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Émission
248 |
Le
mardi 22 avril 2003
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Donner son numéro
d'assurance sociale, son numéro de permis de conduire ou sa date
de naissance à quelqu'un peut s'avérer extrêmement
préjudiciable. Cette personne peut se servir de ces renseignements
pour faire émettre des cartes de crédit... à votre
nom. Il s'agit d'une manipulation très simple pour les fraudeurs.
Un antiquaire des Cantons de l'Est en a fait les frais.
Il
reçoit une carte de crédit Home Dépôt
En
allant chercher son courrier, un antiquaire de Dunham découvre
qu'une carte de crédit des magasins Home Dépôt,
le géant américain dans le domaine de la rénovation,
a été émise à son nom. Elle prévoit
une marge de crédit de 3500 $. Son titulaire doit se présenter
dans une succursale de la chaîne de magasins avec une pièce
d'identité pour activer la carte.
Cependant
l'antiquaire, qui ne fréquente pas les magasins Home Dépôt,
n'a jamais commandé cette carte. Quelqu'un l'a fait pour lui,
et n'a pas hésité à l'utiliser.
La Facture
a contacté Roger Plamondon, directeur régional de Home
Dépôt pour l'Est du Canada. Il a confirmé qu'une
carte de crédit temporaire avait été émise
au nom de l'antiquaire. En magasin, le fraudeur n'avait qu'à
présenter deux pièces d'identité avec photo, et
le tour était joué.
Curieusement,
les fraudeurs ont tenté de brouiller le dossier de crédit
du résident de Dunham en le faisant passer pour un mécanicien
travaillant chez Ultramar. Vérification faite, aucun homme portant
son nom n'a travaillé chez Ultramar.
Le
fraudeur fait des achats en son nom
À
la lumière de ce que La Facture a appris, le permis de
conduire présenté par le fraudeur pour obtenir la carte
était faux. Mais c'était un permis de conduire qui montrait
un visage : celui de la personne qui s'est présentée
et qui s'est fait passer pour l'antiquaire.
Grâce
à la carte de crédit, le fraudeur avait pour ainsi dire
carte blanche pour l'achat de marchandises. Entre le 15 et le 19 février
dernier, on compte 6 achats, dans 2 succursales différentes,
s'élevant à plusieurs milliers de dollars.
Le fraudeur a même poussé l'audace jusqu'à faire
augmenter la marge de crédit de 3500 $ à 15 000 $,
en profitant de la bonne cote de crédit de celui dont il avait
pris l'identité. L'antiquaire n'en revient pas : « La
surprise! J'ai reçu un compte de 9710 $, pour des achats
qui ont été faits chez Home Dépôt ».
Fort
heureusement, Home Dépôt n'est que le début d'une
série de fraudes dont il est victime, et il ne sera pas tenu
pour responsable de ces achats
Roger Plamondon, de Home Dépôt, ne considère pas
le résident de Dunham responsable des achats effectués :
« Non, je peux vous garantir qu'il ne sera pas ennuyé
par nous. On veut qu'il puisse visiter les magasins Home Dépôt
avec le sourire! ».
Home Dépôt n'est que le début d'une série
de fraudes dont il est victime
Inquiet
de ce qui s'est produit avec la chaîne de rénovation, l'antiquaire
des Cantons de l'Est a appelé sa banque. « Là,
ils ont vérifié notre crédit et ils m'ont dit :
Es-tu bien assis? Parce que tu as d'autres applications de crédit
qui sont sorties. » Il découvre
que le fraudeur ne s'est pas arrêté à Home Dépôt.
C'est
ensuite au tour du magasin La Baie de Saint-Bruno d'entrer en scène.
Le résident de Dunham découvre que le fraudeur s'y est
acheté un téléviseur géant d'une valeur
de près de 3000 $.
Et plus le temps file, plus les mauvaises nouvelles s'accumulent. Le
10 mars dernier, il apprend que quelqu'un a ouvert, en son nom, un compte
chez Mastercard.
