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Un béluga au milieu du champ
C'est en plein champ, à des centaines
de kilomètres de l'océan, qu'on a mis au jour le plus
beau fossile marin jamais retrouvé au Québec, un fossile
de béluga. L'histoire commence il y a plus de 10 000 ans,
dans ce qui est aujourd'hui le village de Saint-Félix-de-Valois,
près de Joliette. À l'époque, la région
de Lanaudière était recouverte d'une immense nappe
d'eau salée.
C'est
dans cette région que se trouvent aujourd'hui les terres
de Monique Hénault. Elle y élève des poulets
et du bétail. Pendant l'été 2001, elle y a
cependant découvert un nouveau pensionnaire : « Le
25 juillet, j'ai décidé de venir inspecter mes
fossés nouvellement creusés. Et subitement, j'ai vu
ce que j'ai pris pour un os. C'était réellement un
os, mais un os de quoi? Ici, il y avait des vaches, et l'ancien
propriétaire avait aussi des vaches. Alors c'étaient
probablement des vaches. Dans la glaise, j'ai frappé trois
grosses vertèbres de 3,5 pouces de diamètre, avec,
au même endroit, des coquillages, des fossiles. Je me suis
dit : Il faut que je trouve ce que c'est! »
Après une série d'appels téléphoniques
et beaucoup de ténacité, Mme Hénault convainc
la Société de paléontologie du Québec
de venir jeter un coup d'il. Deux semaines ont été
nécessaires pour dégager le squelette. Une partie
de la colonne vertébrale avait été arrachée
lorsqu'on a creusé le fossé. Mais après un
méticuleux tamisage de la terre, on a pu retrouver toutes
les pièces manquantes. Une fois assemblées, on a obtenu
le plus beau fossile marin jamais retrouvé au Québec.

L'archéologue Serge Lebel, de l'Université du
Québec à Montréal, a dirigé la fouille.
« C'est une découverte exceptionnelle, raconte-t-il.
Au début, lorsqu'on a commencé à dégager
le spécimen, je m'attendais à ne voir qu'une partie
de l'animal. Petit à petit, on a vu apparaître le crâne,
la colonne vertébrale, le thorax et, enfin, la nageoire.
On voit très bien les cinq doigts. »
Mais que vient faire un squelette de béluga
en plein champ, à plus de 30 kilomètres du fleuve
Saint-Laurent?
Encore aujourd'hui, on trouve de nombreux vestiges
de la mer de Champlain dans la région de Saint-Félix-de-Valois :
des traces de coquillages marins dans le sol et, à certains
endroits, de l'eau salée dans la nappe phréatique.
Mais le plus spectaculaire, ce sont les montagnes de sable que la
puissante rivière l'Assomption venait déverser sur
un ancien rivage de la mer de Champlain.
On croit que le béluga est venu s'échouer et mourir
dans ce qui était alors une petite baie remplie de vase. L'animal
a probablement été enseveli rapidement dans une épaisse couche d'argile
et de sable.
Selon
Gilbert Prichonnet, géologue à l'Université
du Québec à Montréal, ce sont des conditions
idéales de préservation : « Généralement,
les fossiles ne se conservent que s'ils sont pris dans la boue,
ou du moins dans un sédiment très fin. Ici, nous avons
ce qu'il faut : beaucoup d'argile dessous et des couches d'argile
dessus, même s'il y a aussi des couches de sable. Toute cette
argile est favorable à la conservation puisqu'elle joue le
rôle d'un imperméable. »
À la fin août 2001, on a extrait le
squelette de son lit d'argile. Chaque os a été identifié
et numéroté dans le but de faciliter le réassemblage
des pièces.
Il n'existe probablement aucune différence morphologique
entre ce vieux béluga et un béluga d'aujourd'hui. Chose certaine,
sa découverte pourrait nous permettre d'en connaître un peu plus
sur les conditions de vie à l'époque de la mer de Champlain.
Journaliste : Normand Grondin
Réalisateur : Pascal Gélinas
2001

15 $
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