1 GER 11 12 6 29
2 USA 9 9 7 25
3 AUT 9 7 7 23
5 CAN 7 10 7 24

Jean-Luc Brassard

Une soirée grandiose

Manon Gilbert

Des Jeux boudés...

Jeudi 7 août 2008 12:56 MTL

Turin 13:50 • 26 °C

En direct de Turin

Jean-Luc Brassard

Champion du monde en 1993, Jean-Luc Brassard a décroché l’or en ski acrobatique (bosses) aux Jeux de Lillehammer, en 1994. À Turin, il commentera les compétitions de ski acrobatique à la télévision, en plus de rédiger une chronique web pour le plus grand plaisir des internautes.

Écrivez-moi!

Une soirée grandiose

Clara Hugues et Cindy Clara Hugues et Cindy Klassen

Photo: AFP/Yuri Kadobnov

Clara Hugues et Cindy Klassen

26 février 2006 - J'allais finalement à Turin pour voir la ville et son architecture. J'aime bien les édifices, les vieux centres-villes et les grands monuments. J'avais le début de la soirée de libre, alors c'était le temps ou jamais. J'ai commencé par me tromper d'autobus: plutôt que d'aller au centre ville, je me suis retrouvé au centre de presse.

J'ai croisé Daniel Aucoin qui est journaliste à son compte pour les Jeux. Il me suggère d'aller au patin de vitesse avec lui, « pour une grande soirée », si vous me permettez de reprendre ses mots.

Il me guide vers les postes de journalistes laissés vacants. Nous voilà assis devant une piste qui deviendra historique. Comme mise en situation, la Canadienne Kristina Groves pulvérise les temps de passage.

Puis, Cindy Klassen s'amène sur la glace, tandis qu'un journaliste français du journal L'Équipe nommé Riou vient prendre place à nos côtés. Klassen a un départ canon, notre journaliste aussi: « Vous connaissez les journalistes du Journal de Montréal, ils sont HILARANTS! Surtout un nommé Raymond, Bertrand, ça alors quel joyeux luron! »

Aucoin qui écrivait assidûment les temps de passage était soufflé! Bertrand Raymond au festival de l'humour?

Oui, oui dit-il. Ah là là! quel bouffon et quelle bouille sympathique!Notre Riou avait écrit au début des Jeux que les Canadiens avaient « des étincelles dans la crosse », vous voyez le genre. Pas vraiment discret, il parle fort et vite, se demandant pourquoi la foule encourage si fort alors que Klassen survole l'anneau de glace.

Puis, il allume: « Ça alors, elle fait un coup! Qui est-elle? Vous la connaissez? Elle parle français? Dites-moi ce que vous savez d'elle? Plus grande médaillée des Jeux, ouaaaaahhh! »

Aucoin, qui a fait longtemps de l'aviron, sait être patient. Il répond aux questions de « M. Ritalin » avec un calme olympique. Klassen, pendant ce temps, anéantit les temps de passage, puis elle est paralysée de douleurs dans les derniers 200 mètres. Les jambes figées d'acide lactique, elle perd plus de deux secondes dans les derniers mètres, mais c'est suffisant pour une première place provisoire.

Et Riou qui en remet: « Mais qu'est ce qui se passe, vous savez où elle habite, elle parle français, ça y est, la plus grande médaillée, Ouaaaaaahhh ! »

Enfin, le dernier duo est au départ. Clara Hughes patinera aux côtés de Claudia Pechstein, déjà médaillée à trois JO différents, ce qui est phénoménal. Aucoin fait l'éloge de Hughes, un monument du sport canadien, qui gagne aussi des médailles en cyclisme aux Jeux d'été.

À défaut d'entendre l'analyse de Gaétan Boucher, Daniel Aucoin me décrit à merveille la course. Les temps de Hughes ne sont pas aussi rapides que ceux de Klassen, mais elle a des réserves.

Et Riou qui continue: « Pourquoi est-elle si sympathique Hughes? Elle parle français? Est-elle meilleure que Klassen, elle habite où? Il y a beaucoup d'Aucoin au Canada? »

Les Néerlandais qui n'ont pas une des leurs en finale sont debout. Ils crient de tous leurs poumons pour ces deux athlètes. Ils savent le prestige de cet effort. Je suis moi-même sans voix devant les mimiques des deux patineuses.

