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La maladie de la vache folle refait les manchettes La maladie de la vache folle fait à nouveau les manchettes et suscite beaucoup d'interrogations. Récemment, la France, puis l'Union européenne interdisaient l'utilisation de farines animales dans l'alimentation bovine. Par ailleurs, les consommateurs sont inquiets pour leur santé. Beaucoup de gens ont cessé de manger de la viande de bœuf. Ici, on se pose aussi des questions sur le bœuf canadien. Y a t-il un risque pour ceux qui en consomment, ou qui en ont consommé dans le passé? Nous allons tenter de répondre à ces questions et tenter de voir clair dans ce qui ressemble parfois à un déluge d'information. Tout d'abord, d'où vient la maladie de la vache folle? Pour y répondre, il faut faire un retour dans le passé.
Dans ces pays, la consommation de viande de bœuf a chuté de 20 %. Entre 1990 et 1994, plusieurs pays qui ont importé des bovins de Grande-Bretagne, dont le Canada, ont connu des cas isolés de la maladie. Réaction canadienne : on ne prend pas de risques, on abat tous les animaux qui ont été en contact avec la vache malade. Aujourd'hui, on sait que ce n'était pas une mesure extrême. Mais pour le comprendre, il faut considérer les enjeux de santé publique : le risque que cette maladie se transmette à l'homme. Au début, c'était une énigme totale. On ne savait pas ce qui causait la maladie. On n'avait isolé ni bactérie, ni virus pouvant causer les symptômes neurologiques observés. Mais on a rapidement établi une chose, l'origine de l'épidémie. C'est la contamination des bovins. Plus précisément, des suppléments de protéines, faits à base de carcasse de moutons. Depuis deux siècles, les moutons sont touchés par une maladie semblable à celle de la vache folle, la tremblante du mouton. La tremblante ne s'était jamais transmise aux bovins. On utilisait donc des carcasses de moutons en toute confiance, pour fabriquer des suppléments alimentaires pour les bovins, sous forme de moulées ou de farines. Mais en 1982, en Angleterre, on a changé la façon de fabriquer ces suppléments. Les chercheurs pensent que c'est ce qui a permis au mystérieux agent de la tremblante d' infecter les bovins. Par la suite, l'agent infectieux a été recyclé dans la chaîne alimentaire par l'utilisation des abats de bœuf dans la fabrication des mêmes suppléments. Sitôt qu'on a compris ce mécanisme, on a interdit la consommation de ces aliments. Mais c'était en 1988, et le mal était fait : beaucoup d'animaux étaient infectés.
Au début des années 1990 sont apparus en Grande-Bretagne des cas très étonnants de démence de type Creutzfeldt-Jacob. Des personnes jeunes, dans la vingtaine, étaient atteintes et décédaient rapidement. Des vaches folles, de jeunes déments : y-a- t-il un rapport entre les deux? La maladie de la vache folle se transmet-elle à l'homme, par l'ingestion de viande contaminée? C'est à l'équipe du docteur Rob Will, d'Édimbourg, qu'on a demandé d'enquêter sur cette énigme. Pour un neuropathologiste, la maladie de Creutzfeldt-Jacob et celle de la vache folle se ressemblent beaucoup. L'une est la forme humaine, l'autre la forme bovine d'une même réalité : une encéphalopathie spongiforme, ainsi appelée parce qu'au microscope, le cerveau apparaît comme une éponge. Pour les chercheurs, aucun doute : il y a plus de dépôts, mais c'est une nouvelle variante de la même maladie. « Je pense que cela a été un choc pour tout le monde dans notre pays, parce que dès le début, les chercheurs et le gouvernement avaient reconnu qu'il existait une possibilité théorique, quoique très faible, que l'agent bovin puisse infecter l'homme, précise le docteur John Pattison, professeur au University College of London. Et c'était la première preuve directe que quelque chose de neuf se passait chez l'humain, quelque chose lié à la maladie de la vache folle. » Aujourd'hui, ce lien est confirmé. En Grande-Bretagne, on a diagnostiqué 87 cas de la nouvelle variante de la maladie de Creutzfeld-Jacob, cinq en France. Déjà, plus de 50 de ces victimes sont décédées. Sans en avoir la preuve formelle, les chercheurs pensent que c'est en mangeant de la viande de bœuf infectée au prion que toutes ces personnes ont contracté la maladie.
La vache folle est donc essentiellement une histoire européenne. Cela étant dit, y a-t-il tout de même un risque au Canada? Le bœuf canadien est-il sûr? Le Canada est certifié exempt de la maladie de la vache folle, un statut sanitaire enviable par les temps qui courent. Un seul cas a été diagnostiqué, en 1993, en Alberta. C'était un animal importé de Grande-Bretagne. Par précaution, on a abattu tout le troupeau. On a ensuite établi des mesures pour protéger les bovins canadiens. Interdiction de toute importation de produits bovins en provenance de pays qui ne sont pas certifiés exempts de la maladie de la vache folle. Examen de tout animal présentant des signes suspects. Depuis l'entrée en vigueur de ces mesures, aucun autre cas n'a été enregistré. Par ailleurs, la réglementation canadienne interdit de nourrir les ruminants avec des protéines issues d'autres ruminants. On n'a jamais importé de farines carnées d'Europe. Ici, on a tendance à utiliser des protéines végétales, comme le soja. En ce qui concerne le risque de contracter la maladie de Creutzfeld-Jacob à partir de la consommation de bœuf canadien, on peut donc se rassurer. Le bœuf a toujours été indemne, sa consommation est donc sans danger. Par contre, le risque de contracter la maladie n'est pas nul pour les Canadiens qui ont voyagé en Grande-Bretagne entre 1982 et 1994, et mangé du bœuf. En Grande-Bretagne, et peut-être même en France ou dans les pays voisins. Compte tenu du long délai d'incubation, en effet, il n'est pas impossible que des cas se déclarent d'ici quelques années. Pour le moment, il n'y en a aucun. Par ses dimensions complexes, la crise de la vache folle secoue les populations comme les chercheurs. Quinze ans après le début de l'épidémie chez les bovins, on n'a toujours pas d'armes contre le dangereux prion, qui est passé à l'humain au cours de cette épidémie. On ne connaît pas les mécanismes d'infection, on ignore ses voies de passage dans de nombreuses espèces animales. Il nous pousse à être vigilants, à redéfinir nos relations avec les animaux, notamment avec les bovins, une des bases de notre alimentation. Et cela, c'est un choc considérable pour la science, comme pour toute la société. Journaliste : Jean-Pierre
Rogel Hyperliens pertinents
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