.   Adaptation pour Internet : Danielle Beaudoin

Émission du 30 janvier 2004

LES FOUS DU SURF

Au large de la Californie et à Hawaii, une nouvelle génération d'aventuriers recherche les plus grosses vagues de l'océan pour faire du surf! Propulsés par des moto1marines, ces athlètes exceptionnels s'attaquent à des vagues colossales, qui peuvent les écraser à tout moment. Ils repoussent sans cesse les limites, à la recherche de sensations fortes et de la gloire, au péril de leur vie.

Journaliste : Frédéric Zalac
Réalisateur : 
Martin Cadotte


POUR VISIONNER
LE REPORTAGE

Première partie

Deuxième partie



Mike Parsons

Mike Parsons, un Californien de 37 ans, figure au panthéon des meilleurs surfeurs professionnels de la planète. Mais une chose le distingue des autres: Mike a la folie des grandeurs, il veut surfer les plus grosses vagues du monde. Tout a commencé sur une plage d'Hawaii, lorsqu'il était adolescent : « C'est ici que j'ai appris quelle était la vraie puissance de l'océan. Le sud de la Californie ne reçoit que des vagues de deux mètres alors qu'ici, à Sunset Beach, ce sont des vagues de quatre mètres. C'est deux fois plus gros qu'à la maison. »

Sunset Beach est une des plages de la légendaire baie de Waimea, la capitale mondiale du surf. C'est le repaire d'une jeunesse hédoniste, qui refuse de grandir. Jusqu'à tout récemment, on y surfait les plus grosses vagues au monde. Mais vous allez voir à quel point les choses ont changé.

Le surf-spectacle

Le surfeur professionnel Didier Piter arrive tout juste de France. Il est à Hawaii pour se mesurer aux meilleurs surfeurs du monde. Il est invité à l'une des plus prestigieuses compétitions du circuit professionnel: le Pipeline Masters. Oubliez le surf zen, on est à l'ère du surf-spectacle avec des vedettes bien payées qui s'affrontent devant les caméras des grands réseaux. Ils doivent rivaliser de prouesses pour impressionner les juges et gagner des points.

Gagner cette compétition a longtemps été le couronnement d'une carrière de surf. Didier a fait la demi-finale des qualifications. En principe, ce serait suffisant mais une nouvelle génération de surfeur veut monter la barre encore plus haut. Didier veut suivre les traces de surfeurs, comme Mike Parsons, qui s'attaquent maintenant à des vagues qu'on croyait impossibles à surfer. C'est l'arrivée de la motomarine qui a tout changé. Mike peut maintenant surfer des vagues de plus de 10 mètres. Mike Parsons : « C'est comme du ski nautique. Le surfeur est tiré par la motomarine sur la vague. On atteint 50 kilomètres à l'heure lorsqu'on lâche la corde. Il est physiquement impossible de s'approcher à la nage des vagues que nous surfons maintenant. »

Le surf tracté par motomarine est une affaire de couple. De tous ceux qu'il aurait pu choisir, Mike est allé cherché celui qu'il détestait le plus sur le circuit professionnel. Il s'est réconcilié avec son ennemi numéro un, Brad Gerlach.

À la rencontre des vagues monstres

Les vagues géantes sont très rares, on les retrouve surtout dans le Pacifique. Mike et Brad font partie d'une équipe qui en cherche de nouvelles, tout ça bien sûr devant des caméras de cinéma. Ces vagues géantes font habituellement de 12 à 15 mètres mais l'objectif suprême est de surfer sur une vague de 30 mètres. Du jamais vu.

