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Mike
Parsons, un Californien de 37 ans, figure au panthéon des
meilleurs surfeurs professionnels de la planète. Mais une
chose le distingue des autres: Mike a la folie des grandeurs, il
veut surfer les plus grosses vagues du monde. Tout a commencé
sur une plage d'Hawaii, lorsqu'il était adolescent : « C'est
ici que j'ai appris quelle était la vraie puissance de l'océan.
Le sud de la Californie ne reçoit que des vagues de deux
mètres alors qu'ici, à Sunset Beach, ce sont des vagues
de quatre mètres. C'est deux fois plus gros qu'à la
maison. »
Sunset
Beach est une des plages de la légendaire baie de Waimea,
la capitale mondiale du surf. C'est le repaire d'une jeunesse hédoniste,
qui refuse de grandir. Jusqu'à tout récemment, on
y surfait les plus grosses vagues au monde. Mais vous allez voir
à quel point les choses ont changé.
Le
surf-spectacle
Le
surfeur professionnel Didier Piter arrive tout juste de France.
Il est à Hawaii pour se mesurer aux meilleurs surfeurs du
monde. Il est invité à l'une des plus prestigieuses
compétitions du circuit professionnel: le Pipeline Masters.
Oubliez le surf zen, on est à l'ère du surf-spectacle
avec des vedettes bien payées qui s'affrontent devant les
caméras des grands réseaux. Ils doivent rivaliser
de prouesses pour impressionner les juges et gagner des points.
Gagner
cette compétition a longtemps été le couronnement
d'une carrière de surf. Didier a fait la demi-finale des
qualifications. En principe, ce serait suffisant mais une nouvelle
génération de surfeur veut monter la barre encore
plus haut. Didier veut suivre les traces de surfeurs, comme Mike
Parsons, qui s'attaquent maintenant à des vagues qu'on croyait
impossibles à surfer. C'est l'arrivée de la motomarine
qui a tout changé. Mike peut maintenant surfer des vagues
de plus de 10 mètres. Mike Parsons : « C'est
comme du ski nautique. Le surfeur est tiré par la motomarine
sur la vague. On atteint 50 kilomètres à l'heure lorsqu'on
lâche la corde. Il est physiquement impossible de s'approcher
à la nage des vagues que nous surfons maintenant. »
Le
surf tracté par motomarine est une affaire de couple. De
tous ceux qu'il aurait pu choisir, Mike est allé cherché
celui qu'il détestait le plus sur le circuit professionnel.
Il s'est réconcilié avec son ennemi numéro
un, Brad Gerlach.
À
la rencontre des vagues monstres
Les
vagues géantes sont très rares, on les retrouve surtout
dans le Pacifique. Mike et Brad font partie d'une équipe
qui en cherche de nouvelles, tout ça bien sûr devant
des caméras de cinéma. Ces vagues géantes font
habituellement de 12 à 15 mètres mais l'objectif suprême
est de surfer sur une vague de 30 mètres. Du jamais vu.
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Brad
Gerlach
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En
novembre 2002, l'Odyssée Billabong a mis le cap sur l'île
de Maui à Hawaii où se trouve Jaws, une des vagues
les plus impressionnantes au monde. C'est là où le
surf tracté est né. Traînés par leur
partenaires derrière la vague, ces athlètes sont largués
à 50 kilomètres à l'heure sur ce qui se transforme
en un colossal mur d'eau de quatre étages. Brad Gerlach : « Surfer
ces vagues, c'est comme être pourchassé par un monstre.
Dans de nombreux contes de fée et bandes dessinées,
on doit s'approcher du dragon et ne pas se faire tuer. »
Même
s'ils sont des professionnels bien entraînés, les surfeurs
Mike Parsons et Brad Gerlach sont nerveux. C'est leur première
rencontre avec Jaws, la vague géante hawaïenne. Mike
Parsons : « Toute l'énergie et
la puissance de Jaws se concentrent en un point bien précis.
