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Jeudi 7 août 2008 12:56 MTL

En profondeur

Bilinguisme

Il y a 40 ans

Mise à jour le dimanche 4 février 2007 à 9 h 56
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Bilinguisme

Il y a 40 ans

La création d'une commission sur les relations entre francophones et anglophones avait été réclamée dès 1962 par André Laurendeau lorsqu'il était éditorialiste au Devoir. Selon ce dernier, une telle commission devrait proposer des solutions à l'émergence du mouvement indépendantiste au Québec et à l'indifférence des Canadiens anglais face aux aspirations des francophones.

La Commission prend la route (archives de Radio-Canada) »

En 1963, la Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme est mise sur pied par le premier ministre Lester B. Pearson. Elle reçoit le mandat suivant:

  • faire enquête sur l'état du bilinguisme et du biculturalisme au Canada;
  • proposer des mesures pour que le pays se développe d'après le principe de l'égalité entre les deux peuples qui l'ont fondé, tout en tenant compte de l'apport des autres groupes ethniques.

Plus précisément, la commission doit se pencher sur les services et les institutions de l'administration fédérale, sur le rôle que peuvent jouer les institutions publiques et privées dans la promotion du bilinguisme et sur les moyens à prendre pour permettre aux Canadiens de devenir bilingues.

La commission sera coprésidée par André Laurendeau et Davidson Dunton, un ancien journaliste.

Un diagnostic sévère

Une Confédération malade (archives de Radio-Canada) »

D'entrée de jeu, les membres de la commission adressent une mise en garde au Canada. « Tout ce que nous avons vu et entendu nous a convaincus que le Canada traverse la période la plus critique de son histoire depuis la Confédération. Nous croyons qu'il y a crise: c'est l'heure des décisions et des vrais changements; il en résultera soit la rupture, soit un nouvel agencement des conditions d'existence », écrivent-ils.

Les commissaires viennent de passer des mois à écouter les opinions des Canadiens sur la question. Au cours de rencontres régionales, les citoyens ont été invités à répondre aux trois questions suivantes:

  • Ces deux peuples, l'anglophone et le francophone, peuvent-ils et veulent-ils vivre ensemble?
  • À quelles conditions?
  • Et ces conditions, sont-ils prêts à les accepter?

Le cas de l'Ontario (archives de Radio-Canada) »

Par la suite, les commissaires ont rencontré tous les premiers ministres provinciaux, ont examiné 400 mémoires au cours d'audiences publiques et ont entendu à huis clos des citoyens et des groupes qui préféraient rester discrets. Parallèlement, la direction de la recherche de la commission recrutait de nombreux chercheurs pour documenter l'état du bilinguisme et du biculturalisme au pays.

Plusieurs années plus tard, le coprésident de la commission Davidson Dunton rapportait que ces rencontres avaient été difficiles: d'une part la commission avait dû faire face à la mauvaise volonté des anglophones de l'Ouest et de l'Ontario, et d'autre part, les indépendantistes québécois avaient été durs pour les anglophones.

What does Québec want? (archives de Radio-Canada) »

Dans son journal confidentiel, tenu pendant les travaux de la commission et qui sera publié après sa mort, l'autre coprésident, André Laurendeau, fait lui aussi un constat très dur sur l'attitude des anglophones. Il note que plusieurs citoyens affirmaient que c'était la commission elle-même qui créait les problèmes. Il souligne également la réticence des groupes ethniques face au concept de biculturalisme.

Un pays bilingue

Dans le premier volume de son rapport, publié en octobre 1967, la commission définit ce qu'elle entend par un pays bilingue. « Un pays bilingue n'est pas un pays dont tous les habitants doivent nécessairement parler deux langues; c'est un pays dont les principales institutions, tant publiques que privées, doivent dispenser leurs services dans les deux langues, à des citoyens qui peuvent fort bien dans l'immense majorité être des unilingues. »

Volume 1: la question linguistique (archives de Radio-Canada) »

Voici les principales recommandations de ce premier rapport, qui porte sur les langues officielles:

  • Que l'anglais et le français soient formellement déclarés langues officielles, ce qui a été fait avec l'adoption de la Loi sur les langues officielles en 1969;
  • Que le Nouveau-Brunswick et l'Ontario se déclarent officiellement bilingues, ce qu'a fait le Nouveau-Brunswick en 1969;
  • Que les autres provinces dispensent à leurs minorités francophones les services appropriés en français. En 2007, il y a beaucoup de différences entre les provinces quant à l'offre de services en français;
  • Que des districts bilingues soient créés au Canada. Cette recommandation n'a pas été suivie;
  • Que la région de la capitale fédérale devienne officiellement bilingue. En 2007, Ottawa n'a toujours pas le statut de ville bilingue;
  • Que les parents puissent faire instruire leurs enfants dans la langue officielle de leur choix. La Charte des droits et libertés, entrée en vigueur en 1982, prévoit que les provinces doivent offrir l'enseignement dans une langue minoritaire là où le nombre le justifie.

Par ailleurs, le mandat de la commission ne faisait aucune place aux Autochtones, lesquels ont rétorqué que le Canada était un État triculturel. Les commissaires souligneront que l'héritage culturel de ces peuples, y compris leurs langues, fait partie du patrimoine de tous les Canadiens et qu'il faut tout mettre en oeuvre pour le conserver.

Dans les années qui suivront, la commission publiera les cinq autres volumes de son rapport, qui porteront sur:

  • L'éducation
  • Le monde du travail
  • L'apport culturel des autres groupes ethniques
  • La capitale fédérale
  • Les associations volontaires

La deuxième tranche du rapport (archives de Radio-Canada) »

En 1978, Davidson Dunton fait le constat suivant: « Le fédéral a accepté presque toutes nos recommandations "en principe" [...], mais la réalisation de tout ça a été un peu malhabile. » Il déplore que beaucoup d'énergie ait été consacrée à l'étiquetage bilingue et à l'offre de cours de français aux anglophones. Selon lui, ce dont les communautés francophones minoritaires auraient eu besoin, c'est d'avoir accès à l'éducation et aux services publics dans leur langue. « Comme les anglophones au Québec », souligne-t-il.

Davidson Dunton se souvient (archives de Radio-Canada) »

L'arrivée au pouvoir de Pierre-Elliott Trudeau, en 1968, sonnera le glas du biculturalisme au Canada. Bien qu'il ait institué le bilinguisme en faisant adopter la Loi sur les langues officielles, il croit que la diversité culturelle est une des principales forces du Canada. En 1971, le Canada adopte la Loi sur le multiculturalisme dans le but de promouvoir et de protéger cette diversité.



Têtes d'affiche

André Laurendeau est mort en 1968 d'une rupture d'anévrisme entraînée par le stress. Un autre journaliste, Jean-Louis Gagnon, lui a succédé à la coprésidence de la commission.

L'autre coprésident, Davidson Dunton, a lui aussi été longtemps journaliste. Il a par la suite été professeur à l'Université Carleton, à Ottawa, puis président de cette institution.

Le politologue Léon Dion, père de l'actuel chef du Parti libéral du Canada, Stéphane Dion, était conseiller spécial à la recherche pour la commission.