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Garder un homme en prison coûte cher : en moyenne, 80 000 $
par année. Les détenus âgés coûtent
encore plus cher. Or, le nombre de vieux prisonniers a doublé
en moins de 10 ans. Et il continue de s'accroître. Ces hommes
ont à la fois peur de sortir de prison et peur d'y rester
et d'y mourir. Zone
libre a recueilli les témoignages de cinq hommes condamnés
à la prison à vie.
Leurs propos vont vous étonner.
Alcide,
le doyen de la prison
Alcide,
à 66 ans, est le doyen de ce pénitencier à
sécurité moyenne. On l'a emprisonné à
perpétuité pour avoir commis un meurtre. Il raconte
qu'il ne serait plus capable de faire les mêmes crimes, qu'il
n'en aurait plus les « capacités physiques ou
morales ». Alcide aura 80 ans lorsqu'il sera, peut-être,
libéré sous condition : « J'essaie
de ne pas trop penser loin. Je vais mourir en dedans, ça
ne serait pas bon. »
Une
sentence d'emprisonnement à perpétuité, sans
libération conditionnelle avant 25 ans, condamne les détenus
à vieillir en prison. Garder Alcide en prison jusqu'à
80 ans va coûter, par exemple, plus de 2 millions de dollars.
Il n'est pas le seul. Avec 3700 délinquants âgés
qui vieillissent, les prisons vont devoir se transformer en véritables
hospices!
René
veut mourir en prison
René
veut mourir en prison, où il a passé 38 ans de sa
vie sans une seule visite. Il a été condamné
pour meurtre et pour avoir dévalisé une dizaine de
banques. Maintenant, le roi du hold-up dépend de l'aide d'autres
détenus. Il est en mauvaise santé. Il a eu un pontage,
et ses artères sont bloquées à 90 %. L'homme
en fauteuil roulant n'a que 55 ans. Il a vieilli prématurément.
Il n'a pas de femme, pas d'amis hors de ces murs. Son chez-soi,
c'est la prison. Sa famille, les hommes qui purgent une sentence
à vie, comme lui.
René purge deux sentences à vie pour avoir tué
ses parents. Il avait 18 ans : « Moi,
j'ai tué mes parents. Je n'aurais pas dû faire ça.
Quand c'est fait, c'est fait. Je me suis organisé pour effacer
dans mes pensées cette chose-là. Je ne regrette pas.
Au début, je ne pensais qu'à m'évader. Je me
suis évadé de chacune des institutions. Je n'acceptais
pas d'être enfermé. »
Ce
discours lui garantit une place à vie en prison, car pour
obtenir une libération conditionnelle, il faut suivre certaines
règles, exprimer du remords, par exemple. René le
sait bien, lui qui a été mis en liberté sous
condition en 1992, après 25 ans de prison. Une liberté
qui ne va durer que quelques mois, et pendant laquelle il se fera
une réputation de dur. Avec un complice, il a braqué
18 banques.
René : « Je n'ai rien à
l'extérieur et je retournerais à la criminalité.
Je ne mangerais pas tous les jours, je n'aurais pas le super écran.
Je ne veux plus sortir. C'est comme chez moi. »
Pourquoi
sortir, effectivement? En prison, les soins de santé et les
médicaments sont fournis. Et il n'y a pas de liste d'attente.
Dehors, il devrait se chercher un logement, un travail, un médecin.
René a compris que pour lui, la vie en prison est plus facile
qu'en liberté.
| Plus
de la moitié des vieux détenus ne veulent plus
sortir de prison, bien qu'ils soient admissibles à une
libération conditionnelle. |
Jacques
le pâtissier rêve de sortir de prison
Jacques
purge une sentence d'emprisonnement à vie pour meurtre. Il
a fait 26 ans de prison d'un trait. Il a aujourd'hui 50 ans, et
il veut sortir de prison. Mais plus l'emprisonnement est long, plus
il est difficile de convaincre les autorités carcérales
qu'un détenu peut s'adapter à la vie hors des murs.
Jacques : « Je veux faire mes preuves
dehors. La vie de prison, je suis écoeuré, tanné,
ce n'est pas une vie, ça. » C'est toutefois
en prison qu'il a appris la pâtisserie, son premier vrai job
de toute sa vie.
Jacques
pouvait être libéré sous condition en 1997,
après 20 ans d'emprisonnement. Il ne l'a pas été.