Brad Gerlach

En novembre 2002, l'Odyssée Billabong a mis le cap sur l'île de Maui à Hawaii où se trouve Jaws, une des vagues les plus impressionnantes au monde. C'est là où le surf tracté est né. Traînés par leur partenaires derrière la vague, ces athlètes sont largués à 50 kilomètres à l'heure sur ce qui se transforme en un colossal mur d'eau de quatre étages. Brad Gerlach : « Surfer ces vagues, c'est comme être pourchassé par un monstre. Dans de nombreux contes de fée et bandes dessinées, on doit s'approcher du dragon et ne pas se faire tuer. »

Même s'ils sont des professionnels bien entraînés, les surfeurs Mike Parsons et Brad Gerlach sont nerveux. C'est leur première rencontre avec Jaws, la vague géante hawaïenne. Mike Parsons : « Toute l'énergie et la puissance de Jaws se concentrent en un point bien précis. C'est pourquoi elle est si dangereuse. »

Dans les hélicoptères et sur l'eau, des équipes de photographes de l'Odyssée Billabong filment en espérant capter la plus grosse vague au monde, peut-être même la mythique vague de 30 mètres. Aujourd'hui, les conditions sont exceptionnelles à Jaws. Les vagues géantes se succèdent les unes après les autres. Pourtant, une toute petite erreur et tout peut balancer dans le cauchemar. Brad Gerlach a lâché sa corde un peu trop tôt :« Je n'allais pas assez vite. J'ai dû aller en ligne droite et je ne pouvais plus rien faire. Je l'avais cherché. » Mike Parsons : « C'est comme si l'océan entier vous tombe dessus comme une grosse bétonnière qui vous balance tout son chargement. Parfois, vous n'avez que cinq secondes pour le saisir, le tirer sur le traîneau et fuir avant la prochaine vague. » Mais les premières tentatives de secours échouent, Brad doit encaisser plusieurs vagues avant de sortir de l'enfer. En fin de journée, il n'y a aucun blessé, mais la quincaillerie en a pris un coup.

De retour à la maison, Brad et Mike surfent mais sur le web cette fois pour traquer les prochaines tempêtes. La planète est leur terrain de jeu. A la moindre tempête, ils appellent leur chef, Bill Sharp, pour savoir s'ils doivent préparer leurs bagages. Bill Sharp, d'Odyssée Billabong : « Nous avons habituellement 48 heures pour tout mettre en branle. L'hiver dernier, il y avait une tempête dans l'Atlantique, et nous avons décidé de partir pour la France. En moins de 48 heures, toute l'équipe était là-bas, prête à surfer en Espagne et en France. Nous avons glissé sur les plus grosses vagues jamais surfées en Europe. »

Janvier 2003, retour au Pacifique. D'énormes vagues se dirigent vers la côte ouest américaine. L'Odyssée Billabong met le cap sur Maverick's, une vague géante située entre San Francisco et Santa Cruz. Cette vague est terrifiante: elle a tué un des meilleurs surfeurs du monde en 1994. C'est aussi la chasse gardée d'un groupe rebelle qui participe à l'Odyssée. Ce sont les purs et durs de Santa Cruz. Machos, fêtards, sans gêne, ils sont redoutables et fiers d'afficher les pires clichés de l'univers du surf. Ils adorent prendre des risques pour épater la galerie. Leur sang-froid semble friser l'inconscience.

Le syndrome de Peter Pan

Bill Sharp

Mais ce sont aussi des virtuoses de la planche, des professionnels qui ont fait leurs classes. S'ils n'ont pas peur de défier l'océan, ces gars sont terrorisés à l'idée de devoir un jour travailler de neuf à cinq. Par leurs prouesses, ils attirent l'attention des commanditaires et continuent à vivre leur rêve de jeunesse. Ken Collins : « On est si jeunes. On est tous dans la trentaine et on rit comme si on avait 16 ans. C'est un état d'esprit. Des fois je vais à l'eau en me disant : "Dans quoi me suis-je embarqué?". Puis je regarde la vague et je ressens le besoin de la surfer. » Darryl Virotsko : « Nous sommes chanceux de faire ce que nous aimons, sans horaire fixe. Quand nous étions à l'école, nous n'aurions jamais imaginé que ce serait possible. » Bill Sharp : « C'est totalement le syndrome de Peter Pan. Personne ne veut grandir et bien sûr, personne ne veut aller se chercher un véritable emploi. Mais la plupart des participants sont dans la fin de la trentaine, début de la quarantaine. Ils sont assez matures pour savoir que c'est aussi un travail qui requiert un certain nombre de choses. Il faut toujours être prêt à partir. »

