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Un
matin à la gare de Delhi. Ici, c'est la porte d'entrée
du trafic d'enfants en Inde. Ils arrivent par dizaine chaque jour.
Parmi eux, trois jeunes de la même famille. La plus vieille
a 11 ans, la deuxième 7 ans et le plus jeune a à peine
5 ans (photo ci-contre). Ils font des spectacles dans les trains
et rapportent les quelques sous qu'ils amassent à leur frère
aîné qui habitent en banlieue. Si la police les trouve,
on les arrête immédiatement. Ils vivent constamment
avec le danger, la peur de se faire prendre, de se faire voler peu
qu'ils ont et de se faire abuser.
Ces
trois enfants, comme plusieurs autres, viennent des campagnes pauvres.
Les organismes qui cherchent à enrailler cet exode tentent
de convaincre les parents de ne pas laisser leurs enfants partir.
Peine perdue. « On ne cesse de leur dire que l'Inde n'est
pas le paradis, que leur vie sera plus difficile, qu'ils seront
exploités, ça ne sert à rien, ils partent quand
même », explique un des représentants.
Le
SACCS est une coalition d'organisme qui lutte contre l'esclavage
des enfants en Inde. Son fondateur, un ex-ingénieur qui a
tout abandonné pour se consacrer à cette cause, est
désormais une référence internationale en ce
qui concerne le travail des enfants. « Faire travailler
aujourd'hui un grand nombre d'enfants, c'est créer pour plus
tard, quand ils seront adultes, un grand nombre d'illettrés,
assure Kailash Satyarthi, président fondateur de South Asian
Coalition on Child Servitude. On a en Inde (
) 65 millions
de chômeurs adultes. Qui sont-ils ? Pour la plupart ce sont
ces enfants, qui devenus adultes, ont été mis à
la porte parce qu'ils étaient moins dociles. »
L'Inde
compte aujourd'hui 34 % d'illettrés, hommes, femmes
et enfants confondus. Malheureusement, l'UNESCO prévoit qu'en
2015, l'Inde en comptera 35 %, ce qui veut dire qu'il y aura
alors 10 millions d'enfants illettrés.
Quelques
tristes exemples
À
la porte du bidonville de Delhi, on découvre un petit café
de fortune devant une maison en construction. Comme dans tous ces
commerces, c'est un enfant qui y travaille (photo à gauche).
Il a 10 ans et il prépare les repas, fait le thé et
assure les livraisons. Il vit ici avec une dame qui prétend
être sa grand-mère. Elle affirme qu'ils vivent dans
ce refuge depuis deux ans et qu'il n'est jamais allé à
l'école.
Ailleurs,
dans une zone industrielle, une petite cantine située est
ouverte de 6 h le matin jusqu'à 20 h. Comme toujours,
ce sont des enfants comme celui-ci qui font les plus longues heures
et les travaux les plus déprimants : lavage de
la vaisselle dans des eaux fétides, livraison dans le quartier,
etc. Tout cela dans la crainte constante d'être battu selon
l'humeur du propriétaire. (photo à droite)
L'enfant
ici à gauche, est une sorte de célébrité
en Inde. Esclave domestique dans la résidence d'un haut fonctionnaire
du gouvernement indien, il était battu constamment. Un jour,
il a réussi à s'échapper et à retrouver
sa famille. Un des bénévoles du SACCS l'a amené
à l'hôpital et l'organisation a intenté un procès
exemplaire au fonctionnaire. Toute cette histoire a mené
par la suite à l'adoption d'une première loi interdisant
aux employés du gouvernement d'engager des enfants. Aujourd'hui,
l'enfant a 8 ans, et il a retrouvé la santé.
L'histoire
de ce dernier n'est pas unique. Dans le Prayas Observation Center,
un autre centre d'hébergement comme ceux du SACCS, 150 enfants
y ont trouvé refuge. Comme ce dernier à droite, qui
peut à peine bouger en raison des mauvais traitements qu'il
a subi. Il était esclave domestique dans une famille aisée
qui le maltraitait. « À force de lui pincer les
oreilles, la famille les a déformées. Il a été
aussi blessé à la paume de sa main et comme il ne
pouvait plus travailler avec ses mains, on l'a obligé à
frotter le plancher avec son poignet et maintenant, on peut voir
une nette déformation de son poignet », explique
un des bénévoles du centre. C'est son propre frère
qui l'a vendu pour une somme de 2000 roupies, l'équivalent
de 50 dollars canadiens. « Aujourd'hui encore il ne peut
pas rester assis trop longtemps, toutes les dix minutes il doit
changer de position », rajoute l'intervenant.
