Le 29 avril 2001 Les bébés prodiges
Janet Astington, de l'Université de Toronto, est un des chefs de file de ces recherches qui mobilisent une douzaine d'équipes de par le monde : « Je pense que c'est la question la plus passionnante en psychologie du développement, parce qu'elle est au carrefour de plusieurs thèmes. Elle dépend du développement cognitif de l'enfant, et elle est essentielle au développement de l'interaction sociale, ainsi que de la compréhension des autres! La théorie de l'esprit regroupe donc plusieurs aspects de la psychologie du développement. De plus, en tant qu'être humain, je pense que ce qui nous fascine le plus, ce sont les autres humains. Or, dans la théorie de l'esprit, nous avons la chance, justement, d'étudier comment nous développons une compréhension de nos semblables! » Les recherches ont démontré que les nourrissons sont particulièrement attirés par le visage, la voix et le mouvement humain. On a aussi prouvé qu'ils apprennent beaucoup par imitation. Mais avant l'âge de deux ans, leur perception de l'esprit des autres est encore rudimentaire.
Diane Poulin-Dubois se spécialise dans l'étude des capacités mentales des très jeunes enfants. Elle a notamment montré que ce n'est que vers le milieu de la deuxième année que nos petits prodiges comprennent que les êtres humains et les animaux - mais pas les objets inanimés - , sont dirigés vers un but et ont peut-être des intentions. Lors d'un test, par exemple, on demande à des bébés de 18 mois de regarder des scènes d'action. Lorsqu'un chat saute par dessus un mur, Sarah regarde, sans plus. Pour elle, c'est une chose normale. Mais lorsque c'est un autobus qui saute par dessus le mur, Sarah fixe la scène plus longtemps. C'est un signe que pour elle, une machine ne peut pas avoir ce comportement. Diane Poulin-Dubois se spécialise dans l'étude des capacités mentales des très jeunes enfants. Elle a notamment montré que ce n'est que vers le milieu de la deuxième année que nos petits prodiges comprennent que les êtres humains et les animaux - mais pas les objets inanimés - , sont dirigés vers un but et ont peut-être des intentions. Lors d'un test, par exemple, on demande à des bébés de 18 mois de regarder des scènes d'action. Lorsqu'un chat saute par dessus un mur, Sarah regarde, sans plus. Pour elle, c'est une chose normale. Mais lorsque c'est un autobus qui saute par dessus le mur, Sarah fixe la scène plus longtemps. C'est un signe que pour elle, une machine ne peut pas avoir ce comportement. Lors d'une autre expérience, on cherche à savoir si les enfants répondent de la même manière aux désirs exprimés par un être humain, ou bien par un objet inanimé. Ce robot est programmé pour effectuer les mêmes gestes que l'expérimentatrice. Du geste, du regard, et par les sons qu'il émet, il montre du doigt un jouet, à droite ou à gauche. Louis-Philippe, qui a 18 mois, se comporte de manière typique pour son âge. Il a tendance à suivre les indices de l'expérimentatrice, mais pas ceux du robot. Il comprend que le robot n'a pas de désirs. À 14 mois, on observe le même comportement. D'autres expériences montrent que les enfants peuvent, très tôt, dissocier leurs propres désirs de ceux des autres. « Si moi j'aime le brocoli cru, que les enfants, très jeunes, n'aiment pas habituellement - ils aiment plutôt quand je leur donne un choix de brocoli et de biscuit : ils aiment les biscuits mais pas les brocoli, explique Diane Poulin-Dubois. Mais moi si je montre que j'aime le brocoli et que je demande de donner un objet, ils vont me donner du brocoli. Déjà, le bébé de 18 mois est capable de se décentrer par rapport à sa propre subjectivité, ses propres désirs, pour comprendre que les désirs des autres, aussi étranges soient-ils, peuvent exister. Donc, il y a une réalité, mais il y a différentes façons d'approcher la même réalité. » À 18 mois, les enfants sont déjà capables de comprendre un large registre d'émotions et d'intentions provenant d'autres êtres humains. Un fait d'autant plus remarquable qu'à cet âge, ils ne possèdent pas le langage, ni la capacité de raisonner verbalement. Ce résultat est par ailleurs universel, il ne dépend pas de la société dans laquelle on observe. Près de l'Université de Toronto, se trouve un centre de recherche réputé, l'Institut d'étude de l'enfant. À la garderie, entre deux bricolages, les enfants contribuent à l'avancement des sciences. La chercheure Jodie Baird vient souvent à cet endroit pour bavarder. Jodie Baird s'intéresse à la théorie de l'esprit des enfants de trois et quatre ans. À cet âge, leur capacité de discernement des émotions et des intentions se développe rapidement. Pour vérifier cette capacité de discernement, Jodie Baird raconte une histoire dans laquelle deux enfants font la même action, soit ramasser un ballon et le ramener chez eux. Mais leurs intentions sont très différentes : l'un veut aider son frère qui a laissé traîner le ballon, tandis que l'autre subtilise le ballon qui appartient aux voisins.
Nouveau test, nouveaux sujets d'expérience… Max a trois ans, le regard brillant. Un sujet idéal! On raconte l'histoire suivante : deux enfants jouent à la balle, qu'ils rangent ensuite dans un coffre. Pendant que le petit garçon est parti, la petite fille décide de lui jouer un tour : elle cache la balle dans le panier. Où donc le petit garçon, à son retour, va-t-il chercher la balle? Pour notre garçon de trois ans au regard allumé, aucun doute : c'est dans le panier. Kaleena, elle, a quatre ans. Elle désigne le coffre d'un doigt impérieux.
Ce test réfère à ce qu'on appelle les fausses croyances. Il permet de voir si un enfant comprend que le comportement des autres peut être motivé par ce qu'ils pensent être vrai, indépendamment de ce qui est vrai. Cette compréhension ne s'installe qu'à partir de quatre ans. Elle est essentielle au développement de l'enfant. Elle lui permet de comprendre progressivement la tromperie, le mensonge et l'humour - des constructions mentales raffinées, caractéristiques de l'être humain.
Journaliste : Jean-Pierre
Rogel
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