La vague de 20 mètres

Ils étaient fin prêts pour leur plus fabuleuse expédition jusqu'à ce jour. A 160 kilomètres au large de San Diego se trouve une montagne sous-marine, le banc de Cortez, que personne n'avait osé affronter en surf tracté auparavant. Cette expédition, c'est la marotte de Bill Sharp. En étudiant ses cartes marines, il a découvert des hauts-fonds, l'Atlantide du surf extrême

Bill Sharp a attendu plus d'un an avant d'obtenir la combinaison grosses vagues et beau temps. Puis en janvier 2001, l'expédition part à l'aventure. Et le voyage de 12 heures n'est pas de tout repos. Au milieu de la nuit, quelque chose de stupéfiant apparaît sur le radar. Des vagues. Mike Parsons : « Je crois que c'était la toute première fois qu'on pouvait voir des vagues sur le radar tellement elles étaient grosses. » Puis à l'aube, le bateau atteint sa destination. Devant eux, apparaît le fameux banc de Cortez. Aucun point de repère, juste l'océan à perte de vue. Il n'y a aucun signe de vie aux alentours, à part le rare porte-avions. Et des requins. Mike Parsons : « Les requins me terrifient. C'est une des choses qui me préoccupe tout le temps. C'est là, derrière la tête. En sautant dans l'eau, parfois, on a cette mauvaise impression et on veut en sortir au plus vite et surfer une vague. »

Mike Parsons et la fameuse vague de 20 mètres.

Les surfeurs commencent à explorer leur nouvel environnement, entouré par des vagues géantes qui foncent à une vitesse vertigineuse. Brad saisit la première vague de la journée : « C'était l'inconnu. Ça allait tellement vite. J'avais jamais surfé aussi vite. » Puis Brad offre à Mike de prendre sa place. Presque aussitôt, une vague énorme apparaît à l'horizon. Mike : « J'ai dit : "Oui je la veux maintenant ". On a décollé, j'ai tiré sur la corde puis me suis laissé glisser. Je savais que c'était la plus grosse vague de ma vie. J'arrivais à peine à maintenir le contrôle et à me tenir sur cette vague. Je la sentais soufflant derrière mon cou. Le tout à duré une quinzaine de secondes mais ce sont les 15 secondes les plus excitantes de ma carrière. »

Estimée à 20 mètres, l'équivalent d'un édifice de 7 étages, cette vague est la plus grosse vague jamais surfée et prise en photo. Mike Parsons a récolté 60 000 $ américains pour cet exploit. Et il est entré dans la légende. Bill Sharp : « Je crois que ça a changé la perception du surf de grosses vagues. Ils ne sont pas qu'une bande de cinglés. Ce sont des athlètes aventuriers qui savent calculer le risque. Ce fut un point tournant. »

En attendant de trouver un jour la vague de 30 mètres, ils profitent de leur nouvelle célébrité auprès des grands médias américains. Ce n'est pas tout à fait l'Everest d'Edmund Hillary, mais ces athlètes aussi ont démontré qu'avec une dose de courage, de détermination et un brin de folie, l'humain peut braver les plus grandes forces de la nature. Pas si mal pour une bande de flâneurs bronzés qui refusent encore de grandir.



L'émission Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada le vendredi à 21 h.

Elle sera présentée en rediffusion dans le cadre de l'émission Place publique, le jeudi à 12 h 30, et sera alors enrichie par des commentaires et des discussions en direct. En outre, on répondra à des questions des téléspectateurs soulevées par l'émission.

L'émission est aussi rediffusée intégralement sur les ondes de RDI le dimanche à 20 h et le lundi à 1 h.

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