurant une plus grande marge de profit.
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