Une consommatrice de Laval est victime d'une
fraude par carte de débit
Pourriez-vous
vivre sans votre carte de débit?
Ce que nous ignorons, c'est que cette petite
carte, qui est la meilleure amie des acheteurs
modernes, peut aussi se transformer en leur
pire cauchemar! Armé de votre carte
de débit, un professionnel de la
fraude peut vous voler dix, vingt, trente
fois plus d'argent que vous n'en détenez
dans votre compte bancaire! Une consommatrice
de Laval en a fait la douloureuse expérience.
Cette consommatrice
de Laval raconte qu'elle est entrée
dans un magasin pour s'acheter une bouteille
de vinaigre. Le commerce était désert.
Elle se rappelle qu'il n'y avait que la
vendeuse, la propriétaire et un « monsieur
qui tournait en rond ».
Elle se dirige à la caisse pour payer.
L'homme qui tournait en rond s'approche
d'elle : « Je
le regardais, j'attendais qu'il parte ou
qu'il se déplace. Et là, je
me suis placée devant lui pour cacher
mon NIP. C'était impossible qu'il
voit le NIP, j'en suis sûre. J'ai
ramassé la carte de débit,
et je l'ai mise tout de suite dans ma poche.
J'ai pris la facture, j'ai pris mon sac,
et je suis partie. »
Elle a effectué
cette transaction le dimanche 26 janvier
2003. Les 48 heures suivantes, elle n'utilisera
plus sa carte. C'est la banque qui lui annonce
qu'elle a été victime d'une
fraude. La consommatrice : « Le
mardi, la banque Scotia m'appelle au travail,
[ ] deux jours plus tard, pour me dire
que je me suis fait voler un gros montant
de 6000 $ ou 7000 $. »
La banque veut être
remboursée
Total de la somme
prise dans son compte : 6536 $.
La banque Scotia lui réclamait le
remboursement de la totalité du montant,
mais la consommatrice conteste cette réclamation : « Après
que j'ai obtenu les réponses de l'ombudsman
de la Scotia et de l'ombudsman général,
c'était la moitié du montant.
[ ] On coupe la poire en deux. »
La
Scotia lui réclame donc 3268 $.
Si la Scotia exige que cette consommatrice
assume 50 % du montant de la fraude,
c'est parce qu'on estime qu'elle a été
négligente lors de la transaction.
Selon Guy Berthiaume, vice-président
à la Scotia, cette dame aurait dû
immédiatement aviser la banque qu'une
personne l'avait observée pendant
qu'elle composait son NIP. Guy Berthiaume : « La
chose la plus importante que tout client
doit faire s'il constate que le code confidentiel
a pu être vu par quelqu'un ou que
la carte est perdue, c'est de contacter
immédiatement la succursale ou le
centre d'appel. »
Une situation qui
n'a aucun sens, selon Me Édith Fortin,
spécialiste du droit bancaire : « S'il
fallait qu'on avise les policiers chaque
fois qu'on soupçonne quelqu'un d'avoir
regardé le code par-dessus notre
épaule, ce ne serait pas endurable. »
Même son de
cloche chez Option consommateurs. Louise
Rozon, directrice d'Option consommateurs : « C'est
pas parce que quelqu'un nous regarde, qu'il
est nécessairement en train de regarder
notre NIP. Bien des gens nous regardent,
quand on se promène dans les commerces. »
Munie d'une caméra
cachée, l'équipe de La
Facture a effectué des transactions
dans six commerces. Dans trois de ceux-ci,
il était difficile de cacher son
NIP, simplement parce qu'il n'y avait pas
suffisamment d'espace entre les clients.
Par exemple, à une caisse, la cliente
qui suit pouvait facilement lire le NIP
que la journaliste était en train
de composer. Dans un autre cas, pendant
que la journaliste entre son NIP, une personne
s'avance tout près d'elle. Une autre
fois, pendant qu'elle effectue la transaction,
deux inconnus s'avancent de chaque côté.
Impossible d'avoir la certitude que personne
n'a vu le NIP qu'elle composait.
Guy Berthiaume
Guy Berthiaume, de
la Scotia : « Si
on a vraiment un problème, que quelqu'un
de six pieds et quatre pouces regarde par-dessus
notre épaule, je pense qu'on ne devrait
pas faire la transaction, qu'on devrait
aller ailleurs. »
L'ennui, dans le cas de la consommatrice
de Laval, c'est que le fraudeur, en plus
d'observer son NIP, a aussi volé
sa carte. Elle explique qu'avec son manteau
d'hiver, elle ne s'est pas rendu compte
que quelqu'un prenait sa carte dans sa poche.
