La naissance
du clone d’un enfant décédé
pourrait-elle empêcher les parents de faire
leur deuil ?
Ce scénario touchant est-il de nature à accorder
les deux écoles de pensées ? Eh bien, non.
Sur le plan moral, il y a un obstacle : un principe fondamental
d’éthique, énoncé par Emmanuel
Kant il y a 250 ans. Ce principe dit qu’une personne
ne devrait jamais être utilisée uniquement
comme un moyen, mais qu’elle devrait toujours être
sa propre fin. En somme, nul ne doit être l’instrument
d’un autre.
Là-dessus, utilitaristes et kantiens sont
d’accord. Mais ce n’est pas si simple…
«
Dans le monde entier, de nombreux couples
ont des enfants dans le but de perpétuer
leurs gènes. Est-ce que cela veut dire
qu’ils traitent l’enfant comme
un instrument ?, demande John
Harris. Non. Bien des couples
veulent continuer la famille, veulent avoir
un deuxième enfant pour servir de compagnon
à un premier. Ce sont des raisons instrumentales
pour avoir des enfants. Mais personne ne dit
que cela viole le principe de dignité
humaine. Il y a toujours plusieurs bonnes
raisons d’avoir un enfant, ne serait-ce
que pour lui-même. Je ne vois pas pourquoi
ce serait différent dans le cas du
clonage humain reproductif. »
S’il ne s’agissait
que de soulager la douleur, Axel Khan
serait prêt à s’accorder
avec la morale utilitariste. Mais il voit dans
ce scénario une dimension très
troublante sur le plan psychologique, qui le
ramène au caractère irremplaçable
de l’individu.
« Faire
son deuil d’une personne aimée,
c’est savoir qu’elle est morte et
que plus jamais elle ne sera. Pour moi il y
a quelque chose qui est une trahison à
l’image du mort que d’imaginer que
je pourrais totalement transposer mon amour
à un autre être vivant. Non, il
va pouvoir continuer à vivre,mais par
le souvenir que j’en ai. C’est ça,
le vrai travail de deuil. Et remplacer ce travail
de deuil par l’illusion que l’on
va tout transposer, je trouve que ça
n’a rien à voir avec la profondeur
psychologique du travail de deuil. »
Dossier préparé en janvier 2003
D’après un reportage de Jean-Pierre Rogel (journaliste)
et Pascal Gélinas (réalisateur)
Adaptation pour Internet : Isabelle Montpetit et Karine Boucher