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Par
un beau samedi matin du moi de juin, il y a foule le long de Sunset
Boulevard à Hollywood. Mais qui attendent-ils? Le président?
La réincarnation d'Elvis? Non, tous ces gens veulent simplement
voir Sara Michelle Gellar en chair et en os. L'interprète
de Buffy à la télé joue dans le film
Scooby Doo, et sa célébrité, bien que
récente, a déjà tout un pouvoir d'attraction.
Sans
la célébrité, que deviendrait notre économie?
Selon Irwing Rein, professeur en communications, «les gens
n'achèteraient pas de livres, ils n'iraient pas au cinéma,
il n'y aurait plus d'émissions de télé... Notre
société serait terne, homogène et sans marques.
Ce serait très monotone!» Depuis quelques années,
la célébrité est devenue un véritable
moteur de l'économie américaine, même les universités
offrent des cours sur le phénomène. A Chicago, le
professeur Rein étudie la célébrité
d'un point de vue de marketing. «Pour moi, la célébrité
c'est combien une personne peut rapporter», explique-t-il.
«Est-ce qu'elle peut remplir un stade ou un aréna ?
Est-ce qu'elle peut aider à promouvoir une cause? C'est ça
la célébrité pour moi.»
Plus
que jamais, la célébrité est utilisée
pour vendre. Vendre des magazines, des films, des produits, même
les journaux quotidiens l'exploitent pour attirer les acheteurs
vers de vraies nouvelles. Fasciné par le culte de la célébrité,
le sociologue Josh Gamson a écrit un livre sur le sujet,
et enseigné la matière à la prestigieuse Yale
University. «Pour le public bien souvent ce n'est souvent
rien de plus qu'un jeu mais pour les gens de l'industrie, c'est
très sérieux, en raison des sommes qui sont en jeu.»
L'échelle
de consommation de la célébrité
Le
professeur Irvin Rein croit que la célébrité
moderne n'a vraiment qu'un seul but : faire consommer, de plus en
plus. «On peut dire qu'on a entendu parler de Brad Pitt, mais
c'est passif. C'est une autre chose d'acheter, d'aller voir ses
films, ou d'aller le voir en personne. Voilà ce que représente
mon échelle.»Pour mesurer le phénomène,
il a développé une échelle de consommation
de la célébrité.
Au
plus bas niveau, il y a les passifs, qui s'intéressent peu
aux vedettes et ne dépensent pas d'argent. Viennent ensuite
les amateurs. Eux vont au cinéma, achètent des CD
et constituent la catégorie la plus peuplée. Suit
les collectionneurs qui acquièrent des objets comme des chandails
imprimés de l'image de Britney Spears, des statuettes d'Elvis.
Puis, on retrouve les groupies qui cherchent à interagir
avec la vedette. «À chaque échelon, ils consomment
plus, ils dépensent plus, et dans l'échelle, ils deviennent
plus visibles aux yeux de ceux qui vendent les célébrités.»
Plus on monte dans l'échelle, plus on se rapproche des stars
jusqu'à atteindre la marche suivante dans l'échelle,
celle des initiés. Par exemple, le coiffeur d'une vedette,
ou un chasseur d'autographes. L'avant dernière marche est
celle de l'entourage de la vedette où on retrouve entre autres
les gérants.
C'est
au sommet de l'échelle que les choses se gâtent parfois.
Le professeur Rein rappelle que le culte de la célébrité
peut mener jusqu'à la dernière marche, celle de l'obsession,
qui peut devenir violente comme ce fut le cas lors du meurtre de
John Lennon. Évidemment, les marchands de la célébrité
ne veulent pas de ce genre de fanatiques, mais en considérant
l'argent qui est en jeu, il est impossible de se cacher. Plus les
gens sont célèbres, plus ils peuvent attirer l'attention.
Cette attention devient un produit qui se vend et qui s'achète.
Le
prix d'une star
Comment
mesure-t-on la célébrité? Perdue dans la banlieue
de New York, loin du glamour, une entreprise extrêmement discrète
croit avoir la réponse avec les «Q-Score». Depuis
1963, Henry Shafer, vice-président de Marketing Evaluations,
est le gardien de ce qu'on appelle aussi la bible secrète
du show business américain.
Deux
fois l'an, des milliers de foyers américains reçoivent
par la poste un questionnaire qui leur demande quelles vedettes
ils connaissent et à quel point ils les apprécient.
Les résultats sont ensuite compilés et cela permet
de donner une note à chaque vedette, un rang, bref une valeur
dans le grand marché de la célébrité.
En général, les cotes se maintiennent. Mais tôt
ou tard, une personnalité sera en perte de vitesse. Les agents
d'artistes, les décideurs de la télévision
ou du cinéma ont intérêt à suivre ces
tendances de près. Dans
le palmarès des Q-Score, Tom Hanks est en première
position avec une note de 56, Julia Roberts, la première
femme au classement, est sixième avec 36 points, et Céline
Dion a un assez bon Q-Score de 26.
Au
Québec, nos artistes ont aussi une forme de Q-Score appelé
«indice D». L'humoriste Lise Dion, par exemple, possèdent
une indice D de 6,94 sur 10, ce qui est très élevé.
«Plus ta cote est élevée, plus tu peux monnayer
ça publicitairement dans des rôles, etc.», explique
François Descarie, publiciste et initiateur de l'indice D.
Deux
sortes de collaboration
Les
compagnies utilisent de plus en plus d'artistes pour mousser leurs
ventes. C'est le cas de la Boulangerie Gadoua, au Québec.
Avec Lise Dion comme porte-parole, le chiffre d'affaires de la compagnie
a presque doublé en 5 ans passant de 33 à 60 millions.
Dans son entourage on dit que chaque fois qu'elle ouvre la bouche,
il se vend quelques milliers de pain en plus. Mais cette collaboration
ne s'arrête pas là, puisqu'elle est bilatérale.
D'un côté, on trouve sur les pains des coupons-rabais
pour le spectacle de l'humoriste, d'ailleurs commandité par
Gadoua. De l'autre côté, Lise Dion vous accueille sur
le site Internet de la boulangerie et il lui arrive de signer des
pains dans des épiceries, en plus des campagnes publicitaires.
D'autres
artistes prêtent plutôt leur image à des causes
sociales. Le chanteur québécois Mario Pelchat représente
la Fondation québécoise du cancer. Les intérêts
recherchés par la fondation est bien sûr de faire augmenter
sa visibilité, pour aller chercher davantage de dons et de
subventions.
Les
choses peuvent se compliquer lorsqu'une vedette accepte de prêter
son image à une compagnie tout en étant porte-parole
pour une cause sociale. C'est ce qui est arrivé à
Marc-André Coallier, alors qu'il représentait Burger
King en 1995. Dans le cadre du référendum, il accepte
la présidence d'une commission liée au Parti Québécois.
Conséquence, son contrat avec Burger King ne sera pas renouvelé.
«À Toronto, [les dirigeants de la compagnie se sont]
dit "le gouvernement au pouvoir est un gouvernement séparatiste.
Lui, il devient président d'une commission mandatée
par le gouvernement. Il prend donc position politique. On n'aime
pas ça. On vend des burgers, pas de la politique"»,
raconte Marc-André Coallier.
Mais
d'autres célébrités font le chemin inverse.
C'est le cas de l'ancien président américain Bill
Clinton. Il est ce qu'on appelle dans le milieu une «célébrité
à louer». Il demande 200 000 dollars par conférence,
transport et hôtel en plus. «En affaires, on sait que
pour gagner de l'argent, il faut en dépenser», déclare
Dr Roger Korman, président d'une soirée où
Bill Clinton était invité à venir présenter
une conférence. «On fait appel à ces gens parce
qu'ils sont célèbres. Si on a besoin de leur aide,
on ne peut pas, par exemple, leur demander de venir à Montréal
en classe économique et aller les chercher dans une vieille
[automobile]. Ça ne marcherait pas», explique Barry
Greenberg, un recruteur de vedettes. Seuls les organismes déjà
très bien financés peuvent se payer le luxe d'une
grande vedette. Pour les autres, la célébrité
ne fera pas de miracles.