Puisqu'elle n'a pas remarqué que
sa carte de guichet avait disparu, elle
n'a évidemment pas appelé
la Scotia pour signaler la perte. Guy Berthiaume : « À
partir du moment où le centre d'appel
ou la succursale connaît la situation,
la carte n'est plus en fonction. Il n'y
a alors pas de risque de pertes pour le
client. »
Une clause abusive?
Le contrat de la
carte Scotia est clair. Comme dans la plupart
des contrats bancaires, il est écrit
que tant et aussi longtemps que le client
n'avise pas la banque d'un problème,
« vous assumez la responsabilité
de toutes les opérations effectuées
au moyen de la carte ».
Louise Rozon
Louise Rozon, d'Option
consommateurs : « On
juge qu'elle ne devrait pas être responsable
des sommes qui ont été retirées
de son compte, parce qu'il s'agit d'une
utilisation non autorisée de sa carte.[ ]
Ce genre de clause, qu'on retrouve parfois
dans les contrats de cartes de débit,
serait abusive parce qu'on fait reposer
l'entière responsabilité des
pertes sur le dos du consommateur - les
pertes survenues avant qu'on avise son institution
financière. »
D'ailleurs, dans
une décision récente de la
Cour des petites créances, un juge
a conclu que ce genre de clause était
abusive. Le magistrat a condamné
l'institution financière à
assumer la totalité de la fraude.
Louise Rozon : « Il
est tout à fait plausible qu'un consommateur
se fasse voler sa carte, et s'en rende compte
un jour, deux jours, trois jours plus tard.
On n'utilise pas nécessairement sa
carte tous les jours. »
Ce qu'on peut retirer
de votre compte
Dans le cas de la
consommatrice de Laval, six minutes à
peine après avoir subtilisé
la carte, le voleur se remplissait déjà
les poches. Trois retraits à un guichet
pour un total de 1000 $. Ensuite, direction
centre-ville. Le voleur fait deux faux dépôts
totalisant 3900 $. Puis, il se rend
dans sept commerces. Il y fait des emplettes
pour la rondelette somme de 2500 $.
La limite de transaction quotidienne de
3500 $ est alors atteinte. Ensuite,
le voleur attend le changement de date,
à minuit, pour effectuer un autre
faux dépôt de 1500 $.
Puis, il retire un autre 1000 $. Il
va ensuite au casino, où il dépense
plus de 2000 $ avec la carte de débit.
Grand total : 6536 $ en 12
heures seulement.
La
consommatrice croyait que la limite des
retraits, avec la carte de débit,
était de 500 $ par jour. Mais
elle fait erreur. Aujourd'hui, dans la plupart
des institutions financières comme
la Scotia, la limite de retrait au guichet
est de 1000 $ par jour. À cela
s'ajoute 2500 $ en paiements directs
quotidiens. Pour un total de 3500 $
de transactions par jour. Ces retraits et
paiements directs, conjugués à
des faux dépôts, font en sorte
que la fraude totalise beaucoup plus que
les 340 $ que contenait le compte en
banque de cette consommatrice.
Guy Berthiaume, de
la Scotia : « Habituellement,
les clients connaissent bien l'ampleur du
désastre qui peut arriver si on perd
une carte de crédit ou une carte
de débit. »
Louise Rozon : « On
devrait être beaucoup plus transparent
quant aux sommes qui peuvent être
retirées de son compte de banque
au moment d'un vol. »
Voici ce qu'en pense aujourd'hui la consommatrice : « Je
pense que je dois, chaque soir, quand je
vais me coucher, vérifier toutes
mes cartes. »
En conclusion
La banque Scotia
a fait savoir à La Facture
que c'est uniquement en « gage
de bonne volonté » que
l'institution a accepté de ne réclamer
à la consommatrice de Laval que la
moitié de la somme volée dans
son compte. Mais pourquoi donc sommes-nous
mieux protégés quand nous
utilisons notre carte de crédit?
Parce que la Loi québécoise
sur la protection du consommateur interdit
à la banque, en cas de vol de votre
carte, de vous réclamer plus de 50 $.
Mais cette loi ne contient aucune disposition
s'appliquant aux cartes de débit.