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Tout
commence dans les années 1970, alors qu'une délégation
irakienne est reçue à Paris. Une rencontre entre scientifiques,
qui a culminée avec la visite du plus important centre de
recherche nucléaire français à Saclay. À
leur retour en Irak, les physiciens irakiens sont interrogés
sur leurs connaissances en nucléaire militaire. Bien qu'ils
possèdent l'expertise atomique, ces scientifiques expliquent
au gouvernement que la construction de bombes nucléaires
est davantage du domaine des ingénieurs. Quelque temps après
ces remarques, l'Irak fait l'acquisition d'une copie du réacteur
de Saclay. Bagdad prétend vouloir développer cette
source d'énergie, une déclaration plutôt curieuse
lorsqu'on considère qu'avec tout son pétrole, l'Irak
n'a pas besoin de sources d'énergie supplémentaires.
Israël, ennemi de l'Irak, s'inquiète de ces manuvres
et tente de faire reculer la France. Peine perdue. Saddam Hussein
a promis des contrats mirobolants à la France. La
France savait ce que tramait l'Irak, mais elle a alors fermé
les yeux. De plus, l'Irak cherchait un partenaire pour exploiter
son pétrole, d'où le vif intérêt de la
France, en cette période de choc pétrolier.
L'Irak
avait toujours eu de bonnes relations avec les Soviétiques
(ce sont eux qui lui avaient donné un premier réacteur
nucléaire), alors pourquoi se rapprocher de la France ?
Pour multiplier ses fournisseurs et ainsi acquérir une forme
d'indépendance. Sachant pertinemment que l'Irak voulait construire
une bombe atomique, le nouveau premier ministre de la France, Jacques
Chirac, a néanmoins ouvert les portes du réacteur
Cadarache. Saddam Hussein n'avait pas besoin qu'on tente de le convaincre : il
avait enfin trouvé ce qu'il cherchait.
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« Notre
capacité nucléaire, nous la devons aux Français,
non aux Soviétiques. »
(Tarek Aziz, vice-premier ministre irakien)
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Saddam Hussein au moment de son accession au pouvoir. (photo
SRC)
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Une
fois président en 1979, Saddam Hussein fait passer les applications
pacifiques du nucléaire acquises en France aux applications
militaires, dites « stratégiques ».
Saddam Hussein voulait renforcer sa défense contre Israël
et l'Iran. Mais, coup d'éclat en 1981 : l'aviation israélienne
détruit le réacteur Osirak, récemment acquis
de la France. Saddam Hussein ne se décourage pas et retourne
en France rencontrer le nouveau président de la République,
François Mitterrand. Cette fois, la France est sur ses gardes.
Ses analystes lui ont dit qu'un deuxième Osirak pourrait
produire une bombe atomique par an. Le projet reste paralysé.
Pendant ce temps, les Irakiens réussissent tout de même
à récupérer, des décombres d'Osirak,
juste assez de matériel pour fabriquer au moins une bombe.
Il faut dire que Bagdad vient à ce moment de recevoir de
l'aide d'un nouveau partenaire : l'Italie. Un autre pays
à entrer dans le chantage économique de l'Irak.
Puis,
vient au pouvoir en Iran un fanatique religieux : Khomeiny.
En s'attaquant à ce pays voisin, l'Irak devient l'ami des
Occidentaux, qui redoutent le successeur du Shah. Une société
allemande accepte d'offrir à Saddam Hussein une usine d'armes
chimiques. Elle passe encore aujourd'hui pour une usine de pesticides.
À défaut du nucléaire, l'Irak possède
alors de l'armement biologique et chimique, plus faciles à
fabriquer. Les États-Unis s'inquiètent de cette usine
allemande en Irak. La CIA en informe Berlin, qui reste muette. De
plus en plus d'entreprises allemandes s'étaient mises à
exporter en Irak. Les affaires étaient rentables et à
la limite de la légalité : après
tout, on n'exportait que des « insecticides ».
