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Adaptation pour Internet : CAROLINE PAULHUS

APRÈS SADDAM

journaliste : JOHN SWEENEY
producteurs : ELIZABETH CEIROG JONES et EWA EWART

Qui sont ceux qui se bousculent pour avoir une partie du pouvoir après une éventuelle chute de Saddam? Les compagnies pétrolières sollicitent déjà les faveurs de ceux qui pourraient remplacer l'actuel leader du pays. Les représentants des trois groupes très différents qui ont donné naissance à l'Irak — tous ayant des raisons très personnelles de détester le régime de Saddam — élaborent, non sans difficulté, un front unifié contre le dictateur. Ces personnes ont de fortes raisons de chercher leur vengeance, à commencer par les Américains, qui aimeraient bien l'établissement d'un gouvernement plus sympathique envers l'Ouest.

Une équipe de la télévision britannique est allée enquêter en Irak, mais aussi dans les corridors de l'OPEP et des autres organisations internationales. Elle en est revenue avec un portrait de ce que pourrait être l'Irak… après Saddam.

 

Devant les caméras, ce ne sont que des éloges qu'on entend à l'égard de Saddam Hussein.

« [La guerre], c'est uniquement pour le pétrole, l'avidité des États-Unis pour le pétrole. »

« Tout le peuple appuie le chef. Il adore Saddam. Tout le monde adhère au Baath. »
« Il est notre père, notre frère, l'eau que nous buvons. Lorsque nous sommes assoiffés, il nous désaltère. »

D'autres Irakiens, qui ont fui pour parler ouvertement, ont un tout autre point de vue. Tandis que les États-Unis se préparent à la guerre, ils osent envisager un avenir meilleur pour l'Irak. Mais Saddam doit partir. Pour eux, les marches en faveur de la paix n'ont aucun sens.

Pour comprendre pourquoi on adule ou on déteste Saddam Hussein, il faut comprendre l'histoire de ce pays et le rôle brutal que Saddam Hussein y a joué. Avant 1921, ce pays n'existait pas. L'Irak a été créé juste après la Première Guerre mondiale par un trait de plume de l'Empire britannique. Trois peuples ont alors été rassemblés : les Kurdes du nord, les sunnites du centre et les chiites du sud. Aidés par Laurence d'Arabie, les Britanniques ont concocté une monarchie et nommé un roi qui allait régner sur les trois peuples. Sous la monarchie, Bagdad était une ville prospère où la vie était harmonieuse, et non une citadelle de terreur. Les Britanniques étaient aux premiers rangs lorsque l'Irak a commencé à exporter du pétrole. La prospérité s'est installée, mais la redistribution de la richesse n'était pas une priorité.

En 1958, le gouvernement a été renversé par un coup d'État. Le roi, le prince héritier, la grand-mère du roi, sa tante et quelques membres du personnel qui tentaient de se sauver ont tous été fusillés. Depuis, le cycle de la violence n'a pas connu de répit. Onze ans plus tard, le parti nationaliste arabe Baath prend le pouvoir.

Désolation après une répression de Saddam Hussein (photo SRC)

Saddam Hussein, qui avait commencé comme homme de main du parti Baath, a gravi les échelons jusqu'à la présidence. On chuchotait à Bagdad que le nouvel homme fort avait lui-même jeté un de ses rivaux dans un bain d'acide. La république irakienne était dominée par la peur. Puis, Saddam Hussein a envahi l'Iran. Un million de personnes sont mortes. Onze ans plus tard, il envahissait le Koweït. Entre-temps, toute opposition était réprimée par la force. Galvanisés par le discours de Washington et l'espoir du renversement imminent de Saddam Hussein, les opposants en exil — sunnites, chiites et Kurdes — se sont unis et ont défié ouvertement Saddam. Mais après le départ des Américains, la répression qui s'en est suivie est inimaginable (voir l'explication dans la colonne de droite).

Aujourd'hui, les drames des Kurdes, des chiites et même des sunnites, sous le règne de Saddam, hantent 65 exilés, des dirigeants réunis en conférence dans le nord de l'Irak. Devant l'imminence d'une guerre menée par les Américains, dont l'Irak devient soudain l'enjeu, ils sont courtisés par les riches et grandes pétrolières, soucieuses de protéger leurs intérêts après le départ de Saddam. Un mariage d'intérêts se prépare, alors que les victimes pourraient bientôt devenir les vainqueurs. Depuis quelques mois, les tentatives de séduction se multiplient.

Organization of the Petroleum Exporting Countries (OPEC) ou l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP)
(photo SRC)

Déjà l'opposition irakienne a commencé à discuter avec les grandes pétrolières. Elle a énoncé l'essentiel de ce qui sera offert, des propositions, des adjudicataires pressentis et des modalités. L'opposition a été aussi invitée à Davos (au Forum économique mondial), à Washington et à Londres à maintes reprises. Des membres de l'opposition irakienne rapportent qu'ils sont aussi continuellement en contact avec des sociétés pétrolières françaises et américaines.