Esclave
domestique, puis esclave sexuel
Mais
pour un cas dénoncé et amené en cours, des
milliers d'autres restent impunis et c'est dans le secteur des aides
domestiques que les abus sont les plus criants. À Delhi seulement,
il y a plus de 1200 agences de placement d'enfants domestiques dont
les activités échappent à la loi. Le plus souvent,
après avoir été domestiques dans différentes
maisons, la plupart du temps abusés aussi sexuellement, les
enfants se retrouvent dans un bordel de la ville.
Le
« redlight » de Delhi, un des quartiers les
plus dangereux. C'est ici que les petites aides domestiques se retrouvent
quand elles sont vendues comme prostituées. De la rue, on
peut apercevoir leur visage à travers les ouvertures grillagées.
On dit qu'une fille sur trois est mineure. L'organisation STOP lutte
contre l'esclavage sexuel des mineures. Au début, la police
ne collaborait pas beaucoup, elle était elle-même complice
des tenanciers de bordels. Mais avec le temps, les autorités
ont décidé de collaborer et aujourd'hui, elles font
un très bon travail. Les filles libérées par
l'organisme et la police, sont envoyés dans des centres d'hébergement
temporaire et retournées chez elles quand STOP est en mesure
de retrouver les familles.
Le
travail des organismes comme STOP, aussi courageux soit-il, n'empêche
pas le trafic des enfants de progresser, malheureusement. Il y a
de plus en plus de régions pauvres où la main d'uvre
est disponible et facilement accessible, comme le Népal.
Le
Népal, un réservoir d'enfants esclaves
Katmandou
est la plaque tournante du trafic des enfants au Népal. C'est
par ici qu'ils transitent avant d'être vendus en Inde. À
peine un enfant d'âge scolaire sur trois fréquente
l'école. La moitié des enfants de 10 à 14 ans
ont un travail à temps plein. Traditionnellement, on les
retrouvait dans les industries du tapis, le principal produit d'exportation
du pays mais des groupes comme RUGMARK ont forcé un changement.
Créé par des importateurs de tapis européens,
RUGMARK inspecte les usines pour s'assurer que les tapis exportés
ne sont pas fabriqués par des enfants. Attirés par
les possibilités d'exportations, beaucoup de propriétaires
d'usine se seraient ainsi conformés aux normes de RUGMARK.
Les
enfants ont peut-être déserté les usines de
tapis, mais ils sont allés travailler ailleurs. C'est ainsi
qu'on retrouver beaucoup d'enfant dans l'industrie de la brique,
une production artisanale saisonnière qu'on voit partout
au Népal. Des villages entiers se déplacent des régions
pauvres des montagnes pour venir profiter de cette manne. Des enfants
de tous âges passent ainsi plusieurs mois par ans à
travailler du levée au couchée du soleil, pour aider
leur famille à gagner l'équivalent de 3 ou 4 dollars
par jour. Le gouvernement a beau faire des campagnes contre le travail
des enfants, le phénomène ne fait que s'accentuer
parce que le Népal est de plus en plus pauvre et que les
familles sont prêtes à tout pour gagner quelques sous.
Même RUGMARK voit maintenant son avenir menacé. Avec
la mondialisation et la concurrence qui pousse les prix à
la baisse, la conscience des importateurs n'est plus ce qu'elle
était. « La globalisation comporte quand même
un aspect positif. Elle nous a fait prendre conscience du travail
des enfants », avance le fondateur du SAXE.
Il
y a environ 30 millions d'habitants au Népal. Pour eux, l'Inde
avec son milliard de population, c'est un peu comme le rêve
américain. C'est là que beaucoup espèrent faire
fortune. Même si la majorité de ceux qui en reviennent
n'ont que des cauchemars à raconter.

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L'émission
Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada
le vendredi à 21 h et présentée en rediffusion
sur les ondes de RDI le samedi à 23 h, le dimanche
à 20 h ainsi que le lundi à 1 h.
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