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Une
des victimes de l'attaque de 1988. (photo SRC)
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L'Irak
emploie ses armes chimiques pour la première fois en 1983
contre des soldats iraniens. Personne ne réagit, pas même
la CIA, habituellement si scrupuleuse. Si le gouvernement américain
est aussi silencieux, c'est qu'il prépare à son tour
une rencontre avec Bagdad. L'émissaire américain dépêché
sur place est Donald Rumsfeld, l'actuel ministre de la défense
du gouvernement Bush. L'Irak avait besoin de plus d'armes contre
l'Iran, et les Américains étaient prêts à
leur en offrir
en secret ! Les relations commerciales
entre les États-Unis et l'Irak s'amorcent : livraisons
d'armes conventionnelles, mais aussi de cultures bactériologiques,
dont le bacille du charbon (l'anthrax). En 1988, se sont
des avions français, pilotés par des Irakiens, qui
répandent des gaz toxiques allemands sur un village kurde.
Résultat : 5000 morts. Encore là, personne n'a
rien dit. S'ils sont pointés du doigt, les pays jettent le
blâme sur un autre.
La
guerre touche à sa fin en 1988, mais le commerce d'armes,
lui, continue pendant deux ans, jusqu'à ce que Saddam Hussein
décide d'envahir le Koweït. Le président irakien
avait sous-estimé la réaction américaine, et
même celle du monde arabe, qui s'est rangé du côté
occidental.
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« L'Occident
tolère certains dictateurs, mais l'Occident ne tolère
pas les dictateurs qui franchissent certaines bornes. Et,
évidemment, supprimer un État, et en particulier
un État pétrolier, c'est quelque chose que l'Occident
ne tolère pas. »
(Jacques Attali, ancien conseiller de François Mitterrand)
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Aujourd'hui,
les inspecteurs de l'ONU recherchent les « cadeaux »
offerts par les pays occidentaux. Comme les achats de ces armes
ont été faits dans le plus grand secret, personne
ne sait combien d'armes l'Irak possède véritablement.
Quant aux scientifiques, ingénieurs et techniciens nucléaires,
ils sont toujours 12 000 en Irak, un nombre anormalement élevé
pour un pays de cette taille. Rien de rassurant.

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En
raison des droits d'auteur, ce reportage ne sera pas disponible
sur Internet.
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La
guerre Iran-Irak
En 1980, les relations s'embrasent entre l'Iran et l'Irak. Réclamant
la souveraineté irakienne sur le Chatt al-Arab et le Khuzestan,
Saddam Hussein lance ses troupes contre l'Iran. Les motifs de cette
attaque sont multiples et dépassent largement les questions
de souveraineté territoriale. Tout d'abord, en plus de s'emparer
des riches gisements de pétrole du sud de l'Iran, Saddam
Hussein comptait accroître son influence dans le golfe Persique,
où transitent chaque année des millions de tonnes
de pétrole. De plus, lancer une guerre contre l'Iran permettait
de se débarrasser du régime islamique de l'ayatollah
Khomeiny, qui constituait une menace idéologique et politique
non seulement pour Bagdad, mais également pour Washington
et Moscou.
Rapidement, le conflit s'internationalise. Cette guerre, que les
Irakiens prévoyaient courte, s'avère plutôt
longue et très meurtrière. Devant la résistance
acharnée des Iraniens, Bagdad propose un cessez-le-feu en
1982. Téhéran refuse et le conflit s'enlise davantage.
Pendant cette guerre, l'Irak a recours, à plusieurs reprises,
à de puissants gaz de combat, non seulement contre les Iraniens,
mais également contre des minorités kurdes irakiennes,
dont les luttes d'indépendance gênaient Bagdad. De
part et d'autre de la frontière Iran-Irak, les victimes des
gaz irakiens se comptent par milliers.
En
1988, un cessez-le-feu intervient entre l'Irak et l'Iran. La paix
est rétablie entre les deux pays.
source
:
« La
Crise irakienne », dossier spécial Radio-Canada
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