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Le
suicide altruiste n'est pas une expression que l'on entend tous
les jours, sauf si l'on s'intéresse au conflit entre le Hezbollah
et Israël au Sud-Liban. Et au Liban, on parle de martyr, plutôt
que de suicide altruiste.
Depuis
22 ans, le combat de David contre Goliath qui oppose les membres
du Hezbollah à Israël a déjoué tous les
efforts mis en uvre par les superpuissances pour instaurer
une paix durable au Moyen-Orient. Leur nom évoque des images
d'hommes barbus proférant des slogans antioccidentaux et
des scènes d'ambassades en flammes, de bombes humaines, de
détournements d'avions et de prises d'otages. Et pourtant,
au moment du retrait de l'armée israélienne du sud
du Liban, on s'est demandé comment un petit groupe de combattants
libanais avait réussi à tenir tête à
l'armée à la technologie de pointe d'Israël.
« La
révolution iranienne de 1978-1979 a eu un effet tout à
fait spectaculaire, non pas parce que les musulmans chiites ont
vu dans l'Iran un modèle qu'ils voulaient copier entièrement,
mais parce qu'elle était pour eux une source d'inspiration,
un exemple à suivre. Elle avait démontré que
des gens engagés, profondément convaincus, avaient
réussi, en se mobilisant, à modifier considérablement
leurs conditions de vie, leur régime politique, et ainsi
de suite », soutient Richard Norton, professeur d'anthropologie
et de relations internationales à l'Université de
Boston.
Le
professeur de psychologie Marwan Gharzeddine, de l'université
américaine de Beyrouth, confirme que les conditions de vie
extrêmement pénibles auxquelles les chiites ont été
soumis au Sud-Liban ont contribué à favoriser les
comportements suicidaires altruistes. Sous l'occupation israélienne,
de nombreux membres de la communauté chiite ont été
déplacés, humiliés, tués et torturés.
Les jeunes qui ont grandi dans de telles conditions ont eu l'impression
d'être perçus sous un jour très négatif.
« La religion leur a donné le moyen de remplacer
cette image douloureuse d'eux-mêmes. Elle leur a dit : "Si
vous suivez la voie de la religion, vous retrouverez votre fierté,
votre dignité", et dans le cas de la religion chiite,
cela veut dire s'identifier aux ancêtres de la religion chiite.
C'est suivre la voie du martyr, comme l'ont fait Hassan, Hussein
et Ali », ajoute Marwan Gharzeddine.
L'idéologie
chiite du martyr est fondée sur le personnage central de
Hussein, petit-fils du prophète Mohamed. Les chiites pensent
que celui-ci aurait dû succéder au prophète,
après la mort de son père Ali. Une querelle a éclaté
entre les descendants du prophète et la dynastie des Omeyyades,
que les chiites accusent d'avoir usurpé le califat. Au 7e
siècle, ce conflit a dégénéré
et finalement provoqué un schisme de l'islam semblable à
celui qui a divisé les catholiques et les protestants. Une
bataille a eu lieu à Kerbala, sur les rives de l'Euphrate,
en Irak. Hussein et ses 72 partisans ont affronté une puissante
armée mobilisée par les Omeyyades. Yazid, le chef
des Omeyyades, voulait forcer Hussein à lui prêter
serment d'allégeance et à se soumettre à son
autorité en qualité de calife de l'Islam. Hussein
a refusé. Il a été tué sur le champ
de bataille et décapité. Sa tête, montée
sur un pic, a été exhibée à travers
les villes et les villages, pour être finalement déposée
aux pieds de Yazid.
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« La
tragédie de Karbala symbolise la tragédie humaine.
Elle a été incarnée par une personne
qui a vécu au nom du peuple entier, et de l'islam,
et qui a combattu la corruption de la société.
Voilà pourquoi les chiites la célèbre,
pour stimuler le côté humain de l'individu »,
rapporte l'ayatollah Al-Ouzma, Sayed Mohamed Hussein Fadlallah,
guide spirituel chiite.
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Le
chiisme en général et le Hezbollah en particulier
ont recours au martyr de Hussein pour symboliser la lutte contre
tous les tyrans contemporains. Mais si le martyr de Hussein est
considéré comme une mort idéale, le Coran interdit
formellement le suicide et avertit ceux qui voudraient se suicider
qu'ils s'exposent à de sévères punitions. Le
Hezbollah défend l'utilisation de bombes humaines en affirmant
que certains passages du Coran sont sujets à interprétation,
et donne ainsi à ses combattants une certaine latitude pour
commettre des actes qui peuvent se justifier d'un point de vue religieux.
Le Hezbollah soutient que tout acte qui contraint l'ennemi est permis
par l'islam, mais que celui-ci doit être sanctionné
par un savant pour être conforme à la loi de l'islam.
