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REPORTAGE
— 2003-10-14

TÉLÉ-RÉALITÉ : LA GRANDE ILLUSION

« On fabrique des stars (...) tant que l'émission est à la télé. Mais quand elle ne l'est plus : des stars de rien du tout (…) on les oublie, ils sont remplacés par les nouveaux. C'est des candidats "kleenex". »
- Mathias Gurtler, journaliste français, VSD

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Ils (les candidats) sont relativement narcissiques, exhibionnistes, ont de fortes personnalités et une grande estime de soi. » - Alexia Laroche-Joubert, directrice des programmes, Endemol

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 

 

« On se rend compte finalement qu'on n'est plus des copains, mais rivaux. Et quand les règles du jeu commencent vraiment, là, c'est terrible : c'est du chacun pour soi. Donc beaucoup d'hypocrisie, de stratégies. Les rapports sont faussés finalement.»
- Kenza

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

« La télévision ne produit pas de stars. Elle porte momentanément au pinacle de la notoriété, des journalistes et des animateurs. Que ces vedettes quittent leur emploi, elles sont vite oubliées. »
- Bernard Pivot, journaliste littéraire français

 

 


En avril 2001, «Loft Story» marquait l'arrivée de la télé-réalité en France. Inspirée des premières émissions de télé-réalité néerlandaises de type Big Brother et produite par Endemol France, l'émission a remporté un énorme succès, attirant plus de 9 millions de téléspectateurs sur la petite chaîne M6. Aujourd'hui, on constate que plusieurs participants ont bénéficié de leur expérience : ils sont désormais des vedettes et mènent des carrières très intéressantes. En revanche, certains sortent amers de leur expérience.Après l'Europe et les États-Unis, le phénomène de la télé-réalité a atteint le Québec à l'automne 2002...

 

«Loft Story», vous connaissez? Il s'agit de la toute nouvelle émission de télé-réalité de TQS.

À la fin de l'été 2003, 100 personnes, désireuses de participer à l'émission, étaient convoquées aux auditions. Curieuse de mieux comprendre ce qui pousse des gens à tout abandonner pour participer à ce genre d'émission, l'équipe d'Enjeux était sur place.


« Ce qui m'a fasciné, c'est la motivation qu'ils donnent pour aller faire ça. Ça porte souvent autour de "je veux un défi, je veux changer ma vie, je veux m'amuser et être vu." » 
Luc Granger, directeur, Département de psychologie, Université de Montréal et membre du jury.


Contrairement à Mélanie, c'est avec un certain soulagement que Jean-Philippe a appris qu'il n'était pas choisi :


«J'aurais aimé être plus connue, être comédienne, signer des autographes à tout le monde. Je trouve ça intéressant!»
- Mélanie


«Être connu pour être journaliste, pour être comédien, c'est sûr que ça doit être plaisant. Mais moi, la partie qui me faisait peur, c'est d'être 24/24 heures à la télé. Tout ce que tu fais, tout ce que tu dis, tu vas être connu pour ça.»

- Jean-Philippe

 

En assistant aux auditions, Enjeux a pu constater que la vie sexuelle des candidats intéressait grandement les jurés. Nous avons d'ailleurs été surpris de leurs questions, posées sans détour. Il faut dire qu'avant les auditions, les candidats avaient déjà répondu à un questionnaire assez explicite que nous avons pu consulter. Voici quelques exemples de questions :

  • À quel âge avez-vous fait l'amour pour la première fois?
  • Décrivez brièvement un de vos fantasmes sexuels favoris?
  • Nommez 3 activités sexuelles qui vous déplaisent? Qui vous plaisent?


