Un immigrant
d'origine chilienne dénonce l'exploitation
dont il a été victime pendant
des années, au Québec, dans
son travail. Il raconte aujourd'hui son
expérience, pour que d'autres travailleurs
ne subissent pas le même traitement.
Cet
homme d'origine chilienne est aujourd'hui
plâtrier. C'est la première
fois qu'il se sent bien dans son emploi
depuis qu'il vit au Québec : « J'ai
étudié la construction. Maintenant
je suis plâtrier et mes papiers sont
en règle. [ ] Quand j'arrive
à la maison, je mange avec ma famille.
Avant je ne le faisais jamais. J'ai eu des
vacances pour la première fois. Des
choses qui ont changé complètement
ma vie. »
Et il
rencontra un bon Samaritain
Cet homme et son frère sont arrivés
au Québec en 1995. Sa femme et ses
deux filles l'ont rejoint un an plus tard.
Ils revendiquent le statut de réfugié
politique. En attendant une réponse
du ministère de l'Immigration, les
deux frères distribuent d'abord des
dépliants publicitaires. Puis ils
font la connaissance du propriétaire
d'une fabrique de tapis de Pointe-Saint-Charles
à Montréal. L'homme d'affaires
changera la vie du nouvel arrivant. Il lui
offre un emploi et propose même de
faciliter son installation au Canada. Le
nouvel arrivant : « Il
voyait que nous étions travaillants.
Il disait : "ne t'inquiète pas
pour les papiers, on s'en occupe." »
Le
propriétaire de l'usine de tapis
a refusé de rencontrer l'équipe
de La Facture. Il a aussi refusé
de laisser entrer notre équipe dans
la fabrique. La plupart des employés
sont des immigrants. L'homme d'origine chilienne
dit y avoir fait des semaines de 60 à
70 heures : « Il
voyait que nous ne disions jamais non, que
nous voulions travailler. On a commencé
à travailler de 10 à 12 heures
par jour, 5 ou 6 jours par semaine. »
L'employé a travaillé à
ce rythme plus d'un an, jusqu'à ce
que le ministère de l'Immigration
rejette sa demande de statut de réfugié
politique. Il est renvoyé au Chili
avec sa famille. Dix mois plus tard, en
août 98, il revient au pays comme
immigrant travailleur, grâce au fabricant
de tapis. Ce dernier - avec sa compagnie
- débourse au moins 10 000 $
pour ses papiers d'immigration. L'immigrant
affirme qu'il avait une entente avec son
employeur pour lui rembourser sa dette en
faisant des heures supplémentaires : « Moi,
je ne calculais jamais mes heures. J'avais
tellement confiance en lui. »
Son patron lui fait d'autres avances pour
s'acheter des meubles, un ordinateur, un
voyage au Chili. L'immigrant : « Je
n'ai pas d'argent pour payer mais je vais
payer avec mon travail. » Il
va travailler dans cette fabrique pendant
quatre ans.
Il doit encore de
l'argent
Les relations s'enveniment entre le patron
et son employé. En mars 2001, il
quitte l'entreprise. Malgré toutes
les heures supplémentaires qu'il
a faites, l'employeur lui dit qu'il lui
doit encore 6000 $. L'employé
signe une reconnaissance de dette à
son départ : « S'il
voulait que je signe, je signais parce que
j'avais peur. Je n'ai rien moi. Et lui,
il est le pouvoir. J'ai tout arrangé
comme il faut. Je ne voulais pas de chicane
avec lui. Je devais lui donner 466 $
par mois. Pour une personne qui a deux enfants
et une femme qui ne travaille pas; c'est
dur. »
Après plusieurs mois, il ne peut
plus payer. L'homme d'affaires le poursuit.
Le travailleur et l'employeur s'entendent
pour un rééchelonnement de
la dette. Le travailleur doit maintenant
rembourser 200 $ par mois.
Les patrons de la fabrique estiment que
le travailleur a reçu 13 000 $
en avances. Ce dernier le reconnaît.
Il croit même que c'est encore plus.