C'est pourquoi elle est si dangereuse. »
Dans
les hélicoptères et sur l'eau, des équipes
de photographes de l'Odyssée Billabong filment en espérant
capter la plus grosse vague au monde, peut-être même
la mythique vague de 30 mètres. Aujourd'hui, les conditions
sont exceptionnelles à Jaws. Les vagues géantes se
succèdent les unes après les autres. Pourtant, une
toute petite erreur et tout peut balancer dans le cauchemar. Brad
Gerlach a lâché sa corde un peu trop tôt :« Je
n'allais pas assez vite. J'ai dû aller en ligne droite et
je ne pouvais plus rien faire. Je l'avais cherché. »
Mike Parsons : « C'est comme si l'océan
entier vous tombe dessus comme une grosse bétonnière
qui vous balance tout son chargement. Parfois, vous n'avez que cinq
secondes pour le saisir, le tirer sur le traîneau et fuir
avant la prochaine vague. » Mais les premières
tentatives de secours échouent, Brad doit encaisser plusieurs
vagues avant de sortir de l'enfer. En fin de journée, il
n'y a aucun blessé, mais la quincaillerie en a pris un coup.
De retour à la maison, Brad et Mike surfent mais sur le web
cette fois pour traquer les prochaines tempêtes. La planète
est leur terrain de jeu. A la moindre tempête, ils appellent
leur chef, Bill Sharp, pour savoir s'ils doivent préparer
leurs bagages. Bill Sharp, d'Odyssée Billabong : « Nous
avons habituellement 48 heures pour tout mettre en branle. L'hiver
dernier, il y avait une tempête dans l'Atlantique, et nous
avons décidé de partir pour la France. En moins de
48 heures, toute l'équipe était là-bas, prête
à surfer en Espagne et en France. Nous avons glissé
sur les plus grosses vagues jamais surfées en Europe. »
Janvier
2003, retour au Pacifique. D'énormes vagues se dirigent vers
la côte ouest américaine. L'Odyssée Billabong
met le cap sur Maverick's, une vague géante située
entre San Francisco et Santa Cruz. Cette vague est terrifiante:
elle a tué un des meilleurs surfeurs du monde en 1994. C'est
aussi la chasse gardée d'un groupe rebelle qui participe
à l'Odyssée. Ce sont les purs et durs de Santa Cruz.
Machos, fêtards, sans gêne, ils sont redoutables et
fiers d'afficher les pires clichés de l'univers du surf.
Ils adorent prendre des risques pour épater la galerie. Leur
sang-froid semble friser l'inconscience.
Le
syndrome de Peter Pan
Mais
ce sont aussi des virtuoses de la planche, des professionnels qui
ont fait leurs classes. S'ils n'ont pas peur de défier l'océan,
ces gars sont terrorisés à l'idée de devoir
un jour travailler de neuf à cinq. Par leurs prouesses, ils
attirent l'attention des commanditaires et continuent à vivre
leur rêve de jeunesse. Ken Collins : « On
est si jeunes. On est tous dans la trentaine et on rit comme si
on avait 16 ans. C'est un état d'esprit. Des fois je vais
à l'eau en me disant : "Dans quoi me suis-je
embarqué?". Puis je regarde la vague et je ressens le
besoin de la surfer. » Darryl Virotsko : « Nous
sommes chanceux de faire ce que nous aimons, sans horaire fixe.
Quand nous étions à l'école, nous n'aurions
jamais imaginé que ce serait possible. »
Bill Sharp : « C'est totalement le syndrome
de Peter Pan. Personne ne veut grandir et bien sûr, personne
ne veut aller se chercher un véritable emploi. Mais la plupart
des participants sont dans la fin de la trentaine, début
de la quarantaine. Ils sont assez matures pour savoir que c'est
aussi un travail qui requiert un certain nombre de choses. Il faut
toujours être prêt à partir. »
La
vague de 20 mètres
Ils
étaient fin prêts pour leur plus fabuleuse expédition
jusqu'à ce jour. A 160 kilomètres au large de San
Diego se trouve une montagne sous-marine, le banc de Cortez, que
personne n'avait osé affronter en surf tracté auparavant.