L'astuce est simple : le fraudeur se présente dans un commerce,
choisi ses articles puis demande qu'on règle ses achats avec
le crédit instantané. Cette formule permet aux consommateurs
d'obtenir sur place une marge de crédit, en quelques minutes
seulement.
La fraude ne s'arrête pas là. Le faux antiquaire a effectué
d'importants achats dans un magasin de Laval grâce à Visa
Desjardins. Le fraudeur utilise la même méthode. Il choisit
ses articles, qu'il fait ensuite financer par le crédit instantané
offert par Visa Desjardins.
Et
enfin, le fraudeur avait tenté sa chance dans un magasin d'ordinateurs,
situé à Laval. Mais dans ce cas-ci, il n'a pas réussi
à obtenir le crédit nécessaire pour l'achat d'un
appareil évalué à 4500 $. La Citi Financière,
qui offre du crédit instantané pour le compte de MDG ordinateurs,
avait décelé la fraude et bloqué la transaction
sur-le-champ.
Dans
cette série de fraudes, l'usurpateur de l'identité n'a
échoué qu'une seule fois sur cinq
Au
premier coup d'il, La Facture a constaté que plusieurs
informations personnelles concordent. Le nom, l'adresse et la date
de naissance de l'antiquaire sont exacts. Par contre, on sait que
le fraudeur a utilisé un faux numéro d'assurance sociale
chez les marchands lors de la prise de renseignements.
Or, ni Mastercard de la Banque Nationale, ni Visa Desjardins, pas
plus que La Baie et Home Dépôt n'ont constaté
que le numéro d'assurance sociale était faux. Seule
la Citi Financière a su faire la différence entre le
faux numéro d'assurance sociale et le vrai :
-
Visa Desjardins n'a pu contre-vérifier
son numéro d'assurance sociale puisque le magasin n'a pas
transmis cette information.
-
Mastercard n'a pas pu déceler
le faux numéro d'assurance sociale inscrit sur la demande
de crédit. Le matin du 10 mars, la banque a approuvé
la demande en 15 minutes. Mais quelques heures plus tard, on a soupçonné
la fraude. Ce n'est qu'en fin de journée que la banque a
décidé de tout bloquer. Elle avait reçu, ce
jour-là, 3 demandes d'un même commerce, signées
de la même main, dont une demande faite au nom de l'antiquaire.
« On a contacté les trois vrais clients
pour les prévenir. »
En
quelques semaines, plus de 25 000 $ en marchandises ont
été dérobées grâce à l'usurpation
de l'identité de l'antiquaire.
Au
cours des dernières années, ce type de fraude a fait
perdre des millions de dollars aux institutions financières
Ces coûts se répercutent
sur les frais payés par les consommateurs :
Roger Plamondon, de Home Dépôt : « C'est
faux de dire que ce sont les banques qui vont payer parce que le taux
de crédit [associé à] la carte de crédit
comporte cet élément de risque-là. Alors plus les
pertes sont élevées, plus les taux d'intérêt
risquent de monter ».
La
porte-parole de Visa Desjardins : « C'est le consommateur
qui paie. C'est pour ça que l'on s'assure de limiter les fraudes,
en se dotant de moyens de changer continuellement nos façons
de faire, pour s'assurer que ce type de situation ne se reproduira pas ».
Le résident de Dunham reçoit encore
des comptes qui ne lui appartiennent pas.
« On
s'imagine que ça peut durer encore plusieurs mois. Parce que
les gens ont peut-être fait des achats sous la forme achetez
aujourd'hui et payez dans 6 mois. »
La Sûreté du Québec enquête, mais le policier
qui s'occupe du dossier a confié à La Facture qu'il
y a peu de chance que cette affaire aboutisse à des arrestations,
faute de moyens et d'effectifs.
Mince consolation : une mention très claire dans le dossier
de crédit de l'antiquaire oblige les compagnies à vérifier
maintenant l'authenticité de ceux qui demandent du crédit
instantané en son nom.
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