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Adaptation pour Internet : Caroline Paulhus

Émission du 25 juillet 2003

LES MARTYRS DU HEZBOLLAH

Réalisation : Mouna Mounayer
Production : Thomas Horton Associates

Au Liban, c'est un parti politique reconnu. Mais pour le gouvernement d'Israël, pour les États-Unis et, plus récemment, pour le Canada, c'est un mouvement terroriste redoutable. Le Hezbollah, qui signifie « le parti de Dieu » en arabe, est un mouvement qui a été créé dans les quartiers musulmans de Beyrouth, pendant la guerre civile libanaise.

Au cours des ans, avec l'appui de l'Iran, le Hezbollah est devenu une organisation islamiste de combat qui a mobilisé la jeunesse chiite et formé une armée redoutable. Les attaques des miliciens du Hezbollah ont forcé le retrait des Israéliens du Sud-Liban. Une victoire de David contre Goliath, où les martyrs du Hezbollah, des commandos suicides bien endoctrinés, ont déstabilisé une des armées les plus puissantes du monde.

Quel est l'avenir de ce mouvement? Quel est l'avenir de ces guerriers de l'Islam qui disent eux-mêmes ouvertement qu'ils veulent maintenant reprendre aux Israéliens les lieux saints de Jérusalem?

 

Le suicide altruiste n'est pas une expression que l'on entend tous les jours, sauf si l'on s'intéresse au conflit entre le Hezbollah et Israël au Sud-Liban. Et au Liban, on parle de martyr, plutôt que de suicide altruiste.

Depuis 22 ans, le combat de David contre Goliath qui oppose les membres du Hezbollah à Israël a déjoué tous les efforts mis en œuvre par les superpuissances pour instaurer une paix durable au Moyen-Orient. Leur nom évoque des images d'hommes barbus proférant des slogans antioccidentaux et des scènes d'ambassades en flammes, de bombes humaines, de détournements d'avions et de prises d'otages. Et pourtant, au moment du retrait de l'armée israélienne du sud du Liban, on s'est demandé comment un petit groupe de combattants libanais avait réussi à tenir tête à l'armée à la technologie de pointe d'Israël.

« La révolution iranienne de 1978-1979 a eu un effet tout à fait spectaculaire, non pas parce que les musulmans chiites ont vu dans l'Iran un modèle qu'ils voulaient copier entièrement, mais parce qu'elle était pour eux une source d'inspiration, un exemple à suivre. Elle avait démontré que des gens engagés, profondément convaincus, avaient réussi, en se mobilisant, à modifier considérablement leurs conditions de vie, leur régime politique, et ainsi de suite », soutient Richard Norton, professeur d'anthropologie et de relations internationales à l'Université de Boston.

Le professeur de psychologie Marwan Gharzeddine, de l'université américaine de Beyrouth, confirme que les conditions de vie extrêmement pénibles auxquelles les chiites ont été soumis au Sud-Liban ont contribué à favoriser les comportements suicidaires altruistes. Sous l'occupation israélienne, de nombreux membres de la communauté chiite ont été déplacés, humiliés, tués et torturés. Les jeunes qui ont grandi dans de telles conditions ont eu l'impression d'être perçus sous un jour très négatif. « La religion leur a donné le moyen de remplacer cette image douloureuse d'eux-mêmes. Elle leur a dit : "Si vous suivez la voie de la religion, vous retrouverez votre fierté, votre dignité", et dans le cas de la religion chiite, cela veut dire s'identifier aux ancêtres de la religion chiite. C'est suivre la voie du martyr, comme l'ont fait Hassan, Hussein et Ali », ajoute Marwan Gharzeddine.

L'idéologie chiite du martyr est fondée sur le personnage central de Hussein, petit-fils du prophète Mohamed. Les chiites pensent que celui-ci aurait dû succéder au prophète, après la mort de son père Ali. Une querelle a éclaté entre les descendants du prophète et la dynastie des Omeyyades, que les chiites accusent d'avoir usurpé le califat. Au 7e siècle, ce conflit a dégénéré et finalement provoqué un schisme de l'islam semblable à celui qui a divisé les catholiques et les protestants. Une bataille a eu lieu à Kerbala, sur les rives de l'Euphrate, en Irak. Hussein et ses 72 partisans ont affronté une puissante armée mobilisée par les Omeyyades. Yazid, le chef des Omeyyades, voulait forcer Hussein à lui prêter serment d'allégeance et à se soumettre à son autorité en qualité de calife de l'Islam. Hussein a refusé. Il a été tué sur le champ de bataille et décapité. Sa tête, montée sur un pic, a été exhibée à travers les villes et les villages, pour être finalement déposée aux pieds de Yazid.

« La tragédie de Karbala symbolise la tragédie humaine. Elle a été incarnée par une personne qui a vécu au nom du peuple entier, et de l'islam, et qui a combattu la corruption de la société. Voilà pourquoi les chiites la célèbre, pour stimuler le côté humain de l'individu », rapporte l'ayatollah Al-Ouzma, Sayed Mohamed Hussein Fadlallah, guide spirituel chiite.