Cette expédition, c'est la marotte de Bill Sharp. En étudiant
ses cartes marines, il a découvert des hauts-fonds, l'Atlantide
du surf extrême
Bill
Sharp a attendu plus d'un an avant d'obtenir la combinaison grosses
vagues et beau temps. Puis en janvier 2001, l'expédition
part à l'aventure. Et le voyage de 12 heures n'est pas de
tout repos. Au milieu de la nuit, quelque chose de stupéfiant
apparaît sur le radar. Des vagues. Mike Parsons : « Je
crois que c'était la toute première fois qu'on pouvait
voir des vagues sur le radar tellement elles étaient grosses. »
Puis à l'aube, le bateau atteint sa destination.
Devant eux, apparaît le fameux banc de Cortez. Aucun point
de repère, juste l'océan à perte de vue. Il
n'y a aucun signe de vie aux alentours, à part le rare porte-avions.
Et des requins. Mike Parsons : « Les
requins me terrifient. C'est une des choses qui me préoccupe
tout le temps. C'est là, derrière la tête. En
sautant dans l'eau, parfois, on a cette mauvaise impression et on
veut en sortir au plus vite et surfer une vague. »
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Mike
Parsons et la fameuse vague de 20 mètres.
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Les
surfeurs commencent à explorer leur nouvel environnement,
entouré par des vagues géantes qui foncent à
une vitesse vertigineuse. Brad saisit la première vague de
la journée : « C'était
l'inconnu. Ça allait tellement vite. J'avais jamais surfé
aussi vite. » Puis Brad offre à Mike de
prendre sa place. Presque aussitôt, une vague énorme
apparaît à l'horizon. Mike : « J'ai
dit : "Oui je la veux maintenant ". On a décollé,
j'ai tiré sur la corde puis me suis laissé glisser.
Je savais que c'était la plus grosse vague de ma vie. J'arrivais
à peine à maintenir le contrôle et à
me tenir sur cette vague. Je la sentais soufflant derrière
mon cou. Le tout à duré une quinzaine de secondes
mais ce sont les 15 secondes les plus excitantes de ma carrière. »
Estimée
à 20 mètres, l'équivalent d'un édifice
de 7 étages, cette vague est la plus grosse vague jamais
surfée et prise en photo. Mike Parsons a récolté
60 000 $ américains pour cet exploit. Et il est
entré dans la légende. Bill Sharp : « Je
crois que ça a changé la perception du surf de grosses
vagues. Ils ne sont pas qu'une bande de cinglés. Ce sont
des athlètes aventuriers qui savent calculer le risque. Ce
fut un point tournant. »
En
attendant de trouver un jour la vague de 30 mètres, ils profitent
de leur nouvelle célébrité auprès des
grands médias américains. Ce n'est pas tout à
fait l'Everest d'Edmund Hillary, mais ces athlètes aussi
ont démontré qu'avec une dose de courage, de détermination
et un brin de folie, l'humain peut braver les plus grandes forces
de la nature. Pas si mal pour une bande de flâneurs bronzés
qui refusent encore de grandir.
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L'émission
Zone Libre est diffusée sur les ondes
de Radio-Canada le vendredi à 21 h.
Elle
sera présentée en rediffusion dans le cadre
de l'émission Place publique, le jeudi
à 12 h 30, et sera alors enrichie par des
commentaires et des discussions en direct. En outre, on répondra
à des questions des téléspectateurs soulevées
par l'émission.
L'émission
est aussi rediffusée intégralement sur les ondes
de RDI le dimanche à 20 h et le lundi à
1 h.
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