La libération conditionnelle, ce n'est pas un droit, mais
un privilège pour lequel il faut montrer patte blanche. Jacques
doit prouver qu'il a changé. On lui demande d'être
suivi et testé régulièrement pour consommation
de drogues. Jacques refuse de se plier à ces exigences. Cette
façon d'agir élimine pourtant toutes ses chances de
sortir. Est-ce une mesure dilatoire pour retarder sa libération
sans avoir à s'avouer sa peur de sortir, et sans perdre la
face? Jacques : « Non, au contraire,
je veux sortir, mais avec mon plan de sortie. »
Il
a demandé à sortir une journée, de temps à
autre, sous escorte. Cela vient de lui être refusé.
Après 26 ans en prison, il n'a plus d'amis, ni de parents
qui veulent le revoir.
Une
nouvelle chance pour cet autre Jacques?
Jacques
a maintenant 62 ans. Il a fait 26 ans de prison, pour meurtre. Lors
d'un vol par infraction, Jacques et son complice ont tué
5 personnes. Après 20 ans d'emprisonnement, Jacques a été
libéré sous condition. Mais au lieu de rester à
la maison de transition, il est parti pour les États-Unis.
C'est un bris de condition. Il est retourné en prison. C'était
il y a 6 ans. Jacques veut qu'on lui donne encore sa chance. Entre-temps,
il se plaint de tout : des conditions d'hébergement, des
délais pour être opéré, de l'absence
de programmes de réinsertion pour les détenus âgés.
Les
vieux détenus obtiennent rarement une libération conditionnelle,
à cause de leur manque de savoir-vivre en société
et non parce qu'ils sont dangereux. Pour gagner une autre liberté
conditionnelle, Jacques doit prouver qu'il aura un travail et un
lieu où aller vivre. Cet homme a de graves problèmes
de santé. En plus de souffrir d'emphysème, il a déjà
fait un infarctus. Et il a été opéré
pour un glaucome aux yeux. Chaque fois, il a été hospitalisé
sous bonne garde. Un détenu âgé coûte
cher, trois fois plus cher qu'un détenu plus jeune, à
cause des soins de santé.
La deuxième vie de Marcel
Ceux
qui sortent finalement de prison doivent séjourner dans une
maison de transition, où ils sont logés et nourris.
Marcel vient d'être libéré sous condition. Il
a passé 39 ans en prison. Une nouvelle liberté entravée
par les 15 mètres de tuyau qui le lient à sa bonbonne
à oxygène. Une liberté sous contrôle
aussi, où chaque déplacement est surveillé.
Même hypothéquée, c'est pour lui une deuxième
vie. Marcel avait été condamné à la
peine de mort lorsqu'il a été reconnu coupable d'un
meurtre. Il ne savait ni lire ni écrire. Il est de la première
génération d'hommes dont la peine de mort a été
commuée en prison à vie. Un choix de société
qui fait que des détenus vieillissent et meurent en prison.
Il a d'abord passé 28 ans en prison. On l'a libéré
en 1990. Il avait alors 51 ans. Il ne s'est pas adapté à
la vie en société. Il a repris le chemin de la prison,
pour bris de condition.
Ce
n'est pas rare. Un détenu sur cinq ne respecte pas les conditions
de sa libération. Marcel : « Ça
fait peur de sortir. Je n'ai jamais voulu sortir. Je me sens trop
vieux. Je ne suis pas riche. Quand je vais sortir d'ici, ça
va coûter très cher en médicaments et bonbonnes. »
Après
la maison de transition, finie la prise en charge. Marcel doit se
trouver un logement et se débrouiller pour vivre avec sa
pension de vieillesse. L'autre possibilité, c'est la maison
de retraite, où Marcel pourrait circuler en fauteuil roulant
et recevoir des soins. Mais Marcel craint d'être surveillé.
Et il craint que. dans un foyer, il ne lui faille cacher son passé
de prisonnier. Marcel : « Je sens déjà
une honte en moi, une honte de mon crime. Même si je ne suis
pas fort, ils me voient comme un criminel encore. »
Devrait-on garder Marcel en prison pour son propre bien? Que devrait-on
faire avec ces détenus âgés? Les libérer
plus tôt pour qu'ils puissent s'adapter à la vie en
société? Ou les garder en prison indéfiniment,
quitte à transformer nos prisons en hospices?
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La
liberté conditionnelle pour Roméo Phillion
Il
y a deux ans, nous vous avions présenté Roméo
Phillion, cet homme détenu depuis 31 ans dans les
prisons fédérales pour un crime qu'il affirmait
ne pas avoir commis. Un cas d'erreur judiciaire qui, en partie
grâce à notre reportage, est en voie d'être
réexaminé. Roméo Phillion, âgé
de 64 ans, a obtenu en juillet dernier une libération
conditionnelle en attendant que son cas soit révisé
par le ministre de la Justice.
Kristina Von Hlatky et Anne Panasuk ont assisté à
ce moment mémorable.
Cliquez
ici pour plus de détails>>>
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