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Rédactrice Internet : SOPHIE-HÉLÈNE LEBEUF


LA JUSTICE À SREBRENICA
Émission du 4 octobre 2002

journaliste : ALEXANDRA SZACKA
réalisatrice :
CHRISTINE GAUTRIN


Juillet 1995. En Bosnie-Herzégovine, la guerre civile fait rage. À Srebrenica, un massacre se prépare. Sous les yeux des Casques bleus de l'ONU, l'armée serbe exécutera 8000 hommes et garçons. Un des massacres les plus horribles de l'histoire récente. Sept ans plus tard, les responsables de ces atrocités sont encore en liberté et les familles des victimes cherchent encore à obtenir justice.

Des plaies encore ouvertes

« Sarajevo, capitale de la Bosnie-Herzégovine… Sept ans après la fin d'une guerre fratricide, la vie réclame ses droits. La joie mais aussi l'oubli s'installent, comme s'il n'y avait jamais eu 200 000 morts. Comme s'il n'y avait pas eu de snipers, de viols, de corps déchiquetés par les obus tombés dans les marchés et les cours d'école. Comme s'il n'y avait pas eu de massacres. »
extrait du reportage

Après avoir vécu l'horreur, certains ne pourront jamais oublier et essaient encore de panser leurs plaies. C'est le cas de Sabahetta, qui a perdu son mari, mais aussi son fils de 16 ans.

« Ils le tiraient d'un côté et moi, je le tirais de mon côté, de toutes mes forces, pour le ramener vers moi. Et je leur ai dit :" S'il vous plaît, ne me le prenez pas, ne me prenez pas ce qui m'est le plus précieux. Il est à moi, c'est mon seul seul enfant. Plutôt que de le prendre, prenez-moi, amenez-moi à sa place. Laissez-le, s'il vous plaît, ne me le prenez pas. " Alors, ils ont commencé à crier après moi et ils disaient : " tu n'iras pas à sa place, c'est lui que nous voulons. " Après, je ne sais plus ce qui s'est passé. Je me souviens seulement que mon Rickie, mon fils, s'est blotti tout contre moi et il m'a embrassé sur les deux joues. Je l'ai regardé et de grosses larmes coulaient sur son visage. Je revois encore ses grands yeux. Il était blanc, il était blême, le regard perdu. Et jamais je ne pourrai oublier ses larmes, son baiser et ses bras autour de mon cou… autour de moi pour l'éternité. »

 

Aujourd'hui, à la morgue de Tuzla, où sont entreposés le contenu des charniers de Srebrenica, 5000 sacs avec des restes humains s'entassent dans des entrepôts réfrigérés.

 

 

« Les corps ont été transportés, ils ont été exhumés avec des excavatrices et ils ont déchiré des corps complets et les corps parfois nous trouvons une partie d'un corps dans une fosse principale et nous trouvons une autre partie dans une fosse secondaire, c'est très difficile. »
Jean Gagnon, enquêteur pour le Tribunal pénal international sur l'ex-Yougoslavie
et responsable du dossier Srebrenica

 

Une guerre civile sanglante

En 1987, Slobodan Milosevic arrive à la tête de la république yougoslave de Serbie. Redoutant la montée du nationalisme, les républiques proclament l'une après l'autre leur indépendance. Ce sera l'éclatement de la Yougoslavie, qui débouchera sur des guerres meurtrières pendant lesquelles les pires atrocités seront commises au nom de la « purification ethnique ». En juin 1991, la Slovénie est la première à déclarer son indépendance, suivie peu après par la Croatie. Craignant que la Serbie n'exerce alors un trop grand pouvoir dans la fédération yougoslave, c'est au tour des députés croates et musulmans de Bosnie-Herzégovine de voter en faveur de la souveraineté, en octobre 1991.

La guerre de Bosnie

« Les Serbes de Bosnie refusent la partition et réclament le droit de se rattacher à la RFY, présidée par le Serbe Slobodan Milosevic. L'opinion publique internationale apprend jour après jour les atrocités d'une guerre sans pitié : les massacres et les viols commis par les Serbes au nom de la purification ethnique, l'existence de camps où les musulmans sont détenus dans des conditions inhumaines… Mais aucun État occidental n'est décidé à intervenir directement. Les Nations unies envoient sur le terrain des casques bleus (Forpronu) chargés de maintenir la paix et d'accomplir une mission humanitaire auprès des populations civiles. Cette force s'avère toutefois inefficace.

La guerre éclate à Sarajevo, capitale de la Bosnie, en avril 1992, après le référendum favorable à l'indépendance et la reconnaissance par la communauté internationale du nouvel État, présidé par le musulman Alija Izetbegovic. Les affrontements entre Serbes, Croates et musulmans s'étendent rapidement dans tout le pays. Les milices serbes, soutenues par l'armée fédérale, entreprennent la conquête des territoires majoritairement serbes. Avec pour objectif la " purification ethnique ", ils tentent d'en chasser les Croates et les musulmans. »

source: La tragédie yougoslave, dossier de Radio-Canada.ca

La guerre de Bosnie sera la plus meurtrière des guerres de l'ex-Yougoslavie: 200 000 personnes mourront. Plusieurs musulmans se réfugieront à Srebrenica, où se trouve le quartier général des soldats hollandais de l'ONU. Mais les soldats ne s'interposeront pas, et les bombardements des positions serbes ne viendront pas. Résultat: les musulmans retranchés dans la ville seront tous tués ou expulsés. Les soldats serbes exécuteront 8000 hommes et garçons en neuf jours.