Le
porte-parole des Forces provisoires des Nations unies au Liban,
Timor Goksel, raconte que dans les premiers temps du mouvement,
il ne s'agissait pas tant de suicides que de jeunes très
mal entraînés qui attaquaient et se faisaient tuer.
« Il y a eu beaucoup de morts. Ils attaquaient pour
le principe, se lançaient à l'assaut et se faisaient
tuer, mais ça n'avait rien d'une performance militaire. »
Après 1992, le Hezbollah a commencé à faire
preuve d'un véritable professionnalisme. Il a commencé
à se renseigner soigneusement et à planifier ses attaques
en utilisant tout un assortiment d'armes diverses et en agissant
comme une guérilla.
L'AVENIR DE CE MOUVEMENT
Les
enfants de martyr sont élevés pour devenir martyrs
comme leur père. « Une nation qui a des fils
de martyrs, est une nation qui vaincra, avec la volonté de
Dieu, quelles que soient les difficultés. Israël ne
pourra pas nous occuper ni nous violer tant qu'il y aura des fils
de martyrs pour dire qu'ils vont débarrasser la terre de
la contamination des sionistes qui l'ont profanée, occupée
et violée, de sorte que le sang des martyrs continuera à
être versé, avec la volonté de Dieu, pour obtenir
notre délivrance », lance avec conviction
Naïm Qassem, le sous-secrétaire général
du Hezbollah.
« Ceux
qui adhèrent au Hezbollah ne seront pas tristes, le paradis
leur est promis. En tant que mère, je souhaite que mon fils
devienne un martyr pour le bien de la religion, pour le bien de
l'islam. Nous enseignons à nos enfants à obéir
à Dieu », exprime Leila Moussawi.
Le
Hezbollah se considère comme un mouvement islamiste dont
l'idéologie dépasse largement les frontières
du Liban. Il a réussi à forcer Israël à
effectuer un retrait unilatéral, même s'il était
désordonné et sans accord de paix. Ce qui amène
à se poser la question suivante : que va faire le parti de
Dieu, maintenant?
« Le
problème de fond, c'est l'occupation de la Palestine. Et
l'occupation de Jérusalem. Jérusalem est l'adresse
de la Palestine, l'adresse de la bataille et l'adresse de la nation
islamiste. Voilà pourquoi, lorsque nous discutons de l'avenir,
nous estimons que le problème de la région n'est pas
réglé, parce que toute solution qui n'est pas fondée
sur l'équité et la justice est temporaire. Je suis
convaincu que la libération de la ville sainte est l'espoir
et le souhait de tous les Arabes, de tous les musulmans »,
conclut Sayed Hassan Nasrallah, secrétaire général
du Hezbollah.

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En
raison des droits d'auteur, ce reportage ne sera pas disponible
sur Internet.
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LE
HEZBOLLAH BANNI DU CANADA
Le 11 décembre 2002, après des débats plutôt
difficiles, le solliciteur général Wayne Easter a
décidé de bannir du Canada le parti Hezbollah dans
son intégralité, ce qui inclut la branche charitable
du groupe. Jusqu'à cette date, seule l'aile militaire du
Hezbollah était interdite au pays.
Le
ministre canadien des Affaires étrangères, Bill Graham,
a reconnu que le Hezbollah offrait de l'aide humanitaire dans le
cadre de sa branche charitable, mais il a ajouté que les
propos du leader du parti, tenus la semaine précédant
cette décision, indiquaient clairement qu'il n'y avait pas
de distinction entre les activités du parti. Le chef du Hezbollah
aurait en effet encouragé les actes terroristes, et plus
particulièrement les attentats suicide à travers le
monde. Plusieurs sources ont toutefois mis en doute la tenue de
ces propos, avançant qu'il s'agissait d'un complot proisraélien.
Cette
mesure annoncée par Ottawa fait en sorte qu'aucun argent
ne peut être recueilli au Canada pour financer le parti. Plus
d'une dizaine de groupes ont ainsi été bannis du Canada,
en vertu de la Loi antiterroriste adoptée en décembre
2001.
La
décision a réjoui le Congrès juif, mais a soulevé
la colère du Liban. Le député libéral
d'Anjou-Rivière-des-Prairies, Yvon Charbonneau, qui est aussi
président du Groupe d'amitié parlementaire Canada-Liban,
a déclaré que bien qu'il condamne tout attentat, il
croit que la décision du gouvernement ne repose sur aucune
preuve concrète et que le gouvernement « a
plié devant les pressions des groupes proisraéliens ».
L'émission
Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada
le vendredi à 21 h et présentée en rediffusion
sur les ondes de RDI le samedi à 23 h, le dimanche
à 4 h et à 20h, ainsi que le lundi à 3 h.
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