Cindy Klassen

Photo: PC/Matt Dunham

Cindy Klassen a remporté cinq médailles à Turin.

Puis Hughes se met à plein régime après cinq minutes et demie de souffrance, plus que 90 secondes et des poussières, et c'est fini.

Elle n'a pas eu besoin des poussières, 89 autres secondes ont suffi pour gagner la très lourde médaille d'or olympique. La grande Allemande Pechstein est à nouveau médaillée à ses quatrièmes Jeux consécutifs, et Cindy Klassen écrit de sa lame dans le livre d'histoire des Jeux.

Après trois semaines ici, je n'ai toujours pas vu Turin, mais plutôt trois grands monuments de l'histoire de l'olympisme.

Et toujours Riou: « Et Vancouver, les Jeux à la maison, vous êtes contents? On parle français là-bas, non? »

Courte piste

Après la longue piste, la courte. Il y avait de la belle visite dans ce très chaleureux amphithéâtre. D'abord, il y avait le vieux Juan Antonio Samaranch (ancien président du Comité international olympique) qui semble continuer à faire beaucoup d'ombre sur ce comité olympique. Il y avait aussi le très « verbomoteur » Jacques Rogge, président officiel de ce club privé qu'est les Olympiques, et quelques membres de leur suite.

François-Louis Tremblay

Photo: AFP/Franck Fife

François-Louis Tremblay

Plus à droite, Son Excellence Mme la gouverneure générale du Canada, l'honorable Michaëlle Jean, accompagnée de quatre gardes du corps, ainsi que d'un majordome à l'habit drapé de frou-frou à faire pâlir un patineur artistique. Mes voisins italiens le comparaient volontiers aux « cheerleaders » qui ont été médaillées d'argent pour le costume le plus quétaine des Jeux. L'or a été décerné à un couple de patineurs artistiques en danse, des Russes je crois, ou était-ce des Hongrois, enfin, disons qu'ils étaient plusieurs candidats à ce prix.

Une des finales a été ponctuée de deux faux départs imperceptibles. Puis, au troisième essai, le monde entier a vu l'Américain Apolo Anton Ohno en faire un. Mon téléphone a sonné peu de temps après. C'était mon voisin Roger qui est aveugle, il m'a dit qu'il venait de voir un Américain faire un faux départ, mais ne pouvait l'identifier.

Apolo que je lui ai dit, c'est le cousin de l'annonceur maison qui est devenu complètement hystérique pour annoncer, que dis-je, pour hurler sa victoire au micro. La foule a marmonné, petite médaille d'or qu'elle disait.

Plus tard dans la soirée, nos amis américains ont entonné leurs désormais célèbres « USA, USA ». Vous l'avez déjà entendu? L'enfer! Je préfère cent fois plus écouter le chant d'amour des babouins, que ce beuglement primitif qui résonne comme un appel à la confrontation.

La satisfaction, pour ne pas dire la jouissance, est survenue immédiatement après quand la foule italienne, appuyée par tout le reste des spectateurs, a scandé ITALIA, ITALIA! Hier, nous étions tous Italiens contre une bande d'impolis.

Les gars ont terminé deuxièmes au relais. Lavés, lessivés, vidés, ils ont laissé leurs tripes sur cette glace. J'applaudis debout. Un Sud-Coréen volant est venu gâcher l'extase au dernier tour, mais l'argent aux Jeux à la limite de l'endurance, anytime. J'espère que Son Excellence a ressenti elle aussi cette douleur physique quand le coeur hurle d'arrêter. Et qu'elle va en glisser un mot à son nouveau subordonné fraîchement élu.

Ils étaient au moins 25 à déambuler avec l'unifolié avant de monter sur le podium. La cote d'écoute? 1 milliard de téléspectateurs, Monsieur Harper. Pour pas mal moins cher que les commandites, ça fait un bien meilleur job.

Sécurité

En revenant du patinage sur courte piste hier soir, il n'y avait plus de sécurité, plus de détecteurs de métal, plus de carabiniers qui regardent les filles passer, rien! Je suis entré au centre des médias internationaux comme je rentre chez Roger, c'est-à-dire que personne n'a rien vu!

