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Parmi
une foule rassemblée pour célébrer la fierté
gaie à Vancouver, se trouvent trois hommes. Un miracle court
peut-être dans les veines de ces trois hommes; ils sont les
premiers cobayes humains à participer à la phase III
du développement d'un vaccin contre le SIDA. On leur a injecté
le vaccin ou un placebo. Si le vaccin est efficace, leur système
devrait maintenant produire une forte réaction immunitaire
au VIH, le virus qui cause le SIDA. S'ils entrent en contact avec
le virus aujourd'hui, ils devraient être protégés
s'ils ont bien reçu le vaccin
et s'il est efficace.
L'homme
qui dirige cette équipe médicale a joué un
rôle prépondérant pour éliminer la variole,
freiner la propagation de l'Ebola et développer un vaccin
efficace contre l'hépatite B. À San Francisco, dans
les années 80, le docteur Francis a constaté le potentiel
destructeur d'un nouveau virus, le VIH. Il s'est fréquemment
opposé sur la place publique au gouvernement américain
de l'époque, qui ne croyait pas qu'il était urgent
de trouver un vaccin contre le SIDA. En 1995, Don Francis fonde
VAX GEN afin d'amasser les 200 millions nécessaires à
la recherche pour un vaccin.
Les
personnes qui ont été recrutées pour ce test
étaient des hommes gais entre 18 et 65 ans. Ils devaient
avoir eu plus d'un partenaire sexuel au cours de l'année
précédant le test, ou être dans une relation
avec un homme séropositif. « Le candidat idéal
pour l'essai d'un vaccin contre le VIH est un homme intelligent,
qui comprend les implications d'un tel exercice et qui peut donc
évaluer les risques qu'il court. Il doit donner un consentement
éclairé et, malgré un suivi psychologique,
il doit maintenir un comportement à risque. Car c'est justement
ce comportement à risque qui nous donnera les réponses
à nos questions », soutient Don Francis.
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Allan
travaille aux affaires corporatives dans une compagnie d'aviation.
Il est parfois bénévole pour des causes comme
celle-ci, où il pose pour la publication d'un calendrier
dont les profits iront à la prévention du SIDA.
Neil
est un analyste financier pour une grande entreprise. Il est
instruit, cultivé et est très conscient de la
portée de son comportement sexuel.
David
est un candidat inusité pour cette étude puisque
l'usage du condom est essentiel à ses yeux. David est
marchand d'art, et il a récemment quitté l'Ontario
pour s'installer à Vancouver.
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Quand
le vaccin est efficace, des protéines génétiquement
modifiées qui ressemblent au VIH trompent le système
pour qu'il produise des anticorps. Donc, quand le système
rencontre le véritable virus, il est déjà armé
et prêt à se battre. Le VIH ne peut pas pénétrer
dans des cellules saines pour se reproduire. Le virus meurt, tout
simplement. Mais pour savoir si le vaccin est efficace, le virus
vivant du VIH doit pouvoir l'affronter à l'intérieur
du corps humain. Pour les membres de l'équipe médicale,
c'est une pénible réalité.
Les
infirmières qui sont en contact direct avec les hommes sont
essentielles au succès de l'étude. Les deux femmes
sont des personnes très différentes. Leslie est mère
de quatre enfants. Nancy vit avec son fils et sa conjointe. Le travail
de Nancy et de sa collègue consiste à administrer
régulièrement le vaccin et à tester les hommes
pour le VIH. Les infirmières doivent aussi recommander l'utilisation
du condom et un comportement sexuel responsable, mais elles savent
que les hommes qui vont vraiment tester le vaccin sont ceux qui
ne suivront pas leurs conseils.
Tous
les six mois, un échantillon du sang de chacun des participants
à l'étude est expédié de Vancouver à
San Francisco. Là, il est testé pour le VIH et pour
toute réaction immunitaire découlant du vaccin. Tout
est anonyme, évidemment. Personne ne sait à quel nom
correspond chaque éprouvette. Une fois les échantillons
testés, l'équipe médicale retient son souffle
et espère un résultat visible à l'il
nu : plus la couleur est foncée, plus la réaction
immunitaire est importante. C'est signe que le sujet produit lui-même
des anticorps prêts à combattre le VIH.
« L'aspect
scientifique est relativement simple, l'aspect humain est nettement
plus compliqué. Pourquoi des gens se prêteraient volontairement
à une étude difficile, douloureuse, une étude
qui ne leur rapporte rien sinon des dangers potentiels? Ils le font
pour les bonnes raisons et c'est ce qui est merveilleux »,
lance Don Francis.
UN FAUX SENTIMENT DE SÉCURITÉ?
Plus
l'étude progresse, plus on boude l'usage du condom et plus
les attentes envers le vaccin contre le SIDA deviennent grandes.
Puis, un premier candidat apprend la triste nouvelle. « Peu
après avoir commencé à participer à
l'étude sur le vaccin, j'ai découvert que j'étais
infecté. Je sais plus ou moins pourquoi. Ce n'est pas difficile
à deviner. J'ai modifié mon comportement, si on peut
dire », admet Allan. « C'est probablement
la partie la plus difficile de mon travail, avoue Nancy, une
des infirmières. C'est aussi douloureux pour moi que pour
la personne qui découvre qu'elle est séropositive.
