|
À
la chute de l'Empire ottoman, la Société des Nations,
l'ancêtre de l'ONU, a confié aux Britanniques une forme
de gérance d'une partie du Moyen-Orient. Conscients de la
présence du pétrole, ils établissent un royaume
sur les anciennes provinces de Mésopotamie qu'ils rebaptisent
l'Irak. Né sous des regards avides, l'Irak est encore convoité
pour son or noir. Tous les changements majeurs de la nation sont
d'ailleurs liés à l'exploitation pétrolière.
D'abord,
son indépendance. Motivé par la nationalisation des
exploitations de l'Iran, Bagdad pousse les compagnies britanniques
hors du pays. Le 14 juillet 1958, de jeunes officiers portent le
général Kassem au pouvoir, après avoir exécuté
le roi qui était en place, sa famille et la plupart de ses
ministres.
Les
nouveaux propriétaires du pétrole réunis dans
l'OPEP comprennent rapidement que le pétrole peut être
une arme politique. En décidant de réduire sa production
et d'augmenter le prix du pétrole, l'OPEP tient l'Occident
en otage. C'est la première crise pétrolière
pour les uns, et l'annonce d'une ère de prospérité
pour les autres. En Irak, deuxième réserve pétrolière
du Moyen-Orient, on mise sur l'or noir pour devenir le pays arabe
de la région le plus développé, le plus moderne,
le plus prospère. Seule ombre au tableau : il n'y a
qu'un seul parti qui dirige le pays. Le parti Baas, un parti supranational,
sème tranquillement la terreur.
Pour
garder la soumission de son peuple, Saddam Hussein mise sur l'idolâtrie.
Il se compare à Sargon, Hammourabi, Nebucadnetsar, Assourbanipal.
Il va même jusqu'à reconstruire, à très
grands frais, la Babylone des Anciens avec des briques portant des
textes à sa gloire. Et Saddam a d'autres rêves, mais
pour les réaliser, il a besoin de beaucoup d'argent. Il a
besoin de tout le pétrole qu'il peut trouver, et il ne se
gênera pas pour puiser dans les gisements du nord, sur lesquels
comptaient les Kurdes pour proclamer leur autonomie. La contestation
des Kurdes sera rapidement étouffée par le régime
de Saddam Hussein.
En
1979, l'Iran, le pays voisin, est en pleine révolution islamiste.
Saddam y voit un temps favorable pour agrandir son territoire et
aller chercher davantage d'influence, par le biais d'une plus grande
quantité de pétrole. Mais les Iraniens lui font une
chaude lutte et Saddam a besoin rapidement de davantage de fonds.
Il signe un engagement avec l'Arabie Saoudite et le Koweït
qui prévoit la redistribution du quota de l'OPEP de l'Irak
contre de l'argent liquide. Les choses se corsent lorsque la guerre
Iran-Irak prend fin. La destruction des infrastructures, le manque
à gagner pétrolier et la dette extérieure atteignent
des chiffres astronomiques. « Les Saoudiens étaient
plus exigeants que les Koweïtiens pour se faire rembourser.
[Saddam s'est mis en colère en 1990 après que] le
Koweït et les Émirats ont décidé de vendre
la dette irakienne aux banques internationales au rabais. Ce qui
voulait dire non seulement que les banques comptaient bien être
remboursées, mais qu'en plus cela affecterait les possibilités
de crédit de l'Irak sur le marché extérieur
si le pays ne respectait pas les délais de paiement »,
spécifie Nabil Moussaoui, membre du Congrès national
irakien, un groupe opposé au régime de Saddam Hussein.
Après
une autre dispute diplomatique contre le Koweït, la colère
de Saddam s'enflamme et ses armées envahissent le Koweït.
Pour tenter de gagner l'appui des autres pays arabes, Saddam envoie
quelques missiles Scuds sur Israël, mais il n'est pas Nebucadnetsar,
qui a mis fin au royaume de Juda, et la répression internationale
ne se fait pas attendre. Le Koweït est libéré,
mais l'Irak est dévasté. Pour prévenir une
catastrophe humanitaire, l'ONU place le pays sous tutelle. Les Irakiens
ont alors perdu le contrôle effectif de leur pétrole,
aux profits des pays étrangers.
|
« Le
processus est le suivant : le gouvernement de l'Irak
estime la quantité de pétrole qu'il peut vendre
et il en évalue grosso modo le bénéfice,
sur la base des prix du moment. Et sur cette base, nous préparons
la distribution de nourriture. C'est le gouvernement irakien
qui s'en occupe pour le centre et le sud du pays, et pour
le nord, ce sont les agences des Nations unies. Une fois le
pétrole effectivement vendu, les profits sont déposés
sur un compte bloqué des Nations unies. Cinquante-neuf
pour cent des ressources sont allouées à la
partie sud et au centre de l'Irak, 13 % sont réservées
au nord, aux trois provinces du nord. Vingt-cinq pour cent
sont retenues par les Nations unies pour un fond spécial
de dédommagement pour le Koweït créé
après la guerre du Golfe - il sert donc aux réparations
de guerre, essentiellement au bénéfice du Koweït
- 2,2 % sont utilisées pour les coûts administratifs
liés au programme "Pétrole contre nourriture",
en particulier dans le nord, et 0,8 % servent à financer
le programme de désarmement de l'ONU, l'UNMOVIC. »
- Christopher Klein Beekman, coordonnateur de l'UNICEF.
|
La
question, maintenant, est de savoir si le peuple irakien sera à
jamais privé de la maîtrise de son pétrole?
Est-ce qu'une tutelle internationale permet au peuple irakien d'exploiter
et de vendre efficacement son pétrole? À qui appartient
l'avenir de l'Irak : aux Irakiens, aux compagnies internationales
ou aux gouvernements des grandes puissances?

|
|
En
raison des droits d'auteur, ce reportage ne sera pas disponible
sur Internet.
|
|
POUR
EN SAVOIR PLUS
ARTE
France
page de la chaîne qui a produit ce reportage
La
crise irakienne
dossier
spécial préparé par l'équipe du
site Nouvelles de Radio-Canada
|
L'émission
Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada
le vendredi à 21 h et présentée en rediffusion
sur les ondes de RDI le samedi à 23 h, le dimanche
à 20 h ainsi que le lundi à 1 h.
|
VOUS
AVEZ MANQUÉ UNE ÉMISSION?
Toutes
les émissions de la saison régulière
sont archivées pour vous permettre de consulter le
reportage que vous auriez manqué ou aimeriez revoir.
Veuillez toutefois noter que les reportages achetés
ne peuvent être archivés en format vidéo
en raison des droits d'auteurs, mais ils sont disponibles
en format texte.
Consultez
la rubrique Reportages récents.
|
|