Vous savez où j'ai vu le seul gars en uniforme? Il aidait ses amis à décrocher les immenses voiles au nom de « Torino » qui masquaient les clôtures! Peut-on parler de vol? Avec les taxes que paieront les Piémontais pour les prochaines années, disons qu'ils ont leurs souvenirs.

Jeret Peterson

Jeret Peterson

Photo: AFP/John MacDougall

Jeret Peterson

C'est l'Américain qui a fait, lors de la finale des sauts en ski acrobatique, un triple saut périlleux avec cinq vrilles. Peterson a été exclu de l'équipe américaine pour avoir frappé son ami à la sortie d'un bar de Sauze d'Oulx! Quand je vous parlais de grande classe!

Ski acrobatique

Au court de ces jeux, je vous ai beaucoup parlé de mon sport, le ski acrobatique. Au début, ça ne devait pas être mon mandat. J'avais plutôt l'idée d'aller dans toutes les directions, de vous raconter ce qui se passait dans le quotidien des Jeux olympiques.

J'avais sous-estimé le travail que mon affectation demandait. Rapidement, je me suis rendu compte qu'il m'était impossible d'être le vagabond de service. Je me suis donc arrêté à ce que je connaissais, et ai décidé de partager mon expérience d'ancien compétiteur par le reflet des performances observées

Mon sport a souvent eu mauvaise presse auprès de chroniqueurs prestigieux. Je ne compte plus les matins où, à la lecture des journaux, j'ai serré les dents ou grogné mon insatisfaction. Pourtant, je ne crois pas que ce sport méritait toute cette négativité perpétuelle.

J'ai été renversé par vos courriels d'appréciation. J'ai adoré mon expérience, quoique très intense. Mais ce dont je suis très fier, c'est d'avoir pu verbaliser les subtilités de ce sport et ainsi le faire connaître davantage. Voilà qui, je l'espère, taira ses éditoriaux souvent basés sur de mauvaises informations.

Village Café

L'âme de ses Jeux nous l'avons trouvé au Village Café. Adriano et Simonetta nous ont reçus comme si nous étions de la famille. Ce sont des gens simples et intègres qui savent s'amuser malgré l'intensité que commande la restauration.

Sauze d'Oulx

Photo: Jean-Luc Brassard

Sauze d'Oulx

Ils aiment leur région, la vallée de Susa, et ils nous l'ont bien fait sentir. Comme salutations, ils nous ont offert le festin suivant, concocté par l'extraordinaire chef Antonio.

Entrée de charcuterie du pays suivi d'olives d'ascolane, préparées avec du foie de poulet, porc haché et du fond de veau.

Suivait du fromage de chèvre grillé, assaisonné d'huile d'olives des Pouilles première pression et préparée par les parents d'Antonio.

Ensuite, c'était les gnocchis aux quatre fromages et une autre pâte spéciale du pays Gragnano, soit tomates et oeufs de thon fumés.

Le steak de boeuf d'Argentine était le plat principal, accompagné de saucisses à la viande maigre faites à Turin, et des fromages de la vallée complétaient le tout.

En grande finale: fondant au chocolat directement du paradis!Vous savez qui était au service? Valentina et Mada, le bonheur!

Chère copine, je te jure que tu étais dans mes pensées, particulièrement lors du fondant au chocolat. Je t'en rapporte!

En terminant, merci à Claudine Douville sans qui mes jeux n'auraient pas été les mêmes. Merci à l'équipe des Nouveaux médias de Radio-Canada qui m'a fait confiance. Et, surtout, merci à vous tous.

Patron, si tu veux je suis prêt à écrire de nouveau pour le site. D'ailleurs, on devrait aller dans la Petite-Italie autour d'une bonne table pour en parler! Vous ne couvrez pas le volley-ball de plage féminin par hasard? J'ai toujours eu un faible pour ce sport.

En passant, puisque les Jeux sont finis, vous la passez cette photo de Mada?

À bientôt, peut-être?

 

Chroniques précédentes  Album de photos

26 février

Une soirée grandiose

25 février

Artiste de la neige


23 février

La gamme des émotions



20 février

Il bordello

19 février

Ô villageois


17 février

Le match des étoiles!


15 février

Le duel


14 février

L'enfer

14 février

L'après-victoire



Haut de page

© Société Radio-Canada. Tous droits réservés.