|
Le lycopène
La tomate se retrouve au palmarès des anti-oxydants après l'ail, le brocoli, le vin, ou le thé vert! Et cette vertu anti-oxydante, on la doit au lycopène. Le lycopène est le pigment qui donne à la tomate sa belle couleur rouge. Il fait partie de la famille des caroténoïdes, au même titre que le béta-carotène. Ce sont des anti-oxydants qui s'attaquent aux radicaux libres; ces derniers sont des molécules responsables en partie du vieillissement, de certaines maladies coronariennes ou de cancers. On retrouve un peu de lycopène dans d'autres fruits, comme le pamplemousse rose, ou la pastèque; mais c'est la tomate qui sort grande gagnante!
L'équipe du professeur Venket Rao de l'Université de Toronto étudie le lycopène depuis plus de cinq ans. Leurs recherches ont démontré en quoi la chaleur joue un rôle positif dans le cas du lycopène.
Le lycopène est devenu une véritable coqueluche parmi les chercheurs qui ont publié une centaine d'études sur le sujet , de par le monde. Un des aspects qui retient l'attention c'est l' effet préventif que pourrait bien avoir le lycopène sur différents cancers dont le cancer de la prostate, un des plus meurtriers chez les hommes en Amérique du Nord. Le professeur Rao et son équipe se sont penché sur cet aspect. On a entre autres comparé des hommes en bonne santé avec des hommes ayant eu un cancer de la prostate et ayant subi une prostatectomie Ronald Anger et Gordon Simpson font partie de ce dernier groupe : « J'ai un fils d'âge adulte qui est plus à risque de développer un cancer de la prostate puisque je l'ai eu. Donc j'étais très heureux de participer à une recherche qui pourrait lui profiter à lui et à d'autres aussi. »
C'est ce qui se passe chez une personne saine qui a un régime alimentaire normal. Mais, chez des personnes atteintes de cancer de la prostate, on a noté que le taux de lycopène était beaucoup plus bas que celui des personnes normales. Pour mieux comprendre, on a soumis les deux groupes à un régime quotidien de 500 ml de jus de tomates pendant quatre semaines et on a fait le constat suivant : « Nous croyons que c'est l'absorption qui se fait moins bien, nous dit le Dr Rao. Les gens atteints de cancer ne semblent pas pouvoir absorber le lycopène de façon aussi efficace que les gens en santé. On s'est alors demandé pourquoi? Est-ce une question de génétique, ou un enzyme manquant? ou encore leur mécanisme de transport qui est différent de celui des gens normaux? » Les questions sont encore nombreuses et les pistes de recherches aussi! Mais une chose est certaine, quand il est bien métabolisé, le lycopène semble être un anti-oxydant efficace. Une étude épidémiologique effectuée en 1995 par la Havard School of Public Health a sondé 48 000 hommes sur leur consommation de différents fruits et légumes. On a découvert que chez ceux qui mangeaient plus de produits à base de tomates, le risque de cancer de la prostate était diminué de 21 %.
Gordon Simpson et Ronald Anger peuvent aussi espérer. Car l'étude du professeur Rao a permis de conclure qu'avec une dose régulière de jus de tomates, leur taux de lycopène mesuré dans le sang avait malgré tout doublé et le phénomène d'oxydation avait diminué de plus de 10%. Reste à voir si le lycopène peut prévenir une récurrence du cancer chez ces patients. Nos chercheurs sont optimistes. D'ailleurs, une étude allemande affirmait en 1989 que ce caroténoïde était l'anti-oxydant le plus puissant dépassant le béta-carotène. Sanjiv Agarwal croit que c'est parce que le lycopène est un anti-oxydant liposoluble et non hydrosoluble qu'il est si efficace : « La majorité des radicaux libres fabriqués par les cellules se retrouvent dans la membrane lipidique de la cellule. Un anti-oxydant soluble dans les lipides sera beaucoup plus efficace qu'un anti-oxydant soluble dans l'eau. Donc, le lycopène est un des plus puissants anti-oxydants. »
De nombreuses autres recherches sont en cours portant sur la relation entre le lycopène et le cancer du sein, du colon, l'ostéoporose ou encore les maladies cardiaques : « Je crois que nous avons plusieurs boutons de commande sur lesquels on appuie selon les maladies; par exemple, le cholestérol en est un pour la maladie cardiaque, le taux de sucre dans le sang en est un autre pour le diabète. Pour ma part, je crois que les radicaux libres en sont un majeur qui contrôle plusieurs maladies comme le cancer, les maladies cardiaques, le diabète, l'ostéoporose. Elles sont toutes branchées sur ce bouton principal. Notre approche consiste à minimiser les dommages causés par les radicaux libres, fermer ce bouton, et peut-être pourront nous arrêter plusieurs de ces maladies. »
Journaliste : Hélène
Courchesne
|