De mon point de vue, c'est vraiment difficile parce que j'ai établi
des relations profondes avec ces gars-là. C'est comme si
j'avais à annoncer la nouvelle à mon propre frère.
Vraiment. » L'autre infirmière, Leslie, se
demande si l'expérience n'a pas provoqué un faux sentiment
de protection.
Pour
Allan, la question à savoir s'il a bien reçu le vaccin
ou un placebo est aujourd'hui futile. De toute façon, il
n'obtiendra pas la réponse avant quelques mois, alors qu'on
révélera le nom de ceux qui recevaient bel et bien
le vaccin.
L'étude
tire à sa fin et Neil est toujours séronégatif.
Est-ce le vaccin? Son comportement sexuel? Ou fait-il partie de
ce groupe des rarissimes qui jouissent d'une immunité naturelle?
Mais même s'il est naturellement protégé contre
le SIDA, il n'est pas à l'abri du deuil d'êtres chers.
Sa mère et son oncle sont tous deux morts de la maladie d'Alzheimer.
Cette mort qu'il redoute toujours, autant pour lui que pour sa sur
bien-aimée. S'il Neil s'aperçoit qu'il est atteint
de la maladie d'Alzheimer, il prévoit s'enlever la vie. C'est
pourquoi il vit sa vie pleinement aujourd'hui, parce que rien n'est
moins sûr que demain. « J'ai fermement l'intention
de me suicider de toute façon, alors je ne m'attends vraiment
pas à vivre longtemps », confesse Neil.
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40
millions de personnes vivent aujourd'hui avec le VIH.
6000
enfants sont infectés chaque jour.
Au
cours des 20 prochaines années, 70 millions de personnes
mourront du SIDA.
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SIDA Nations unies 2002
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Quant
à David, il est toujours célibataire, prudent et séronégatif.
Pendant
trois ans, un petit groupe d'hommes gais de Vancouver a défié
le VIH au nom de tous ceux et celles qui sont menacés dans
le monde. Leur courage aurait pu changer le cours de cette épidémie.
Malheureusement, les résultats de cette étude ont
été fort peu concluants. Ils constituent toutefois
une étape importante dans la recherche qui mènera
un jour à l'élaboration du vaccin qui, finalement,
fera échec au VIH.

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En
raison des droits d'auteur, ce reportage ne sera pas disponible
sur Internet.
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Le
VIH et le sida au Canada
L'expression
« sida » signifie « syndrome d'immunodéficience
acquise », alors que « VIH » signifie
« virus de l'immunodéficience humaine ».
Le sida est le stade avancé de la maladie causée par
le VIH. Le VIH attaque le système immunitaire et les cellules
nerveuses du corps humain. Avec le temps, les systèmes immunitaire
et nerveux s'endommagent et la personne atteinte du VIH peut contracter
diverses maladies. C'est à ce moment que le sida est diagnostiqué.
En
mai 1998, on estimait que 20 000 personnes avaient été
diagnostiquées comme étant atteintes du sida au Canada.
Ce chiffre ne comprend pas les personnes atteintes du VIH qui ne
sont pas encore assez malades pour être considérées
comme atteintes du sida.
Selon
les statistiques canadiennes sur le sida, le nombre de personnes
chez qui on diagnostique le sida diminue d'année en année,
probablement en raison de l'amélioration du traitement des
symptômes des personnes atteintes du VIH. L'amélioration
des traitements a repoussé le début de la phase sidatique.
Les
rapports de laboratoires indiquent que, jusqu'en décembre
1997, 41 680 personnes avaient eu un test positif au dépistage
du VIH. On compte chaque année entre 3000 et 5000 nouveaux
cas d'infection au Canada. De plus, de nouveaux groupes à
risque sont infectés par le VIH, y compris un nombre croissant
de femmes, d'hétérosexuels et de jeunes.
Il
est difficile de savoir exactement combien de personnes sont atteintes
du VIH au Canada, entre autres parce que nombre de personnes n'ont
toujours pas été testées ou qu'elles ont subi
un test anonyme (les rapports de tests anonymes ne sont pas inclus
dans les statistiques).
Le
nombre de cas de sida qui sont rapportés est à la
baisse en raison de l'amélioration des traitements. Toutefois,
le nombre d'infections au VIH continue de croître.
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POUR
EN SAVOIR PLUS
ONUSIDA
Programme commun des Nations Unies sur le VIH/SIDA
Société
canadienne du sida
Site de l'organisation regroupant une centaine
d'organismes de lutte contre le sida
VaxGen
Site du fabricant américain du vaccin
contre le sida AIDSVAX
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L'émission
Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada
le vendredi à 21 h et présentée en rediffusion
sur les ondes de RDI le samedi à 23 h, le dimanche
à 4 h et à 20h, ainsi que le lundi à 3 h.
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