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Le
général Rashid Dostum
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La
région de Mazar-é Charif, dans le nord-ouest de l'Afghanistan,
a été le théâtre des batailles les plus
cruciales de la guerre. Il fallait faire tomber Mazar pour arriver
ensuite à Kaboul. Après de chaudes luttes, c'est chose
faite. Les deux grands vainqueurs dans cette région sont
des seigneurs de guerre rivaux, Mohammed Atta et le général
Rashid Dostum, largement considéré comme le commandant
le plus impitoyable du pays, et le plus proche allié des
États-Unis dans cette guerre. Ce dernier est aussi le personnage
clé de l'Alliance du Nord lors de la capitulation de Kunduz.
Kunduz
détient 7000 prisonniers talibans qui doivent être
transférés dans d'autres prisons. Parmi eux, John
Walker Lindh, un taliban américain. Les médias se
sont rués sur son histoire, laissant de côté
les autres prisonniers et le sort qui les attendait.
Les
talibans ont été envoyés à Kalai Zeini,
une énorme forteresse, avant d'être envoyés
dans une prison plus à l'ouest, à Sheberghan. Mais
selon les chiffres officiels, seulement 3000 d'entre eux sont arrivés
à Sheberghan vivants. Où sont passés les milliers
qui manquent à l'appel? On sait que quelques centaines d'entre
eux ont été vendus aux services de sécurité
de leur pays respectif par les chefs de guerre - une tradition afghane
: les Ouzbeks ont été cédés au redoutable
SNB et les Tchétchènes au KGB russe. Le sort qu'ils
ont connu est laissé à notre imagination.
Que
s'est-il passé pendant le transport des prisonniers? L'escorte
de ces prisonniers était composée de soldats afghans,
et plusieurs d'entre eux ont vu leurs camarades mourir sous les
balles des talibans. Leur soif de vengeance plane dans l'air et
ils ont très peu de sympathie à l'endroit des quelques
milliers qui sont emmenés à Sheberghan. Lorsque les
camions sont bondés de prisonniers, les soldats en entassent
des milliers dans des conteneurs. En tout, près de 25 conteneurs
remplis de centaines de prisonniers vont faire une centaine de kilomètres
en plein désert. Au bout d'une vingtaine de minutes dans
cette condition, les prisonniers ont commencé à réclamer
de l'air. « [Les soldats afghans] nous ont dit d'arrêter
nos camions et nous sommes descendus. Après, ils ont tiré
sur les conteneurs. Du sang s'est mis à couler. À
l'intérieur, on entendait hurler », témoigne
un des camionneurs dont la participation a été forcée
par l'armée afghane.
Ces
trous d'aération n'avaient rien d'un geste humanitaire. Au
lieu de viser le toit des conteneurs, les soldats tiraient au hasard,
tuant ceux qui se trouvaient près des parois. Un chauffeur
de taxi de la région s'était arrêté à
un poste d'essence sur la route de Sheberghan. « J'ai
senti une odeur bizarre et j'ai demandé au pompiste d'où
ça venait. Il m'a dit "Regarde derrière toi".
Et j'ai vu trois camions avec des conteneurs. Du sang coulait de
partout. Mes cheveux se sont dressés sur ma tête. C'était
l'horreur », témoigne-t-il.
Parmi
les prisonniers entassés dans les conteneurs, ceux qui sont
morts sur le coup ont connu une délivrance rapide. D'autres
ont agonisé plusieurs jours dans le désert avant d'arriver
à Sheberghan. Lorsqu'on a ouvert les conteneurs, on s'est
rendu compte de l'ampleur du carnage. Un soldat, qui a fui l'Afghanistan
depuis, décrit la scène dans une entrevue donnée
à un journal pakistanais : « Jamais je n'oublierai
cette sensation. C'était la puanteur la plus révoltante
et la plus forte qu'on puisse imaginer : un mélange de matières
fécales, d'urine, de sang, de vomi et de chairs en décomposition.
Une odeur à vous faire oublier toutes les autres odeurs que
vous avez jamais connues ».
Pendant
dix jours, la Croix-Rouge a essayé en vain d'aller voir ce
qui se passait. On lui a dit qu'elle ne pouvait pas entrer parce
que des soldats américains travaillaient à l'intérieur.
Les
prisonniers valides ont été emmenés en prison,
tandis que les morts étaient chargés dans les conteneurs.
Beaucoup de prisonniers avaient survécu, mais certains étaient
si gravement blessés qu'on les a remis dans les conteneurs
avec les morts. « Certains talibans étaient
blessés et d'autres étaient si faibles qu'ils étaient
sans connaissance. Nous les avons emmenés ici, à Dasht-é
Leili. Ils ont été abattus là »,
témoigne un des camionneurs.
Si
les soldats américains arrivent à camoufler leur rôle
dans cette prison, c'est un cas limite de crime de guerre. Mais
s'ils ont assisté à l'exécution sommaire des
prisonniers en s'abstenant d'intervenir, alors ils se sont indéniablement
rendu coupables d'un acte criminel.
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Des
soldats américains surveillant la prison de Sheberghan
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Pour
porter des accusations, encore faut-il une enquête indépendante.
Qui pourrait la faire? Les Nations unies craignent trop pour la
sécurité de leur propre personnel pour s'y impliquer.
Le gouvernement afghan semble disposé à juger ses
seigneurs de guerre les plus dangereux, mais dans la réalité,
ses chances de réussite sont quasiment nulles. L'administration
de Kaboul n'a pas réellement d'influence en dehors de la
capitale, et elle aurait besoin de l'aide du plus grand allié
du général Dostum, les États-Unis, pour ouvrir
une enquête. Or, les autorités américaines tiennent
absolument à éviter ce genre de scénario, car
il aboutirait presque certainement à une mise en accusation
pour crimes de guerre de ses propres soldats. Le Pentagone préférerait
qu'on oublie cette affaire. Mais les pressions commencent à
se faire plus intenses à Washington.

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En
raison des droits d'auteur, ce reportage ne sera pas disponible
sur Internet.
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Après
avoir passé un mois à Londres pour récupérer,
le journaliste qui a rendu ce reportage possible, au péril
de sa vie, Najibullah Quraishi a tenu à renvoyer les
hommages. « Jaimerais souhaiter sécurité
et prospérité à tous les journalistes du monde,
quil ne subissent aucune interférence de quelque sorte
que ce soit dans leur profession. Jaimerais également
dédier ce prix au peuple de lAfghanistan, mon charmant
pays. »
L'émission
Zone Libre
est diffusée sur les ondes de Radio-Canada le vendredi
à 21 h et présentée en rediffusion sur
les ondes de RDI le samedi à 23 h, le dimanche
à 20 h ainsi que le lundi à 1 h.
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