Mais comment se fait-il qu'il quitte l'usine
endetté, alors qu'il aurait travaillé
si fort pour accumuler des heures supplémentaires?
L'immigrant affirme qu'il a travaillé
en moyenne 20 heures supplémentaires
par semaine; et ce, pendant quatre ans,
à salaire et demi. Il aurait donc
dû accumuler plus de 54 000 $.
Mais la compagnie ne lui reconnaît
aucune heure supplémentaire.
La
représentante de la compagnie, Me
Marie-Gisèle St-Pierre, accorde une
entrevue à La Facture, en
présence de sa propre équipe
de tournage. Me St-Pierre : « Ce
monsieur n'a fait aucune heure supplémentaire
pour notre compagnie. Selon moi, c'est un
menteur et je regrette que le propriétaire
de la compagnie l'ait fait revenir au Canada.
C'est tout ce que je pense de lui et il
devra continuer à rembourser ce qu'il
doit, comme le dit le jugement. »
Ce travailleur n'aurait donc jamais fait
d'heures supplémentaires. Pourtant,
sa dette envers le chef d'entreprise a fondu
miraculeusement, de 13 000 $ -
selon les calculs de Me St-Pierre, - à
6500 $, à son départ
de l'usine.
Les normes du travail
au Québec
D'anciens employés de l'usine viennent
corroborer le témoignage de ce travailleur.
Parmi eux, une travailleuse d'origine mexicaine
qui se souvient très bien des deux
frères chiliens. Elle se rappelle
qu'ils commençaient à travailler
tôt le matin, parfois à 6 h,
et qu'ils terminaient le travail entre 17 h
et 18 h. Cette femme a vécu
une situation semblable à celle de
l'employé chilien. La compagnie l'a
aidée à obtenir son permis
de travail et, pour rembourser sa dette,
elle aurait fait des heures supplémentaires.
Deux autres ex-employées du fabricant
de tapis se souviennent que les frères
chiliens arrivaient tôt le matin,
partaient tard le soir et travaillaient
aussi pendant le week-end. Elles ont eu
des démêlés avec la
compagnie, mais leurs litiges se sont réglés
hors cour.
Si
l'employé chilien travaillait sans
relâche, aucune heure supplémentaire
n'apparaissait sur ses bulletins de paye.
Robert Rivest, de la Commission des normes
du travail : « Le
bulletin de paye doit comprendre toutes
les informations nécessaires permettant
au travailleur de savoir quelles sont ses
heures travaillées au taux simple,
quelles sont ses heures supplémentaires. »
Le travailleur chilien explique qu'il ne
connaissait pas la loi, ni les normes concernant
les heures supplémentaires ou le
salaire et demi. Il faisait confiance à
son patron. Robert Rivest : « Lorsqu'il
s'agit de travailleurs d'origine ethnique
différente, qui ne connaissent pas
les différentes obligations ici,
évidemment ce sont les gens les plus
maniables. »
Le travailleur chilien continue de payer
sa dette au fabricant de tapis; 200 $
par mois. Il n'oubliera pas de sitôt
cette expérience de travail : « Il
faut faire très attention. Ça
m'est arrivé. Je ne veux pas que
ça arrive à d'autres personnes.
Je sais qu'il y a des gens qui sont dans
la même situation que moi. »
En conclusion
La Commission des normes du travail du
Québec enquête en ce moment
sur le fabricant de tapis. La Commission
veut déterminer si cette entreprise
respecte bien la loi québécoise
sur les normes du travail.
Si votre employeur vous avance de l'argent,
il peut faire des retenues sur votre salaire
pour se faire rembourser. Mais attention!
Vous devez y consentir par écrit.
Hyperliens
Commission
des normes du travail Organisme qui
se charge de l'application de la loi sur
les normes du travail, qui établit
les conditions minimales de travail.
Comité
sectoriel d'adaptation de la main-d'oeuvre Centre pour l'intégration
à l'emploi des personnes immigrantes,
affilié à Emploi-Québec.
Vous y trouverez aussi une importante liste
d'organismes communautaires québécois
d'aide aux immigrants.