« De mon coté, dans ma famille,
il y a eu neuf morts et 27 du coté de ma femme. »
Omer Spahic (extrait du reportage)

 

Le problème des réfugiés

La Bosnie-Herzégovine est maintenant divisée en deux entités distinctes, administrées séparément: la Fédération croato-musulmane puis la République serbe.
Srebrenica est maintenant en territoire serbe. Encore aujourd'hui, il reste des milliers de personnes déplacées, d'un côté comme de l'autre.

 

Il y a dix ans, à Srebrenica, trois habitants sur quatre étaient musulmans. Aujourd'hui la ville est composée presque uniquement de Serbes qui ont fui leurs villes et villages pendant la guerre ou juste après. Plus de 2000 femmes de Srebrenica vivent aujourd'hui réfugiées dans quelques grands centres de la Bosnie. Suivant l'accord de paix de Dayton (1995), les réfugiés ont le droit de revenir s'installer à Srebrenica et de récupérer leurs maisons. Mais leurs domiciles sont occupés par des Serbes bosniaques, qui ont eux aussi fui des zones de combat... En outre, les coupables des atrocités commises y sont encore en liberté. Le maire de Srebrenica lui-même a peur et préfère ne pas habiter Srebrenica... Sept ans après une guerre sanglante, la paix ethnique est loin d'être revenue, les morts ne sont pas enterrés et les criminels de guerre ne sont pas punis.

« Malgré la preuve, malgré les enquêtes, malgré les milliers de sacs avec les restes humains, bien des habitants de Srebrenica continuent à nier l'évidence. »
extrait du reportage

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POUR VISIONNER
LE REPORTAGE

première partie
deuxième partie

images : PATRICE MASSENET
son : CHRISTIAN MARCHAND
montage : PIERRE DUCROCQ


Bref rappel historique

1463 et 1482: l'Empire ottoman fait la conquête de la Bosnie, puis de l'Herzégovine; elles seront islamisées
1878: l'Autriche-Hongrie administre la région, puis l'annexe en 1908
1918: elle est intégrée au Royaume des Serbes, Croates et Slovènes
1945-1946: elle devient une république de la Yougoslavie
années 1990: dans la foulée de l'éclatement de la Yougoslavie, des tensions se font sentir entre les peuples
octobre 1991: la république de Bosnie-Herzégovine autoproclame son indépendance, plus tard entérinée par référendum; la communauté internationale la reconnaîtra quelques mois plus tard
avril 1992: la guerre éclate à Sarajevo, s'étendant rapidement au reste du pays
1993: l'ONU déclare Sarajevo, Bihac, Zepa, Gorazde, Tuzla et Srebrenica « zones de sécurité », qui passent théoriquement sous protection de l'ONU
novembre 1993: les Serbes contrôlent déjà 74 % de la Bosnie alors qu'ils ne représentent qu'un tiers de sa population
juillet 1995: l'ultime offensive serbe contre Srebrenica est lancée
décembre 1995 : l'accord de Dayton met fin au conflit
1996: premières élections depuis le conflit

Quelques
accusés
notoires


Slobodan Milosevic

Accusé de génocide, de complicité de génocide, de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre, Slobodan Milosevic fait face à 29 chefs d'accusation pour des crimes commis durant la guerre de Bosnie. Le TPI met notamment en cause sa responsabilité dans le massacre de Srebrenica.


Radovan Karadzic


Radko Mladic

Radovan Karadzic, l'ancien dirigeant politique des Serbes de Bosnie, et Ratko Mladic, ancien chef militaire serbe, sont accusés de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité et de génocide, actes perpétrés lors du conflit en Bosnie-Herzégovine (1992-1995). Le procureur les tient responsables du siège de Sarajevo, de la prise d'otages de Casques bleus de l'ONU ainsi que du massacre de Srebrenica, où près de 8000 musulmans furent tués. Le TPI est toujours à leur recherche.

extraits du dossier de Radio-Canada Qu'est-ce que le TPI ?

POUR EN SAVOIR PLUS

Les guerres de
l'ex-Yougoslavie

La tragédie yougoslave
(dossier de Radio-Canada.ca sur les guerres civiles consécutives dans l'ex-Yougoslavie)

Bosnia: Uncertain Paths to Peace
(page du New York Times on the Web: donne accès à de nombreux articles sur la Bosnie)

Milosevic Trial Shifts to Bosnia and Croatia
(page de l'organisation de défense des droits de la personne Human Rights Watch sur le procès de Slobodan Milosevic; mène à d'autres pages sur la guerre dans différentes villes de Bosnie-Herzégovine)

***

Srebrenica

Srebrenica: A Cry fron the Grave
(dossier du réseau PBS; contient notamment de l'information sur la chronologie, les témoins, les massacres, etc.; offre des documents interactifs et vidéo)

Mission d'information sur la chute de Srebrenica: enquête sur une tragédie
(page de Médecins sans frontières)

Who's living in my house ?
(page d' Amnistie internationale sur la difficulté des réfugiés serbes à revenir chez eux)

***

Le Tribunal pénal international

Qu'est-ce que le TPI ?
(dossier de Radio-Canada.ca sur le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie)

Le Tribunal pénal international
(site officiel de l'ONU)

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L'émission Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada le vendredi à 21 h et présentée en rediffusion sur les ondes de RDI le samedi à 23 h, le dimanche à 13 h et à 20 h ainsi que le lundi à 1 h.