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Les
liens entre la famille Khadr et Oussama Ben Laden
C'est en 1996 que les Canadiens ont entendu parler d'Ahmed Said
Khadr pour la première fois, lorsqu'il a été
arrêté au Pakistan. Il était accusé de
complicité dans un attentat terroriste dirigé contre
l'ambassade d'Égypte, à Islamabad, qui avait fait
15 morts.
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Ahmed
Said Khadr
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Selon
des sources au sein des services de renseignements américains
et canadiens, Ahmed Said Khadr était un proche
associé d'Oussama Ben Laden. Aujourd'hui, pour la première
fois, des membres de la famille Khadr admettent qu'Oussama Ben Laden
et Ahmed Said Khadr étaient de vieux amis. Ils ont combattu
ensemble en Afghanistan, dans les années 1980. L'un des fils
d'Ahmed Said Khadr, Abdurahman : « Ce
sont de vieux amis. [
] Mon père a beaucoup de respect
pour Oussama et Oussama a beaucoup de respect pour mon père. »
Près de Jalalabad, Oussama Ben Laden vivait avec ses nombreuses
épouses, ses enfants et les familles de ses amis proches,
dont la famille Khadr. Dans les années 1990, lorsqu'il a
reporté sa haine des Russes sur les Américains, il
a interdit tous les produits américains et tout confort moderne,
en sa présence. Un autre fils d'Ahmed Said Khadr, Abdullah : « Il
ne plaisante jamais, il est très réservé, très
poli. Un vrai saint. [
]Je le considère comme un homme
très pacifique. » Pour le jeune Abdurahman
Khadr, la vie austère de la famille Ben Laden était
difficile. Il avait passé du temps au Canada. Alors très
vite, il commence à faire entrer des produits américains
dans le complexe de Jalalabad en cachette. Ce qui ne manque pas
de provoquer des tensions dans ses relations avec les Ben Laden : « J'étais
le fils canadien. Notre famille n'était pas aussi rigide,
et j'aimais regarder des films, comme le font tous les enfants,
mais ça ne leur plaisait pas. »
Les
fils Khadr dans les camps d'entraînement
Tous
les jeunes garçons dans l'entourage de Ben Laden ont reçu
un entraînement militaire. Abdurahman Khadr et son frère
aîné Abdullah ont été envoyés
dans un camp en Afghanistan. Ils ont continué à s'entraîner
périodiquement pendant des années. Abdurahman : « La
première fois que j'ai reçu un entraînement
j'avais 11 ans et demi. Nous sommes allés à Khalden.
J'y ai suivi un cours sur les fusils d'assaut, sur la fabrication
d'explosifs, sur les fusils des tireurs d'élite, sur les
pistolets, et un autre cours qui comprenait tout ça. [
]
J'étais connu dans ces camps. C'est moi qui ai reçu
le plus de punitions. Je ne faisais pas mes devoirs, je m'enfuyais,
je parlais aux Afghans. On ne m'aimait pas, mais on me gardait à
cause de mon père. » L'attitude rebelle
d'Abdurahman dans les camps d'entraînement de Ben Laden commence
à irriter son père. Le père et le fils ont
des discussions de plus en plus tendues au sujet de Ben Laden.
De
nombreux jeunes gens, dans les camps d'Al-Qaïda, s'entraînaient
pour accomplir ce qui était considéré comme
la plus noble des missions : commettre des attentats suicides. Abdurahman : « À
trois reprises, mon père a essayé de me convaincre
de commettre un attentat suicide. Il m'a fait rencontrer un érudit
d'Al-Qaïda et une personne qui formait les gens à devenir
des bombes humaines. Il m'a dit tu seras la fierté de ta
famille, si tu fais ça. J'étais totalement contre.
Je veux bien me battre si quelqu'un tire sur moi. Mais je ne veux
pas me faire exploser pour tuer des gens innocents. »
La
guerre d'Al-Qaïda
Les
explosions simultanées aux ambassades américaines
du Kenya et de Tanzanie, le 7 août 1998 ont été
l'une des premières grandes opérations d'Al-Qaïda.
Abdurahman Khadr dit que lorsqu'il a vu les images vidéo
des reportages sur les attentats contre les ambassades en Afrique,
il n'a pas eu envie de célébrer.
En
2001, les proches d'Oussama Ben Laden commencent à entendre
parler d'une attaque de grande envergure qu'Al-Qaïda s'apprête
à lancer contre les Américains. Encore une fois, Abdurahman
Khadr a suivi les reportages télévisés de l'attaque
du 11 septembre dans un complexe d'Al-Qaïda, en Afghanistan.