Le chiisme en général et le Hezbollah en particulier ont recours au martyr de Hussein pour symboliser la lutte contre tous les tyrans contemporains. Mais si le martyr de Hussein est considéré comme une mort idéale, le Coran interdit formellement le suicide et avertit ceux qui voudraient se suicider qu'ils s'exposent à de sévères punitions. Le Hezbollah défend l'utilisation de bombes humaines en affirmant que certains passages du Coran sont sujets à interprétation, et donne ainsi à ses combattants une certaine latitude pour commettre des actes qui peuvent se justifier d'un point de vue religieux. Le Hezbollah soutient que tout acte qui contraint l'ennemi est permis par l'islam, mais que celui-ci doit être sanctionné par un savant pour être conforme à la loi de l'islam.

Le porte-parole des Forces provisoires des Nations unies au Liban, Timor Goksel, raconte que dans les premiers temps du mouvement, il ne s'agissait pas tant de suicides que de jeunes très mal entraînés qui attaquaient et se faisaient tuer. « Il y a eu beaucoup de morts. Ils attaquaient pour le principe, se lançaient à l'assaut et se faisaient tuer, mais ça n'avait rien d'une performance militaire. » Après 1992, le Hezbollah a commencé à faire preuve d'un véritable professionnalisme. Il a commencé à se renseigner soigneusement et à planifier ses attaques en utilisant tout un assortiment d'armes diverses et en agissant comme une guérilla.


L'AVENIR DE CE MOUVEMENT

Les enfants de martyr sont élevés pour devenir martyrs comme leur père. « Une nation qui a des fils de martyrs, est une nation qui vaincra, avec la volonté de Dieu, quelles que soient les difficultés. Israël ne pourra pas nous occuper ni nous violer tant qu'il y aura des fils de martyrs pour dire qu'ils vont débarrasser la terre de la contamination des sionistes qui l'ont profanée, occupée et violée, de sorte que le sang des martyrs continuera à être versé, avec la volonté de Dieu, pour obtenir notre délivrance », lance avec conviction Naïm Qassem, le sous-secrétaire général du Hezbollah.

« Ceux qui adhèrent au Hezbollah ne seront pas tristes, le paradis leur est promis. En tant que mère, je souhaite que mon fils devienne un martyr pour le bien de la religion, pour le bien de l'islam. Nous enseignons à nos enfants à obéir à Dieu », exprime Leila Moussawi.

Le Hezbollah se considère comme un mouvement islamiste dont l'idéologie dépasse largement les frontières du Liban. Il a réussi à forcer Israël à effectuer un retrait unilatéral, même s'il était désordonné et sans accord de paix. Ce qui amène à se poser la question suivante : que va faire le parti de Dieu, maintenant?

« Le problème de fond, c'est l'occupation de la Palestine. Et l'occupation de Jérusalem. Jérusalem est l'adresse de la Palestine, l'adresse de la bataille et l'adresse de la nation islamiste. Voilà pourquoi, lorsque nous discutons de l'avenir, nous estimons que le problème de la région n'est pas réglé, parce que toute solution qui n'est pas fondée sur l'équité et la justice est temporaire. Je suis convaincu que la libération de la ville sainte est l'espoir et le souhait de tous les Arabes, de tous les musulmans », conclut Sayed Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah.

 

En raison des droits d'auteur, ce reportage ne sera pas disponible sur Internet.

LE HEZBOLLAH BANNI DU CANADA


Le 11 décembre 2002, après des débats plutôt difficiles, le solliciteur général Wayne Easter a décidé de bannir du Canada le parti Hezbollah dans son intégralité, ce qui inclut la branche charitable du groupe. Jusqu'à cette date, seule l'aile militaire du Hezbollah était interdite au pays.

Le ministre canadien des Affaires étrangères, Bill Graham, a reconnu que le Hezbollah offrait de l'aide humanitaire dans le cadre de sa branche charitable, mais il a ajouté que les propos du leader du parti, tenus la semaine précédant cette décision, indiquaient clairement qu'il n'y avait pas de distinction entre les activités du parti. Le chef du Hezbollah aurait en effet encouragé les actes terroristes, et plus particulièrement les attentats suicide à travers le monde. Plusieurs sources ont toutefois mis en doute la tenue de ces propos, avançant qu'il s'agissait d'un complot proisraélien.

Cette mesure annoncée par Ottawa fait en sorte qu'aucun argent ne peut être recueilli au Canada pour financer le parti. Plus d'une dizaine de groupes ont ainsi été bannis du Canada, en vertu de la Loi antiterroriste adoptée en décembre 2001.

La décision a réjoui le Congrès juif, mais a soulevé la colère du Liban. Le député libéral d'Anjou-Rivière-des-Prairies, Yvon Charbonneau, qui est aussi président du Groupe d'amitié parlementaire Canada-Liban, a déclaré que bien qu'il condamne tout attentat, il croit que la décision du gouvernement ne repose sur aucune preuve concrète et que le gouvernement « a plié devant les pressions des groupes proisraéliens ».

 

POUR EN SAVOIR PLUS

Proche-Orient : La spirale de la haine
Dossier du site de Radio-Canada

Entités inscrites
Présente la liste des entités dont les activités sont interdites au Canada. Le Hezbollah en fait partie.

 

L'émission Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada le vendredi à 21 h et présentée en rediffusion sur les ondes de RDI le samedi à 23 h, le dimanche à 4 h et à 20h, ainsi que le lundi à 3 h.

 

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