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En
raison des droits d'auteur, ce reportage ne sera pas disponible
sur Internet.
images
: MICHEL KINKEAD, PIERRE MAINVILLE
son
: JOE CANCILLA, DIANE GAUDREAU, RICHARD
GUÉRARD, DANIEL LAPOINTE
montage : HÉLÈNE
LAMOTHE
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LA
BOURSE
DES CÉLÉBRITÉS
À
l'ombre des collines d'Hollywood, un rejeton du boom informatique,
le Hollywood Stock Exchange, est une bourse virtuelle qui
cote les vedettes et les films. Par exemple, à une
date donnée, l'action de Catherine Zeta-Jones valait
84 dollars en hausse, tandis que celle de Liv Tyler était
en baisse à 21,39 dollars.

«C'est
un jeu sur Internet. C'est comme la bourse, mais avec des
films», décrit Raoul Burriel. N'importe qui peut
s'inscrire sur le site Internet comme joueur, recevoir un
portefeuille de 2 milions de dollars, fictifs bien sur, et
se mettre à acheter et à vendre les actions
de vedettes et de films qui fluctuent. Le montréalais
Raoul Burriel excelle au Hollywood Stock Exchange. En trois
ans, il est passé de 2 millions de dollars à
775 millions. Il est 92e parmi les 860 000 personnes inscrites
à cette bourse de la célébrité.
Il achète l'action d'une vedette quand il anticipe
sa bonne performance au box-office.
Le Hollywood
Stock Exchange est toutefois plus qu'un jeu. Les choix des
joueurs alimentent un sondage perpétuel sur la célébrité.
Les données sont ensuite vendues à des compagnies
qui veulent avoir qui est populaire auprès de quel
public. En 2001, la compagnie financière Cantor Fitzgerald
a acheté le Hollywood Stock Exchange avec l'intention
d'en faire une bourse réelle. Aujourd'hui, tout est
reporté. Le comité qui travaillait sur ce projet
avait ses bureaux dans le World Trade Center.

Hollywood
Stock Exchange
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L'émission
Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada
le vendredi à 21 h et présentée en rediffusion
sur les ondes de RDI le samedi à 23 h, le dimanche
à 20 h ainsi que le lundi à 1 h.
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