Abdurahman : « Quand j'ai vu les images,
tout le monde autour de moi souriait, riait, mais moi, je regardais,
en silence. [
]. Mon père m'a dit : "Qu'est-ce
que tu as?". J'ai dit : "Je ne sais pas, mais
ce n'est pas bien. Et ça va nous causer beaucoup d'ennuis".
Il m'a dit : "Et alors, on a touché l'Amérique".
J'ai dit : "Oui, mais on a touché tant de
gens qui étaient dans cet immeuble qui n'étaient pas
concernés". "Oui, mais ils paient des impôts
et avec les impôts on achète des fusils et avec les
fusils on tue des musulmans. On a perturbé l'économie
américaine et on a fait des dégâts" Je
n'arrivais simplement pas à comprendre. »
Après
l'attentat aux États-Unis, au moment où la famille
Khadr s'apprêtait à aller se cacher dans les collines,
Abdurahman décide qu'il va essayer d'échapper à
sa famille et de revenir au Canada.
Abdurahman
entre les mains de la CIA
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Abdurahman,
lors d'une arrestation à Kaboul.
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Deux
mois après l'attaque du World Trade Center, en 2001, Abdurahman
était de retour à Kaboul, en Afghanistan. Il a échoué
dans une prison afghane, et six semaines plus tard, on le remettait
aux forces américaines. Abdurahman accepte alors de coopérer
avec les Américains : « Ils m'ont
demandé si je voulais travailler pour eux, si je voulais
partir sur les lignes de front avec leurs troupes en Afghanistan,
leur dire qui étaient les gens que nous allions capturer.
C'était la première fois que je me trouvais dans ce
genre de situations et j'avais peur de la prison, alors je leur
ai dit : "Je suis prêt à faire n'importe
quoi." » Abdurahman dit qu'il a vécu
neuf mois dans une maison secrète de la CIA près de
l'ambassade des États-Unis à Kaboul. Un jour, on lui
a dit qu'il allait rencontrer des policiers qui disaient venir de
Toronto et d'Ottawa. Abdurahman : « Ils
m'ont interrogé au sujet de mon père, de ses liens
avec Al-Qaïda, de ma famille au Canada. [
] Ils m'ont
dit : "Vous avez été très coopératif.
Nous pensons que nous pouvons vous faire confiance. Nous allons
retourner au Canada et dès notre arrivée, nous ferons
notre possible pour vous y ramener. » Pendant
un an et demi, Abdurahman n'entendra plus parler des Canadiens.
Au
cours de l'été 2002, il dit avoir reçu une
offre financière de la CIA : « Ils
m'ont apporté un document. Ils ont dit : " Voilà
une prime de 5000 $ parce que vous avez été très
coopératif, et à partir de maintenant, si vous travaillez
avec nous, si vous répondez simplement à nos questions,
nous vous donnerons 3000 $ par mois, jusqu'à ce que
vous cessiez de travailler pour nous. »
Le
séjour d'Abdurahman à Guantanamo
Abdurahman
raconte que la CIA lui a demandé d'aller au camp de la base
navale américaine de Guantanomo, à Cuba. Il explique
qu'on lui demande de se mêler aux autres détenus et
de récolter de l'information. Abdurahman accepte. Il dit
qu'on l'avait prévenu qu'il serait traité comme tous
les autres prisonniers, pour ne pas éveiller de soupçons.
Abdurahman passe ses premiers mois à Guantanamo en isolement
total. Abdurahman : « En m'envoyant à
Cuba, ils espéraient me mettre avec quelqu'un de têtu
pour que je le fasse parler. Ce n'est pas si simple, tout d'abord
parce qu'à Cuba, les gens ne se parlent pas, tout le monde
craint son voisin. »
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Guantanamo
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Abdurahman
dit que vers le milieu de 2003, la CIA a réalisé que
son plan à Guantanamo ne fonctionnait pas très bien.
Elle accepte alors de le retirer de la population carcérale
et de le transférer dans des quartiers plus luxueux. Il leur
a dit [aux agents de la CIA et aux militaires] que l'armée
américaine avait fait une énorme erreur en offrant
d'importantes sommes d'argent pour la capture de présumés
membres d'Al-Qaïda, lorsqu'ils étaient arrivés
en Afghanistan : « Seulement 10 %
d'entre eux sont vraiment dangereux et devraient être là.
Les autres n'ont pas à y être, ils ne comprennent même
pas ce qu'ils font là. »
En
septembre dernier, dit-il, la CIA lui a fait suivre un cours de
formation en travail d'infiltration, donné par l'un des entraîneurs
les plus chevronnés de la CIA.
