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«
Pendant deux ans de ma vie, j'ai perdu la raison, je suis devenu
fou, malade mental, aliéné, dépressif, appelez
ça comme vous voudrez, car si ce n'est l'enfer, c'est l'édifice
d'à côté où les mots ne veulent plus
rien dire. Par la suite, j'ai décidé d'écrire
le journal de ma folie, y compris la petite voix intérieure
qui était mon seul lien avec la réalité.
»
Souffrir
de dépression c'est perdre toute concentration, c'est vouloir
s'enfuir mais sans savoir où aller. La dépression
c'est une « douloureuse désintégration de
l'esprit, de la volonté et même de l'identité
», explique la Dre Nathalie Beaudet, celle qui a guidé
Mark Blandford sur la voie de la guérison.
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«
Les émotions vous deviennent étrangères
par leur nature et d'ailleurs par leur intensité. L'irritabilité
devient de la rage. La tristesse, le désarroi deviennent
extraordinairement présents, intenses et insupportables.
La mémoire, la logique, la concentration ne vous obéissent
plus. » - Nathalie Beaudet, M.D.
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Lorsqu'on
souffre de dépression, on souffre aussi d'incompréhension.
Famille, collègues, amis, tous semblent rejeter celui qui
est malade.
Être
dépressif c'est ressentir un besoin de s'isoler. S'isoler
pour ne pas être un poids pour les autres. S'isoler parce
que les plaisirs simples de la vie ne veulent plus rien dire.
«
La dépression majeure n'est pas un caprice, ce n'est pas
un manque de volonté, ce n'est pas un état d'âme
qu'on peut contrôler à volonté. C'est une maladie
neurologique au même titre que le Parkinson ou l'Alzheimer
», précise la psychologue. Depuis peu, les scientifiques
ont pu identifier qu'une hormone, la sérotonine, était
responsable de cette maladie mentale. Cette hormone se retrouve
dans le cerveau et régularise le sommeil, les émotions
et les fonctions supérieures comme la concentration, la mémoire,
la logique, etc. Une personne dépressive ne produit pas assez
de sérotonine, de là ses troubles de sommeil, l'intensité
démesurée de ses émotions et les problèmes
à prendre des décisions.
|
«
Il m'arrive souvent de désirer que tout le monde
vive 10 petites minutes de baisse de sérotonine. Je
pense que ce n'est qu'à ce moment-là qu'on comprendra
ce que c'est la dépression. »
- Nathalie Beaudet, psychologue
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Il
est effectivement parfois difficile de comprendre les personnes
qui souffrent de dépression suite à un déséquilibre
chimique puisqu'il existe aussi une autre forme de dépression
appelée situationnelle ou réactionnelle. Cette dernière
dépression survient après un choc émotionnel
et généralement, les personnes qui en souffrent réussissent
assez rapidement à s'en sortir d'eux-mêmes. Comme les
symptômes sont toutefois les mêmes que ceux de la dépression
chronique, les personnes qui ont vaincu la dépression situationnelle
croit qu'avec un peu plus de volonté, tous peuvent se guérir
eux-mêmes. Mais comme on ne peut pas dire à une personne
atteinte du Parkinson : « arrête de trembler ! »,
de la même manière, on ne peut pas dire à une
personne atteinte de dépression chronique : « prends-toi
en main ! », puisqu'il s'agit bel et bien d'une maladie. Au
contraire, faire ce genre de remarque ne peut qu'aggraver l'état
de dépression d'une personne qui a déjà une
estime d'elle-même complètement détruite.
À
la dépression s'attache souvent la perte d'espoir. Toutes
souffrances peuvent s'endurer lorsqu'un patient sait qu'elles ont
un temps limite. Mais pour la personne en dépression, elle
est convaincue que ses souffrances intérieures vont durer
aussi longtemps qu'elle sera vivante. Logiquement, la seule issue
pour plusieurs est la mort.
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«
Ô Seigneur ! Ouvrez-moi les portes de la nuit. Afin
que je m'en aille et que je disparaisse! »
Victor Hugo (1802 - 1885)
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Dans
le cas des personnes atteintes de l'Alzheimer, ceux qui souffrent
souvent le plus, ce sont les proches qui voient la personne qu'ils
aiment s'éloigner d'eux lentement, même si physiquement
elle est toujours au même endroit. Avec les dépressifs,
les proches subissent aussi beaucoup de pression. « C'est
comme vivre avec un étranger mais qui vit dans le corps de
la personne qu'on aime », explique l'épouse d'un
homme qui a souffert de dépression chronique. « C'est
de voir quelqu'un se faire dévorer vivant. »
S'évader,
se concentrer sur les besoins des autres, plusieurs envisagent ces
alternatives. Mais ce n'est pas ainsi que se guérit une dépression.
On ne peut pas « oublier » d'être dépressif.
D'autres essaient de cacher cet état derrière des
illusions parce que la dépression est un sujet tabou dans
notre société. Mark Blandford a choisi de faire le
contraire en ouvrant son cur par ce film.
Après
peut-être un certain temps, pour certains six mois, pour d'autres
un an, voire deux, la porte de sortie de cette maladie s'ouvre et
la lumière entre lentement. Cette souffrance n'est pas éternelle
et grâce à la science elle peut même être
rapidement contrôlée.
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Quelques
tristes statistiques
- Près
de trois millions de Canadiennes et de Canadiens souffrent
de dépression grave, mais moins du tiers d'entre
eux vont chercher de l'aide
- Au
cours de leur vie, de 5 à 12 % des hommes et de 10
à 25 % des femmes auront au moins un épisode
de dépression profonde
- Les
femmes sont deux fois plus nombreuses que les hommes à
souffrir de dépression majeure
- 20
% des patients qui consultent des médecins omnipraticiens
ont des symptômes de dépression; chez près
de la moitié de ces personnes, la maladie n'est pas
détectée
- L'angoisse
et la dépression représentent 79 % de tous
les diagnostics psychiatriques
- Les
rechutes sont un trait caractéristique de la dépression.
Sans traitement continu, de 50 à 60 % des personnes
qui ont eu un épisode de dépression profonde
peuvent s'attendre à avoir un deuxième épisode
au cours de l'année suivant le premier.
- De
80 à 90 % des personnes atteintes de dépression
profonde peuvent être traitées avec succès.
Mais à cause des stigmates attachés au fait
d'admettre la présence de difficultés émotives,
seulement le tiers des personnes souffrant de dépression
recherchent de l'aide
- 29%
des patients souffrant de perturbations de l'humeur ont
déclaré qu'il a fallu plus de 10 ans pour
que le bon diagnostic soit posé. 60 % des patients
avaient reçu un diagnostic incorrect avant cela
source
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Si
vous croyez souffrir de dépression et que vous cherchez de
l'aide, vous pouvez contacter l'Association québécoise
de soutien aux personnes souffrant de troubles anxieux, dépressifs
ou bipolaires
Tél.
ligne d'écoute :
(514) REVIVRE [738-4873]
Sans
frais :
1-866-738-4873
Courriel
: revivre@revivre.org
Internet
: www.revivre.org
L'émission
Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada
le vendredi à 21 h et présentée en rediffusion
sur les ondes de RDI le samedi à 23 h, le dimanche
à 20 h ainsi que le lundi à 1 h.
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