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Ils
avaient fui les bombardements, la ville en feu. Pendant deux ans,
ils ont vécu au loin, parmi les milliers de réfugiés
tchétchènes. Puis, Ramzan et les siens ont décidé
de rentrer chez eux, à Grozny, sur leur terre occupée
par les troupes russes. La guerre avait dispersé la troupe
de jeunes danseurs Daymokhk (terre de nos ancêtres), que Ramzan
avait fondée dans Lénine, un des rares quartiers à
tenir encore debout. Même si, depuis la fin des bombardements,
les troupes d'occupation redoublent de violence contre les civils,
même si la normalisation annoncée n'a jamais eu lieu,
Ramzan s'entête à reformer sa compagnie de danse à
Grozny.
Quand
l'armée russe a commencé à pilonner Grozny,
à l'automne 1999, la troupe Daymokhk avait tout juste six
mois. Les petits danseurs et leurs familles ont d'abord vécu
terrés dans les caves de la ville. Puis, au plus fort des
bombardements, l'hiver, ils se sont éparpillés sur
les routes de l'exil.
Deux
ans ont passé. À la rentrée des classes, Ramzan
a retrouvé une partie des enfants de sa troupe. D'autres
parents comme lui avaient pris le risque de les ramener à
Grozny pour que leurs enfants vivent, étudient et dansent
sur leur terre. Pour fêter la rentrée scolaire et les
retrouvailles de la troupe, un spectacle s'est rapidement imposé.
Même si la troupe n'avait dansé que six mois, elle
avait connu un énorme succès en Caucase du Nord. Ramzan
a donc résolu de remonter, au meilleur de ses capacités,
le dernier spectacle de Daymokhk.
Mais,
à peine la représentation terminée, le chorégraphe
s'est mis à rêver de rompre l'isolement et de montrer
au monde la culture de Daymokhk. Grâce à des amis lointains
et aux images rapportées de Grozny, son rêve s'est
réalisé rapidement. Sa troupe a été
invitée à jouer en Europe.
La
bataille pour partir commence.
Première
difficulté, les enfants n'avaient dansé ensemble que
lors de l'unique représentation au gymnase de l'école,
trois mois plus tôt. Il fallait augmenter rapidement le nombre
de répétitions, mais Ramzan n'avait pas de salle pour
le faire, parce qu'il refusait d'être intégré
au ministère de la Culture nommé par Moscou.
Deuxième
casse-tête, comment, dans une ville dénuée de
tout, soumise à la mitraille au nom d'une étrange
guerre antiterroriste, préparer une tournée internationale
pour trente petits danseurs?
Troisième
défi, refaire des costumes pour ces enfants qui ont grandi
trop vite. Comment confectionner des costumes de danse dans un univers
de pénurie?
La
réponse à ces problèmes : une bonne dose de
malice et d'ingéniosité!
Après
d'innombrables péripéties, Ramzan a obtenu passeports
et visas pour ces 30 petits citoyens sans patrie. Le voyage durera
cinq jours et cinq nuits. Jusqu'au bout, ils prépareront
leurs costumes, leur spectacle. Une course contre l'hiver, le froid
et la guerre.
À
Berlin, la troupe Daymokhk est accueillie par un réseau de
solidarité avec la Tchétchénie. Les enfants
danseront trois fois à Berlin. Par trois fois, ils forceront
l'histoire qui les a condamnés, oubliés. À
chaque fois, ils diront que le peuple tchétchène existe,
puisqu'il danse. À Paris, ils seront accueillis par les comédiens
du Théâtre du soleil. Les enfants vont être choyés
et amarrés à une drôle de chaîne de solidarité,
très hétéroclite. Des Tchétchènes
réfugiés à Paris viendront aussi cuisiner pour
que le public imprègne ses papilles de culture tchétchène.
Jusqu'à
la dernière minute, des dizaines d'amis de la Tchétchénie,
de la danse et de la vie se seront mobilisés pour que la
culture de Daymokhk ait de nouveau sa place sur une scène
prestigieuse.
La
culture ne meurt pas sous les bombes.

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Qui
sont les Tchétchènes ?
La
société tchétchène est définie
par l'appartenance au clan et à l'islam soufi, un courant
religieux modéré. Les intégristes religieux
sont minoritaires. Force dominante du nationalisme antirusse dans
le Nord caucasien, la Tchétchénie demeure la seule
république qui n'a pas ratifié le traité d'union
du président Boris Eltsine, qui a décrété
un embargo économique en guise de représailles. La
population en subit les contrecoups : pauvreté, chômage
endémique, mendicité, etc. Parallèlement, la
mafia locale s'est développée, devenant l'une des
plus féroces de l'ex-URSS et contrôlant de larges pans
de l'économie. Les mafieux se promènent dans des voitures
de luxe et arborent une richesse qui contraste avec la pauvreté
de la population. Depuis la guerre de 1994-1996, la société
a beaucoup de difficulté à se reconstruire. Devant
leurs sombres perspectives d'avenir, les jeunes sont particulièrement
sensibles au discours islamiste radical.
Depuis
deux millénaires, les Tchétchènes ont combattu
plusieurs envahisseurs puissants, dont les légions romaines
de Pompée et les Mongols. Mais, jusqu'au XVIe siècle,
époque à laquelle arrivent les Russes, qui mettront
trois siècles à conquérir le Caucase, les Tchétchènes
n'ont jamais connu d'occupation ni de colonisation étrangère.
Au XVIIIe siècle, sous le règne de Catherine II de
Russie, la conquête du Caucase s'amorce pour de bon. En 1829,
l'armée tsariste engage une guerre terrible, qui durera 35
ans, contre les peuples de Tchétchénie et d'Ingouchie.
« La Russie ne connaîtra jamais de paix tant que
vivra sous ce soleil un seul Tchétchène »,
dira alors un général russe. Les troupes russes rasent
les villages conquis. La région se vide de centaines de milliers
d'habitants : certains fuient vers l'empire ottoman, d'autres sont
massacrés ou déportés vers la Sibérie.
La victoire acquise, les Russes colonisent le territoire vaincu
avec des peuples venus des républiques environnantes (Ukraine,
Arménie). Les Tchétchènes ne deviennent musulmans
qu'à la fin du XVIIIe siècle, sous l'influence des
chefs de la résistance, des musulmans venus du Daguestan.
Source
: dossier SRC
L'émission
Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada
le vendredi à 21 h et présentée en rediffusion
sur les ondes de RDI le samedi à 23 h, le dimanche
à 4 h et à 20h, ainsi que le lundi à 3 h.
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