Sa
mission en Bosnie
Ensuite
on lui a dit que sa prochaine étape serait la Bosnie, dans
l'ancienne Yougoslavie. Il dit que la CIA lui a procuré un
faux passeport. Il se rend à Sarajevo dans un petit avion
à réaction de la CIA. La Bosnie a la réputation,
dans le milieu du renseignement, d'être un important centre
d'activités du réseau Al-Qaïda. Abdurahman dit
que la CIA lui a demandé de se fondre parmi les musulmans
à Sarajevo.
Abdurahman
dit que la CIA lui a demandé d'aller dans l'une des plus
grandes mosquées à Sarajevo, la mosquée du
Roi Fahd, connue pour être une véritable ruche d'activités
d'Al-Qaïda. Il s'est lié d'amitié avec un homme
soupçonné d'être un recruteur pour les opérations
d'Al-Qaïda en Irak : « Je leur ai
donné son nom et ils m'ont dit : "C'est un
très bon contact". Ils étaient très contents.
Ils m'ont dit : "Reste en rapport avec lui mais vas-y
doucement. Et quand le moment sera venu, dans une semaine ou deux,
dis-lui que tu veux aller en Irak, que tu as changé d'avis,
que tu ne veux plus aller au Canada, mais en Irak". »
Abdurahman croit que si les gens d'Al-Qaïda l'avaient découvert,
ils l'auraient tué.
Abdurahman
était en Bosnie, lorsqu'il a appris l'attaque militaire au
Pakistan qui a tué son père. Il dit qu'il en voulait
depuis longtemps à son père d'avoir entraîné
toute la famille dans le monde d'Al-Qaïda. Abdurahman : « C'était
mon père, je l'aime et je l'aimerai toujours. Mais je n'étais
pas d'accord avec ce qu'il a fait. J'avais subi tellement d'épreuves
que lorsqu'ils m'ont annoncé la nouvelle, je n'ai même
pas réagi, je n'ai ressenti aucune émotion. »
Le
retour au Canada
Après
sa première semaine en Bosnie, Abdurahman dit que la CIA
lui a demandé de se porter volontaire pour aller en Irak
avec les forces d'Al-Qaïda pour pouvoir transmettre de l'information
à l'armée américaine. Abdurahman décide
alors que ç'est assez, il appelle sa grand-mère à
Toronto, et lui dit qu'il veut désespérément
revenir au Canada. Il lui demande de dire aux médias canadiens
que le gouvernement canadien ne veut pas l'aider. Devant cela, les
Américains, dit-il, ont accepté de le laisser retourner
au Canada, et il a promis qu'il ne révélerait à
personne sa relation avec la CIA. Quelques jours après son
retour au Canada, en novembre, il donne une conférence de
presse, et ment sur ce qui s'est passé après sa libération
de Guantanamo. Il dit qu'il s'en est tenu à ce que la CIA
lui avait ordonné de dire.
Dans
le reportage, le journaliste de CBC met en doute la véracité
du présent témoignage, compte tenu du fait qu'il a
déjà menti. Abdurahman : « C'est
pourtant la vérité. Je ne pourrais pas inventer une
histoire aussi compliquée et aussi complexe. Pourquoi est-ce
que j'inventerais une histoire pareille, qui va mettre à
mes trousses une dizaine ou une vingtaine de personnes d'Al-Qaïda?
Je n'invente rien. C'est la vérité. »
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Abdurahman,
soumis au détecteur de mensonges.
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Abdurahman
avait indiqué qu'il avait été soumis au détecteur
de mensonges par la CIA à deux reprises. L'équipe
de CBC lui a demandé de subir une autre série de tests
pour prouver qu'il dit la vérité à présent,
et il a accepté immédiatement. Pour tous les aspects
importants du récit présenté dans ce reportage,
il a réussi le test. L'équipe de CBC a également
corroboré d'autres passages de son récit par d'autres
moyens.
Abdurahman
fait maintenant du travail bénévole dans la mosquée
de son quartier, et il cherche du travail. Il espère être
accepté par la communauté musulmane ici, mais il s'inquiète
de la réaction de sa propre famille en particulier : « Ils
vont m'en vouloir. Ma mère, surtout, m'en voudra d'avoir
fait ça. [
] Elle dira "Tu nous as abandonnés.
Tu as trahi ton père. Tu as trahi ton peuple. Tu as raconté
toute cette histoire, tu as travaillé avec la CIA". »
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L'émission
Zone Libre est diffusée sur les ondes
de Radio-Canada le vendredi à 21 h. L'émission
est aussi rediffusée intégralement sur les ondes
de RDI le dimanche à 20 h et le lundi à
1 h.
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