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Ce reportage a
été rediffusé en octobre 2002 
Dans
la ville, tout peut arriver lorsqu'il fait nuit. Dans un coin sombre,
un coup de feu… qui a tiré? Après avoir retiré le corps de la victime,
l'enquêteur revient à sa base avec une simple douille. À l'autopsie, on
récupère la balle dans le corps de la victime. C'est avec cette balle,
et la douille, que l'enquête du spécialiste en balistique va commencer.
Sa mission : trouver
précisément de quelle arme, à l'exclusion de toutes les autres, provient
le projectile. Mission impossible? Pas du tout! Chaque arme possède une
signature unique, qui l'identifie de manière aussi précise qu'une empreinte
digitale. On parle d'empreinte balistique.
Lorsque
le tireur appuie sur la détente, le marteau frappe le percuteur, qui imprime
une marque à la base de la douille. En passant dans le canon, la balle
frotte contre des lignes de métal en relief sur la paroi. Ces lignes sont
conçues pour imprimer un mouvement de rotation à la balle, ce qui en augmente
la portée. Mais ces lignes laissent des rainures sur la balle. À l'éjection
de la douille, l'éjecteur laisse une autre marque caractéristique. Ce
sont ces marques - les rainures sur la balle, les traces du percuteur
et de l'éjecteur sur la douille - que recherche l'expert en balistique.
Chaque arme laisse une combinaison de marques unique, qui l'identifie
parfaitement. C'est un peu sa signature.
Au Canada, par rapport
aux États-Unis, on est relativement à l'abri des crimes par armes à feu.
Avec plus de 32 000 meurtres par balles chaque année, les Américains ont
de quoi occuper des bataillons entiers d'experts en balistique. Le Canada,
avec 20 fois moins de cas semblables, possède, disons, une petite brigade.
En tout, ils sont une quarantaine d'experts-légistes en balistique, habilités
à témoigner en cour. Jean-Paul Menard, du Laboratoire scientifico-légal
de l'Ontario, est l'un deux.
«Quand
on compare une arme à feu avec un projectile retrouvé, la première chose
qu'on regarde, c'est le calibre. Est-ce que le calibre correspond à l'arme?
Puis on regarde les lignes en relief, et les rayures du canon. Si elles
correspondent aux marques sur la balle, on peut en déduire que c'est le
même type d'arme qui a été utilisé. Alors, on va plus loin dans l'examen
des marques microscopiques. Ces marques sont laissées par les outils du
fabricant, sans qu'il les ait planifiées. On essaie de voir si elles sont
identiques à celles des balles provenant de l'arme testée.»
Le test de l'arme
récupérée sur les lieux du crime, ou saisie chez un suspect, est un élément
crucial de l'enquête. L'expert tire dans un réservoir rempli d'eau et
récupère les balles. À l'aide d'un microscope spécialement adapté, il
s'agit alors de comparer ces projectiles avec ceux trouvés sur les lieux
du crime. Si les images se superposent parfaitement au microscope, l'expert
tient l'arme du crime, il en a la preuve. Un travail minutieux, mais du
cas par cas. On compare toujours une balle à une autre, et ainsi de suite.
Mais aujourd'hui,
il y a mieux. Notre enquêteur dispose d'un atout dans sa manche pour résoudre
le mystère de la balle retrouvée dans la flaque d'eau. L'ingénieur Robert
Walsh, président de Forensic Technology à Montréal, est l'homme qui a
mis au point un atout moderne. C'est un système automatisé d'identification
balistique, appelé IBIS, de ses initiales en anglais.
«Avec
un système manuel, l'expert passe tout son temps au microscope de comparaison,
à essayer de trouver des similitudes, des appariements entre des milliers
de pièces possibles. Notre système, en quelque sorte, permet de sortir
l'épingle de la botte de foin. Il identifie les empreintes balistiques
les plus semblables entre elles, ce qui lui laisse plus de temps pour
enquêter, et témoigner en cour», explique Robert Walsh.
IBIS est entièrement
automatisé. Dans un premier temps, le système photographie les marques
caractéristiques de la balle sous toutes leurs facettes, et sous un éclairage
constant. Dans un second temps, l'ordinateur compare les données numériques
enregistrées avec toutes les empreintes balistiques qu'il a en mémoire.
En quelques secondes, il affiche une liste de correspondances possibles.
Il ne reste à l'expert qu'à vérifier au microscope s'il a un appariement
parfait.
En quelques années,
grâce à ses résultats fabuleux IBIS a conquis les forces de police dans
21 pays. Mais pas au Canada, on peut se demander pourquoi. Selon Robert
Walsh, c'est parce qu'il n'y pas ici assez de crime à l'arme à feu pour
rendre un tel système vraiment efficace. «C'est une bonne nouvelle,
pour vous et moi! Mais à terme, cependant, je crois que nous arriverons
à placer 5 ou 6 unités au Canada.»
Aux États-Unis, par
contre, les stations IBIS se vendent comme des petits pains chauds. Reliées
en réseaux régionaux, elles dévoilent tout leur potentiel. Ainsi, récemment,
plusieurs corps de police ont pu résoudre des dossiers qu'ils avaient
classés, faute de preuves balistiques. Grâce à IBIS, on a pu montrer que
les mêmes armes avaient servi dans des États différents.
Les
applications d'IBIS sont parfois étonnantes. Le Tribunal international
de La Haye, par exemple, s'est demandé si plusieurs massacres contre des
civils musulmans, perpétrés en 1991 en Croatie, étaient le fait d'un même
groupes d'assassins, ou de plusieurs groupes. Sur les lieux des massacres,
on avait récupéré quelque 3000 douilles de AK 47. Seul un système comme
IBIS pouvait en faire l'analyse comparative en un temps raisonnable. C'est
ce qu'il a fait. La réponse a été concluante, il s'agissait bien une même
bande : 16 fusils, 16 tueurs.
Un
tel système n'est pas une panacée. Il permet de gagner du temps, mais
le temps, ce n'est pas tout. «Ces outils sont utiles. Mais une machine
ne peut pas témoigner en cour, et elle n'examine pas des objets. C'est
un homme qui le fait, et l'outil ne le remplace pas», précise l'expert
Jean-Paul Menard. Devant
sa machine sophistiquée, l'expert en balistique a résolu l'énigme. Il
connaît l'arme du crime, ce qui permettra éventuellement de remonter au
meurtrier. Mais en cour, c'est sa conviction qui comptera. Son jugement
professionnel, et rien d'autre.
Journaliste : Jean-Pierre
Rogel
Réalisatrice : Hélène Naud
Adaptation pour Internet : Caroline Paulhus
Hyperliens
pertinents :
Forensic
Technology
Site officiel du projet IBIS
La
Société canadienne des sciences judiciaires
Le
Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale du Québec
Site
non-professionnel offrant plus de 150 adresses de sites touchant les méthodes
d'enquête et les empreintes de tous genres
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