L'après-télé-réalité : le cas français

Loft Story, produit à l'origine par la maison Endemol, a été le premier show de télé-réalité en France. Depuis, toutes les grandes chaînes de télé s'abreuvent à la télé-réalité. Kenza, une des premières vedettes de la télé-réalité en France, semble garder un souvenir plutôt amer de son expérience :


« On était vraiment des rats de laboratoire (...) on était observé, scruté, les moindres gestes, les moindres faits (...) C'était une ambiance assez spéciale. »- Kenza Braiga, ex-participante, Loft Story 1




L'aventure de Kenza dans le Loft n'aura duré que trois semaines. Elle a été parmi les premières à être éliminée. Trois semaines, c'est court, mais c'est suffisant pour vivre les effets de la célébrité…



« Plus personne ne s'intéresse à vous. Vous n'êtes plus la nana sympa qu'on a envie d'inviter sur tous les plateaux télé, vous devenez la crétine de service qu'on a pas envie d'avoir parce qu'elle sort d'une télé-réalité et que forcément, elle n'a rien à faire dans le métier. »
- Kenza



Le contraste est vif entre les personnalités de Kenza et de Steevy qui ont fait partie de la même émission...

Ce dernier nous a reçus dans les loges d'un théâtre de Paris, où il jouait le printemps dernier. Personnage haut en couleurs, Steevy est ravi de sa participation à l'émission. Près de trois ans après le Loft, il est partout : au théâtre, à la télévision et à la radio. Heureux comme un roi d'être une vedette, il doit quand même encore aujourd'hui payer le prix de sa renommée subite...


« Quand Gérard Depardieu ou Johny Holliday passe dans la rue c'est "Vous allez bien?" Mais quand c'est quelqu'un comme moi, qui sort de la télé-réalité, c'est: "Ça va mon potte? On nous tappe dans le dos, on nous touche. Il n'y a pas ce respect qu'il y a pour les grandes vedettes.»
- Steevy



La télé-réalité, arrangée avec "le gars des vues" ?

En achetant les droits de l'émission Loft Story, le producteur Guy Cloutier achetait aussi « la bible » de la compagnie Endemol qui, dit-on, contient « la recette du succès ». Une recette qui dépend beaucoup du choix des candidats :


« Les productions comme Endemol (...) embauchent des story editor (scénaristes), dont le métier est de fabriquer une histoire. Il y a donc une base, et avec ce casting (...) on fait du montage, on fait une petite histoire, qu'on propose ensuite aux téléspectateurs pour les influencer dans leur vote», affirme Mathias Gurtler, journaliste français chez VSD.





Une des critiques qui revient le plus souvent sur la télé-réalité, c'est son côté cruel par l'élimination en direct à la télévision, ressenti par certains participants comme une véritable humiliation.



« Ce n'est pas parce qu'on n'est pas choisi, qu'on est éliminé. Il faut voir la différence. À ce compte-là, si on suit votre logique, il faut que Radio-Canada annule le prochain Gala de l'ADISQ! (...) C'est ça la vie aussi, d'accepter que parfois, on ne sera pas choisi. » - Julie Snyder, productrice et animatrice, Star Académie



La popularité de la télé-réalité repose en grande partie sur l'idée que tout le monde peut atteindre la célébrité en exposant sa vie au grand public. Mais comment ne pas fausser la réalité lorsque des caméras filment tout? Cette réalité n'est elle pas au fond une grande illusion? Réalité ou pas, ce sont les profits qui comptent dans une industrie hautement compétitive. Et si la télé-réalité n'avait de réel que les énormes profits qu'elle génère?






Journaliste : Alain Gravel
Réalisatrice : Anne Sérode
Recherchistes : Brigitte Guibert,
Marie-France Lemaine, Marie-Claude Pednault

 

* Ce reportage ne peut être diffusé sur le site d'Enjeux
pour des questions de droits. Veuillez nous en excuser.



 

Hyperliens

:: Télé-réalité : poubelle des ondes ou télé du peuple?
   Les producteurs Fabienne Larouche et Pierre Marchand discutent de ce phénomène, à l'émission La part des choses.

:: La télé-réalité
   Entrevue à Indicatif présent, Radio-Canada 1ere chaîne, avec Richard Martineau et Guy Fournier, 23 septembre 2003.

:: La télé-réalité se banalise et bouleverse le paysage audiovisuel
   Article, Le Monde, 25 août 2003.

:: Sénèque au zoo de la télé-réalité
   Article du Nouvel Observateur, 17 juillet 2003.

:: Télé-réalité
   Dossier de l'encyclopédie Agora sur la télé-réalité.

:: Télé-réalité
   Section de Yahoo France sur la télé-réalité.

 

 

 

 
 
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