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Le Mont Saint-Hilaire
La plaine du Saint-Laurent est agréablement « décorée » de collines appelées les Montérégiennes. On pense aux monts Saint-Bruno, Yamaska, Orford et Saint-Grégoire. Le mot Montérégiennes vient de Mont-Royal, la plus connue des ces collines. Elles sont pour la plupart entourées de terres agricoles, de vergers et d'érablières. Toutes sont accessibles au public soit pour des sports ou pour de la randonnée pédestre. Plusieurs d'entre elles ont reçu le titre de refuge d'espèces végétales menacées.
Le plus célèbre est sans aucun doute le frère Marie Victorin, auteur de Flore Laurentienne : « Lorsque vient le printemps, les flancs du Saint-Hilaire se couvrent littéralement de ces magnifiques fleurs bien spéciales au Canada ... Ne parlons pas des trilles aux larges fleurs, et surtout notre superbe lobélie cardinale, la plus belle des plantes indigènes du Canada. » Situé dans la plaine des basses terres du Saint-Laurent, à 40 kilomètres de Montréal, le Mont Saint-Hilaire est la plus imposante des Montérégiennes. Mais elle se distingue aussi de ses consoeurs par une autre caractéristique : un titre, celui de Réserve de la Biosphère. C'est l'UNESCO qui le lui décerna en 1978 pour célébrer la grande biodiversité et la rareté de plusieurs de ses espèces. Le Mont Saint-Hilaire vient ainsi joindre les rangs de quelques 300 autres réserves dans le monde dont huit au Canada.
Des monts comme Saint-Bruno ou encore Yamaska ont leurs flancs partagés entre des centaines de propriétaires. Ce qui a fait la chance du Mont Saint-Hilaire tout au long de ces siècles, c'est de n'avoir eu qu'un seul maître à la fois, un maître soucieux de l'environnement . La montagne était le joyau de la seigneurie de Rouville appartenant à la famille Campbell au XIXe siècle. Puis, elle est passée aux mains du brigadier Andrew Gault au début du siècle dernier. Gault laissera la montagne en héritage à l'Université McGill en 1958 à la condition bien précise que l'on respecte son écosystème. Et c'est exactement la mission que s'est donné le professeur Lechowicz : « Ce qui fait la spécificité de cet endroit, c'est la richesse de ses espèces. On y trouve au moins 600 espèces de plantes. Or, dans la région montréalaise, il y en a 1800 au total. Donc, un tiers de la flore de notre région se retrouve sur cette montagne, à la portée de la main… »
Déjà, on est en mesure de montrer du doigt des intruses, des plantes européennes. Car la montagne n'a pas réussi à garder sa virginité : « Nous avons des visiteurs qui viennent et c'est bien; mais ils traînent avec leurs souliers des graines de plantes européennes qui poussent dans leur jardin ou sur la route. Comme la forêt est dégagée et que c'est plus ensoleillé dans les sentiers, ces graines prennent racine et se répandent dans la forêt. »
C'est à l'origine même du Mont Saint-Hilaire qu'il faut remonter pour comprendre la formation de ces minéraux. C'était il y a 124 millions d'années. Et contrairement à la rumeur, le Mont Saint-Hilaire n'est pas un volcan éteint. Pourtant, tout comme les autres Montérégiennes, il est le résultat de la montée de roches en fusion. Ce magma en ébullition s'est infiltré dans les fractures de l'écorce terrestre. En se rapprochant de la surface, il s'est refroidi et s'est solidifié pour former ce qu'on appelle une masse de roches intrusives. Avec le temps, l'érosion des roches sédimentaires a permis de donner naissance au Mont Saint-Hilaire et à ses sœurs, les Montérégiennes. À l'aide des gaz emprisonnés dans ces roches, de magnifiques cristaux se sont formés. Les experts s'entendent pour dire qu'au moins 16 spécimens de minéraux sont uniques au Mont Saint-Hilaire. C'est le cas de la sérendite par exemple. Malgré tout, le passant est toujours surpris et attristé de voir cette blessure ronger le flanc de la montagne. Ceux qui exploitent la carrière ont maintenant atteint la limite du domaine de l'Université McGill. Ils vont plutôt continuer de creuser en profondeur.
Défi de taille que celui du Mont Saint-Hilaire. Justifier son titre de Réserve de la Biosphère tout en respectant les intérêts des résidents, des visiteurs et des exploitants exige beaucoup de doigté. Car tout le monde veut son petit bout de montagne, même les visiteurs occasionnels. Journaliste : Hélène
Courchesne
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