.  
Adaptation pour Internet : CAROLINE PAULHUS

IRAK : BARILS DE PÉTROLE, BARILS DE POUDRE

réalisateur : ROBERT MUGNEROT
enquête et reportage : BAUDOIN KOENIG et AMAL MOGHAIZEL

Déjà il y a 2000 ans, l'historien grec Diodore de Sicile parlait des sanglantes batailles qui agitaient la Haute Mésopotamie pour le contrôle du bitume. Ce pétrole, qui affleure naturellement, était utilisé par les hommes de l'Antiquité pour calfater, cimenter ou alimenter les feux sacrés éternels. L'invention du moteur à explosion a exacerbé l'intérêt des hommes du 20e siècle pour cette richesse naturelle. L'Irak abrite aujourd'hui la deuxième réserve de pétrole de la planète. De quoi susciter la convoitise du monde.

 

À la chute de l'Empire ottoman, la Société des Nations, l'ancêtre de l'ONU, a confié aux Britanniques une forme de gérance d'une partie du Moyen-Orient. Conscients de la présence du pétrole, ils établissent un royaume sur les anciennes provinces de Mésopotamie qu'ils rebaptisent l'Irak. Né sous des regards avides, l'Irak est encore convoité pour son or noir. Tous les changements majeurs de la nation sont d'ailleurs liés à l'exploitation pétrolière.

D'abord, son indépendance. Motivé par la nationalisation des exploitations de l'Iran, Bagdad pousse les compagnies britanniques hors du pays. Le 14 juillet 1958, de jeunes officiers portent le général Kassem au pouvoir, après avoir exécuté le roi qui était en place, sa famille et la plupart de ses ministres.

Les nouveaux propriétaires du pétrole réunis dans l'OPEP comprennent rapidement que le pétrole peut être une arme politique. En décidant de réduire sa production et d'augmenter le prix du pétrole, l'OPEP tient l'Occident en otage. C'est la première crise pétrolière pour les uns, et l'annonce d'une ère de prospérité pour les autres. En Irak, deuxième réserve pétrolière du Moyen-Orient, on mise sur l'or noir pour devenir le pays arabe de la région le plus développé, le plus moderne, le plus prospère. Seule ombre au tableau : il n'y a qu'un seul parti qui dirige le pays. Le parti Baas, un parti supranational, sème tranquillement la terreur.

Pour garder la soumission de son peuple, Saddam Hussein mise sur l'idolâtrie. Il se compare à Sargon, Hammourabi, Nebucadnetsar, Assourbanipal. Il va même jusqu'à reconstruire, à très grands frais, la Babylone des Anciens avec des briques portant des textes à sa gloire. Et Saddam a d'autres rêves, mais pour les réaliser, il a besoin de beaucoup d'argent. Il a besoin de tout le pétrole qu'il peut trouver, et il ne se gênera pas pour puiser dans les gisements du nord, sur lesquels comptaient les Kurdes pour proclamer leur autonomie. La contestation des Kurdes sera rapidement étouffée par le régime de Saddam Hussein.

En 1979, l'Iran, le pays voisin, est en pleine révolution islamiste. Saddam y voit un temps favorable pour agrandir son territoire et aller chercher davantage d'influence, par le biais d'une plus grande quantité de pétrole. Mais les Iraniens lui font une chaude lutte et Saddam a besoin rapidement de davantage de fonds. Il signe un engagement avec l'Arabie Saoudite et le Koweït qui prévoit la redistribution du quota de l'OPEP de l'Irak contre de l'argent liquide. Les choses se corsent lorsque la guerre Iran-Irak prend fin. La destruction des infrastructures, le manque à gagner pétrolier et la dette extérieure atteignent des chiffres astronomiques. « Les Saoudiens étaient plus exigeants que les Koweïtiens pour se faire rembourser. [Saddam s'est mis en colère en 1990 après que] le Koweït et les Émirats ont décidé de vendre la dette irakienne aux banques internationales au rabais. Ce qui voulait dire non seulement que les banques comptaient bien être remboursées, mais qu'en plus cela affecterait les possibilités de crédit de l'Irak sur le marché extérieur si le pays ne respectait pas les délais de paiement », spécifie Nabil Moussaoui, membre du Congrès national irakien, un groupe opposé au régime de Saddam Hussein.

Après une autre dispute diplomatique contre le Koweït, la colère de Saddam s'enflamme et ses armées envahissent le Koweït. Pour tenter de gagner l'appui des autres pays arabes, Saddam envoie quelques missiles Scuds sur Israël, mais il n'est pas Nebucadnetsar, qui a mis fin au royaume de Juda, et la répression internationale ne se fait pas attendre. Le Koweït est libéré, mais l'Irak est dévasté. Pour prévenir une catastrophe humanitaire, l'ONU place le pays sous tutelle. Les Irakiens ont alors perdu le contrôle effectif de leur pétrole, aux profits des pays étrangers.

« Le processus est le suivant : le gouvernement de l'Irak estime la quantité de pétrole qu'il peut vendre et il en évalue grosso modo le bénéfice, sur la base des prix du moment. Et sur cette base, nous préparons la distribution de nourriture. C'est le gouvernement irakien qui s'en occupe pour le centre et le sud du pays, et pour le nord, ce sont les agences des Nations unies. Une fois le pétrole effectivement vendu, les profits sont déposés sur un compte bloqué des Nations unies. Cinquante-neuf pour cent des ressources sont allouées à la partie sud et au centre de l'Irak, 13 % sont réservées au nord, aux trois provinces du nord. Vingt-cinq pour cent sont retenues par les Nations unies pour un fond spécial de dédommagement pour le Koweït créé après la guerre du Golfe - il sert donc aux réparations de guerre, essentiellement au bénéfice du Koweït - 2,2 % sont utilisées pour les coûts administratifs liés au programme "Pétrole contre nourriture", en particulier dans le nord, et 0,8 % servent à financer le programme de désarmement de l'ONU, l'UNMOVIC. »
- Christopher Klein Beekman, coordonnateur de l'UNICEF.

La question, maintenant, est de savoir si le peuple irakien sera à jamais privé de la maîtrise de son pétrole? Est-ce qu'une tutelle internationale permet au peuple irakien d'exploiter et de vendre efficacement son pétrole? À qui appartient l'avenir de l'Irak : aux Irakiens, aux compagnies internationales ou aux gouvernements des grandes puissances?

En raison des droits d'auteur, ce reportage ne sera pas disponible sur Internet.


POUR EN SAVOIR PLUS

ARTE France
page de la chaîne qui a produit ce reportage

La crise irakienne
dossier spécial préparé par l'équipe du site Nouvelles de Radio-Canada

L'émission Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada le vendredi à 21 h et présentée en rediffusion sur les ondes de RDI le samedi à 23 h, le dimanche à 20 h ainsi que le lundi à 1 h.

VOUS AVEZ MANQUÉ UNE ÉMISSION?

Toutes les émissions de la saison régulière sont archivées pour vous permettre de consulter le reportage que vous auriez manqué ou aimeriez revoir. Veuillez toutefois noter que les reportages achetés ne peuvent être archivés en format vidéo en raison des droits d'auteurs, mais ils sont disponibles en format texte.

Consultez la rubrique Reportages récents.