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Jane Goodall, ambassadrice des chimpanzés
En
avril 2002, une scientifique de réputation internationale
était nommée « Messagère
de la paix » par le secrétaire général
de l'ONU, Kofi Annan. C'est un titre sans pouvoir réel,
sinon celui de défendre, par la parole, des causes
que l'ONU juge importantes. Dans ce cas, cette scientifique
soutient la cause de l'environnement.
Directrice
d'un centre de recherche en Tanzanie, Jane Goodall a
fait de la recherche en Afrique pendant quatre décennies.
À son actif, on compte 16 livres, 13 films, 17
doctorats honorifiques et une fondation qui porte son
nom. Même si elle est plus connue dans le monde
anglophone que francophone, Jane Goodall est sans conteste
la plus célèbre des primatologues contemporains.
Journaliste : Jean-Pierre
Rogel
Réalisatrice : Marièle Choquette |
| En raison des droits d'auteur,
ce reportage ne sera pas disponible sur Internet. |
Le périple de Jane Goodall commence
à Tanganyka, en 1957. Dans les gorges Olduvaï,
on recherche les origines de l'homme. Les chercheurs
pensent que les ancêtres de l'homme ont habité
ici et qu'on va trouver leurs traces dans les sédiments,
sous forme de fossiles. Les anthropologues britanniques
Louis et Mary Leakey sont les leaders du domaine. Louis
a besoin d'une secrétaire, et il embauche une
jeune Britannique de 23 ans qui vient de quitter son
pays, fascinée par l'aventure de l'Afrique. Elle
n'a aucune formation scientifique. Elle s'appelle Jane
Goodall.
En
1960, la jeune femme a convaincu son patron de la laisser
étudier les chimpanzés. Elle part camper,
sans arme et sans moyen de communication, dans la forêt
tropicale près du lac Tanganyaka. Audacieuse?
Plus que cela, téméraire à l'extrême.
Mais elle a une passion pour les animaux. Elle sait
comment les approcher, tout en douceur. Quatre mois
se passent sans que Jane Goodall n'ait observé
quoi que ce soit de décisif. Puis, un jour, c'est
la percée. Elle observe un chimpanzé qui
mange des termites. Il se sert d'une branche pour les
faire sortir de leur trou. En somme, il va à
la pêche aux termites, avec une canne à
pêche qu'il s'est fabriquée. Cela n'a l'air
de rien, mais c'est une révolution sur le plan
des connaissances. Plus tard, la nouvelle fera la couverture
du National Geographic et vaudra à la jeune et
belle Anglaise une célébrité immédiate.
Mais sur le coup, la réaction du milieu scientifique
a été plutôt hostile.
Qu'à cela ne tienne, en 1964,
Jane Goodall est de retour en Afrique avec, en poche,
un doctorat en étude comportementale des animaux,
obtenu à Cambridge. Elle se lance corps et âme
dans la recherche. En 5 ans, elle va démontrer
des choses qui nous paraissent aujourd'hui évidentes,
mais qu'on ignorait à l'époque. Entre
autres, elle nous révèle que les chimpanzés
ont une vie sociale très complexe. Qu'ils vivent
en familles étendues, avec des règles
hiérarchiques très précises. Ou
encore, qu'ils élèvent leurs petits en
leur apprenant des comportements qui ont une signification
sociale, l'épouillage, par exemple. Mais elle
révèle aussi au monde scientifique, qui
cette fois l'écoute avec attention, que les chimpanzés
ont un large registre d'émotions.
Quant à leur parenté avec
nous, la biologie moderne a donné raison à
Jane Goodall. Selon des travaux récents en génétique,
le chimpanzé est bien l'animal le plus proche
de l'homme, avec qui il partage 99,4 % de son ADN.
Si
semblables, mais en même temps si différents.
Jane Goodall a beaucoup réfléchi aux différences.
Pour elle, la plus importante reste l'accès au
langage complexe. En captivité, certains chercheurs
ont appris aux grands singes à communiquer avec
les humains. Le gorille Koko, par exemple, est arrivé
à maîtriser quelques centaines de signes.
Certains chimpanzés arrivent à s'exprimer
en appuyant sur des touches d'ordinateurs. Mais tout
cela reste un peu primaire, plaçant l'homme dans
une position tout à fait unique.
Une position unique, selon Jane Goodall,
qui nous confère la responsabilité de
protéger ces animaux. Or, nous l'avons très
mal fait jusqu'à présent. En Afrique,
c'est bien la pression combinée de la déforestation,
de la chasse et du braconnage qui ont fait s'écrouler
les populations de grands singes. Il y a 100 ans, les
chimpanzés étaient 2 millions dans
les forêts tropicales et équatoriales d'Afrique.
Aujourd'hui, ils ne sont plus que 150 000. Selon
les plus récents rapports scientifiques, ils
font face à une extinction prévisible.
Pour « Doctor Jane »,
c'est d'abord en Afrique, avec les communautés
locales, qu'on sauvera les chimpanzés. Son mouvement
« Roots and Shoots » travaille
sur le terrain dans huit pays africains pour que les
paysans cessent de brûler les forêts. Pour
commencer, il faut pouvoir vivre de la forêt de
manière durable. Alors on peut protéger
les animaux, qui ne sont ni un garde-manger ni des ennemis.
Et c'est auprès des jeunes que ce message passe
le mieux.
Depuis
1986, Jane Goodall est rarement sur le terrain en Afrique.
Elle est devenue ambassadrice des chimpanzés.
Elle voyage 300 jours par année pour sensibiliser
les gens à leur sort. Son talent de conteuse
pimente chacun de ses discours, mais cela ne l'empêche
pas d'être réaliste. Elle n'idéalise
pas les chimpanzés, elle connaît trop bien
leur côté sombre. C'est elle qui a révélé
à quel point la violence pouvait être un
système organisé pour ces animaux. Non
pas la simple agressivité entre deux individus,
deux mâles par exemple, qui cherchent à
se dominer l'un l'autre. Mais une violence plus profonde,
et apparemment gratuite. C'est ce qu'elle a observé
en 1972 : une série d'attaques brutales en groupe,
pour tuer. En bonne scientifique, Jane Goodall a rapporté
ces faits. Certains s'en sont alors servi pour appuyer
leur théorie que la violence est innée
chez l'homme, qu'elle vient de son passé lointain.
Mais Jane Goodall refuse de trancher. Pour elle, la
nature humaine a un côté sombre, et la
nature des chimpanzés aussi, mais on ne peut
en tirer de conclusion.
Jane Goodall a poussé la communauté
scientifique à repenser la distinction entre
l'homme et les autres animaux. Femme dans un univers
d'hommes, elle a suscité la naissance de nombreuses
vocations, et lancé des idées stimulantes.
À l'âge où la plupart des chercheurs
glissent dans une retraite discrète, elle arpente
la planète à la défense d'une cause
à laquelle elle croit. C'est la passion de comprendre
qui la fait avancer. Et c'est ce qu'elle répète
à tous les jeunes qui viennent la voir : « Soyez
curieux, suivez votre soif de savoir. »
Pour en savoir plus
:
The
Jane Goodall Institute
Site de l'Institut Jane Goodall au Canada. L'institut
cherche à faire la promotion de la recherche
sur la faune, l'éducation, la conservation et
le bien-être des animaux. Ce site permet de connaître
les activités de l'institut. On y retrouve aussi
les liens vers les Instituts Jane Goodall ailleurs dans
le monde. (site en anglais)
Profil
biographique de Jane Goodall
Biographie de la chercheure, sur le site du Jane Goodall
Institute.
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