« Le dilemme de l'opposition irakienne, ou des Irakiens en général, c'est que les motivations des Américains diffèrent de celles des Irakiens, alors que les objectifs sont les mêmes : changer le régime », fait remarquer Adnan Pachachi, ex-ministre des Affaires étrangères de l'Irak.

Mais lors des visites de l'opposition irakienne à Washington, on ne discutait pas seulement d'armes de destruction massive ou de pétrole. On a aussi parlé de la présence américaine après Saddam. Un des membres de l'opposition a même laissé échapper que cette présence aurait une durée de huit ans.

Washington planifie l'élimination de Saddam pour que l'Irak soit propice aux enfants, aux chaussons aux pommes de McDonald et à la démocratie — mais il y a d'autres raisons, comme le pétrole, et aussi venger l'humiliation de George Bush père. La crainte que Saddam remette le bacille du charbon à Al-Qaeda est la troisième raison, la principale peut-être. À Bagdad, George W. Bush a besoin d'un allié fiable, comme Ahmed Chalabi, un chiite rompu aux coutumes de l'Occident. Mais il n'est peut-être pas non plus l'homme de la situation. Un tribunal jordanien a condamné Ahmed Chalabi par contumace à la suite d'une fraude bancaire de plusieurs millions de dollars, pour laquelle il nie toute implication.

Qu'il ait ou non volé une banque, Ahmed Chalabi est dans le nord de l'Irak, avec les 65 autres. Il attend la chute de Saddam. Il attend de voir s'il est toujours dans la course.

L'opposition irakienne se présente en démocrate qui va demander au peuple de faire preuve de retenue et de compassion envers ceux qui ont tué au nom de l'ancien régime. Ils ont beaucoup souffert et on doit leur donner l'occasion de démontrer leur valeur. La guerre risque d'engendrer effusions de sang et chaos. Mais on a peine à imaginer un régime plus cruel que celui de Saddam Hussein.


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LES OPPOSANTS IRAKIENS

Chiites :
Groupe majoritaire méprisé par le régime de Saddam, il forme 65 % de la population en Irak. Après avoir libéré le Koweït en 1991, les Américains les ont encouragés à se soulever. Ces « Arabes des marais » ont pris George Bush père au mot, mais tout a dérapé. Les Américains se sont retirés par crainte que cela ne soit pire que sous Saddam. Ils craignaient en effet que les chiites de l'Irak deviennent comme les fondamentalistes de l'Iran. Un autre dirigeant du Moyen-Orient partageait leurs craintes à propos des chiites. Privés de leur protection américaine, les chiites se sont retrouvés à la merci du régime de Saddam. Le soulèvement chiite a été réprimé. La garde républicaine de Saddam aurait tué 200 000 personnes. Puis, pendant sept ans, on a drainé les marais. Ces luxuriantes terres humides, un des berceaux de civilisation bien avant que la Bible ne ne soit écrite, ont été réduites en terres sablonneuses stériles. Saddam Hussein n'a pas détruit seulement la résistance des Arabes des marais, il a anéanti tout un monde.

Sunnites :
Selon certains analystes, la minorité arabe sunnite, qui a le haut du pavé avec le régime Baath, risque de subir une terrible rétrogradation avec la chute du régime de Saddam. Mais ce n'est pas l'avis de tous. D'autres analystes avancent que seuls les partisans de la secte Baath sont détestés, et que la plupart des chiites s'entendent bien avec les autres sunnites.

Kurdes :
Vivre en paix sous Saddam n'a pas été facile pour les Kurdes. Le gazage de Halabja est le seul dont les médias du monde entier ont pu témoigner. Dans les montagnes, seuls les soldats kurdes ont survécu. Les femmes, les enfants, même les animaux de compagnie ont succombé au gaz mortel. Loin des caméras, au cours de la campagne des Anfal, Saddam Hussein a gazé et tué des dizaines de milliers de Kurdes pendant les années 1980. Quand les Américains ont incité les Irakiens au soulèvement, en 1991, les Kurdes ont suivi le mot d'ordre. Au départ des Américains, Saddam Hussein a réprimé leur soulèvement, comme celui des chiites du sud. Il a été impitoyable. Les Kurdes sont fermement résolus à se débarrasser de Saddam Hussein.

POUR EN SAVOIR PLUS

After Saddam
page de l'émission de la BBC qui a produit ce reportage

La crise irakienne
dossier spécial préparé par l'équipe du site Nouvelles de Radio-Canada

L'émission Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada le vendredi à 21 h et présentée en rediffusion sur les ondes de RDI le samedi à 23 h, le dimanche à 20 h ainsi que le lundi à 1 h.