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Chaque
jour depuis sept ans, Terry Moore doit franchir de nombreux points
de sécurité avant d'arriver à son lieu de travail.
À l'intérieur du site, Terry, qui est aussi pasteur,
se rend dans une zone à haute sécurité, difficilement
accessible aux caméras. Chaque matin, ils sont plus de 1000
employés à venir travailler ici, à fabriquer
des bombes pour leur pays. McAlester est l'endroit où l'on
fabrique pratiquement toutes les bombes conventionnelles utilisées
par l'armée américaine. L'usine est sous autorité
militaire, mais la tâche de fabriquer les bombes revient entièrement
à des civils. Dans cette région où les salaires
sont généralement bas et le niveau de scolarisation
peu élevé, les emplois bien rémunérés
de l'usine sont particulièrement recherchés.
Premier
employeur de McAlester, l'usine constitue le gagne-pain de presque
toute la communauté. À la chaîne de montage,
tout le monde se dit heureux de fabriquer des bombes. Sur les horreurs
de la guerre et les victimes civiles, la réflexion est partout
la même. C'est dommage, mais c'est la guerre. Tous travaillent
à défendre la liberté, la démocratie
et leur nation. « Je travaille ici, à la base, mais
je suis aussi un pasteur. Cela peut sembler une contradiction, mais
ça ne l'est pas pour moi. J'aime ce pays et je ferai tout
pour protéger ses libertés, même si je dois
pour cela fabriquer des bombes », soutient le pasteur
Terry Moore. McAlester est une ville particulière. C'est
une communauté qui vit au rythme des guerres, et où
la paix signifie le chômage. Ici, la guerre est une nécessité
bienfaisante.
La
petite ville ne fait pas que produire des bombes, elle entrepose
aussi des munitions en tous genres et de tous les calibres. C'est
dans un véritable champ de bunkers que l'on entrepose les
armes de guerre américaines. Sur cet immense terrain de plus
de 100 kilomètres carrés, 2200 bunkers sortent de
terre. C'est le plus important dépôt d'armes aux États-Unis.
McAlester
possède aussi un autre côté bien sombre. Étrangement,
c'est aussi dans cette petite communauté que l'on exécute
tous les condamnés à mort de l'État de l'Oklahoma.
Le pourcentage d'exécution est maintenant plus élevé
ici qu'au Texas. Principal employeur de la région après
l'usine de bombe, le pénitencier de McAlester est une prison
à sécurité maximum marquée par un lourd
passé. C'est ici, en 1973, que se déroule l'une des
émeutes les plus coûteuses de l'histoire carcérale
des États-Unis. En 1978, la Cour fédérale oblige
même les autorités à fermer certaines unités
de la prison, jugeant les conditions de détention inconstitutionnelles.
Depuis
1990, 58 exécutions ont eu lieu ici, et chaque fois, Cynthia
Ury, militante catholique, est venue manifester son opposition à
la peine de mort devant la prison. Celle qui s'oppose aussi à
la fabrication de bombes représente à elle seule la
moitié de tous les pacifistes de McAlester, puisque la ville
n'en compte que deux. « Je comprends que les habitants
ont besoin de travail, affirme la militante, mais je crois que le
problème est plus profond. On en vient à penser que
c'est correct de fabriquer des bombes. »
Située
au cur de l'Amérique profonde, dans une région
surnommée la « Bible Belt », d'où
vient aussi le président Bush, McAlester est une ville où
s'entrelacent ferveur religieuse et patriotisme. Mais comment explique-t-on
aux enfants que leur père pasteur fabrique des bombes? «
Ils ne comprenaient pas la différence entre les bonnes
personnes et les mauvaises avant le 11 septembre, explique l'épouse
de Terry Moore. Maintenant, c'est plus facile pour eux de comprendre
pourquoi nous fabriquons des bombes. Ils savent que cela vient en
aide à nos soldats, qui sont les bonnes personnes, et que
les bombes servent à nous défendre contre les mauvaises
personnes. Nous leur avons expliqué que nos soldats ne font
pas ce que les autres font. Nos avions ne volent pas en territoire
civil pour larguer des bombes sur des innocents. Nous tentons de
bombarder uniquement des positions stratégiques, pas des
civils. »
À
McAlester, jamais les gens n'ont autant travaillé depuis
la guerre du Vietnam. Ici, la machine tourne à plein régime.
C'est la machine de guerre, nourrie par le fondamentalisme religieux
et la certitude que Dieu est à leurs côtés.
*
Les citations ont été traduites de l'anglais

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