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Adaptation pour Internet : Caroline Paulhus

Émission du 18 juillet 2003

DANSER PARMI LES RUINES

Réalisation : Mylène Sauloy
Production : SUNSET Presse

Revenu à Grozny, chez lui, en Tchétchénie, après avoir fui la guerre pendant des mois, Ramzan, un professeur de ballet, cherche à faire renaître une troupe de danse folklorique qu'il avait créée. Avec des enfants meurtris par la guerre, il a une obsession : assurer la survie d'une culture menacée par le pouvoir russe. Ils retrouvent leurs maisons détruites, leur école, leur centre de loisirs en ruine à cause des bombardements.

 

Ils avaient fui les bombardements, la ville en feu. Pendant deux ans, ils ont vécu au loin, parmi les milliers de réfugiés tchétchènes. Puis, Ramzan et les siens ont décidé de rentrer chez eux, à Grozny, sur leur terre occupée par les troupes russes. La guerre avait dispersé la troupe de jeunes danseurs Daymokhk (terre de nos ancêtres), que Ramzan avait fondée dans Lénine, un des rares quartiers à tenir encore debout. Même si, depuis la fin des bombardements, les troupes d'occupation redoublent de violence contre les civils, même si la normalisation annoncée n'a jamais eu lieu, Ramzan s'entête à reformer sa compagnie de danse à Grozny.

Quand l'armée russe a commencé à pilonner Grozny, à l'automne 1999, la troupe Daymokhk avait tout juste six mois. Les petits danseurs et leurs familles ont d'abord vécu terrés dans les caves de la ville. Puis, au plus fort des bombardements, l'hiver, ils se sont éparpillés sur les routes de l'exil.

Deux ans ont passé. À la rentrée des classes, Ramzan a retrouvé une partie des enfants de sa troupe. D'autres parents comme lui avaient pris le risque de les ramener à Grozny pour que leurs enfants vivent, étudient et dansent sur leur terre. Pour fêter la rentrée scolaire et les retrouvailles de la troupe, un spectacle s'est rapidement imposé. Même si la troupe n'avait dansé que six mois, elle avait connu un énorme succès en Caucase du Nord. Ramzan a donc résolu de remonter, au meilleur de ses capacités, le dernier spectacle de Daymokhk.

Mais, à peine la représentation terminée, le chorégraphe s'est mis à rêver de rompre l'isolement et de montrer au monde la culture de Daymokhk. Grâce à des amis lointains et aux images rapportées de Grozny, son rêve s'est réalisé rapidement. Sa troupe a été invitée à jouer en Europe.

La bataille pour partir commence.

Première difficulté, les enfants n'avaient dansé ensemble que lors de l'unique représentation au gymnase de l'école, trois mois plus tôt. Il fallait augmenter rapidement le nombre de répétitions, mais Ramzan n'avait pas de salle pour le faire, parce qu'il refusait d'être intégré au ministère de la Culture nommé par Moscou.

Deuxième casse-tête, comment, dans une ville dénuée de tout, soumise à la mitraille au nom d'une étrange guerre antiterroriste, préparer une tournée internationale pour trente petits danseurs?

Troisième défi, refaire des costumes pour ces enfants qui ont grandi trop vite. Comment confectionner des costumes de danse dans un univers de pénurie?

La réponse à ces problèmes : une bonne dose de malice et d'ingéniosité!

Après d'innombrables péripéties, Ramzan a obtenu passeports et visas pour ces 30 petits citoyens sans patrie. Le voyage durera cinq jours et cinq nuits. Jusqu'au bout, ils prépareront leurs costumes, leur spectacle. Une course contre l'hiver, le froid et la guerre.

À Berlin, la troupe Daymokhk est accueillie par un réseau de solidarité avec la Tchétchénie. Les enfants danseront trois fois à Berlin. Par trois fois, ils forceront l'histoire qui les a condamnés, oubliés. À chaque fois, ils diront que le peuple tchétchène existe, puisqu'il danse. À Paris, ils seront accueillis par les comédiens du Théâtre du soleil. Les enfants vont être choyés et amarrés à une drôle de chaîne de solidarité, très hétéroclite. Des Tchétchènes réfugiés à Paris viendront aussi cuisiner pour que le public imprègne ses papilles de culture tchétchène.

Jusqu'à la dernière minute, des dizaines d'amis de la Tchétchénie, de la danse et de la vie se seront mobilisés pour que la culture de Daymokhk ait de nouveau sa place sur une scène prestigieuse.

La culture ne meurt pas sous les bombes.

 

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Qui sont les Tchétchènes ?

La société tchétchène est définie par l'appartenance au clan et à l'islam soufi, un courant religieux modéré. Les intégristes religieux sont minoritaires. Force dominante du nationalisme antirusse dans le Nord caucasien, la Tchétchénie demeure la seule république qui n'a pas ratifié le traité d'union du président Boris Eltsine, qui a décrété un embargo économique en guise de représailles. La population en subit les contrecoups : pauvreté, chômage endémique, mendicité, etc. Parallèlement, la mafia locale s'est développée, devenant l'une des plus féroces de l'ex-URSS et contrôlant de larges pans de l'économie. Les mafieux se promènent dans des voitures de luxe et arborent une richesse qui contraste avec la pauvreté de la population. Depuis la guerre de 1994-1996, la société a beaucoup de difficulté à se reconstruire. Devant leurs sombres perspectives d'avenir, les jeunes sont particulièrement sensibles au discours islamiste radical.

Depuis deux millénaires, les Tchétchènes ont combattu plusieurs envahisseurs puissants, dont les légions romaines de Pompée et les Mongols. Mais, jusqu'au XVIe siècle, époque à laquelle arrivent les Russes, qui mettront trois siècles à conquérir le Caucase, les Tchétchènes n'ont jamais connu d'occupation ni de colonisation étrangère. Au XVIIIe siècle, sous le règne de Catherine II de Russie, la conquête du Caucase s'amorce pour de bon. En 1829, l'armée tsariste engage une guerre terrible, qui durera 35 ans, contre les peuples de Tchétchénie et d'Ingouchie. « La Russie ne connaîtra jamais de paix tant que vivra sous ce soleil un seul Tchétchène », dira alors un général russe. Les troupes russes rasent les villages conquis. La région se vide de centaines de milliers d'habitants : certains fuient vers l'empire ottoman, d'autres sont massacrés ou déportés vers la Sibérie. La victoire acquise, les Russes colonisent le territoire vaincu avec des peuples venus des républiques environnantes (Ukraine, Arménie). Les Tchétchènes ne deviennent musulmans qu'à la fin du XVIIIe siècle, sous l'influence des chefs de la résistance, des musulmans venus du Daguestan.

Source : dossier SRC

 

POUR EN SAVOIR PLUS

La Tchétchénie, terre de résistance
Dossier du site de Radio-Canada

Chechnya News
Articles et liens sur la Tchétchénie (anglais)


L'émission Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada le vendredi à 21 h et présentée en rediffusion sur les ondes de RDI le samedi à 23 h, le dimanche à 4 h et à 20h, ainsi que le lundi à 3 h.

 

 
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